Mivy décoiffe, car il est fait par un chauve

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Al Dura : Le jugement en appel
Revue de Presse - 27 février 2008

  Rappel des épisodes précédants : en 2000 au début de l'intifada, après un échange de coups de feu à Gaza, France2 diffuse un reportage où l'on voit un enfant mourir dans les bras de son père. Charles Enderlin commente en affirmant qu'il a été tué par des balles israéliennes.

   Ces images choc vont servir de drapeau à la seconde intifada, elles seront reprises dans le monde entier, et seront l'arme fatale qui tuera le processus de paix et permettra le triomphe des islamistes en Palestine.

    L'agence Media Rating a lancé un défi à France 2, France2 l'a relevé en portant plainte pour diffamation contre Media Rating. Le tribunal a donné raison à France2. Media rating a fait appel

19 septembre 2007 Procès en appel de Philippe Karsenti, directeur de Media Rating contre France2 :

Le juge précédant avait constaté que les preuves présentées ne devaient pas être crédibles, car elles n'étaient soutenues que par un petit nombre de personnes peu représentatives. Ni le autorités israéliennes, ni les dirigeants communautaires français, ne semblaient soutenir Media Rating. Le juge a résumé son point de vue ainsi :

«... la thèse de la mise en scène, laquelle n’est au termes des pièces produites, soutenue que par une agence de presse israélien sur la base quasiment exclusive du seul témoignage du dénommé Shahaf, et n’est reprise par aucune autorité officielle en dépit de la constance mise par ses partisans à la décliner depuis quatre ans par divers biais »

Or des éléments nouveaux sont venus changer la situation :

1) L'armée israélienne exprime officiellement ses doutes sur le film
Elle demande à Charles Enderlin de lui communiquer les rushs en sa possession. Elle rappelle ses doutes sur la véracité du film et regrette que France 2 et les responsables palestiniens ont tout fait pour faire obstruction à l'enquête.

Le colonel Shlomi Am Shalom, porte parole adjoint de Tsahal qui a signé la lettre rappelle que les palestiniens ont déjà réalisés des tentatives de mises en scène médiatisées donc l'armée espère en la coopération de la justice française pour que lumière soit faite, et pour mettre fin à toute polémique.

Cette lettre a un caractère officiel, vu qu'une copie a été adressée au Président de France2 et au général Dan Harel adjoint au Chef d'État major.

2) Un officiel israélien haut placé affirme que le film de France2 est une fiction. Il s'agit de Dany Seaman, directeur du service de presse gouvernemental, rattaché au bureau du Premier ministre. La lettre a été écrite sur du papier à l'entête du premier ministre... mais ce dernier affirme ne pas avoir eu connaissance de ce courrier ! ! il y a donc polémique en Israël.

Une organisation milite pour qu'on retire leur accréditation aux journalistes qui ont participé à ces mises en scène, il s'agit de Shourat ha-Din.
Pendant ce temps, Monsieur Al Dura demande qu'on exhume son fils pour vérifier que les balles qui l'ont touchées sont bien israéliennes. Il faut rappeler que lors des faits, les autorités palestiniennes s'étaient opposées à toute coopération avec les enquêteurs israéliens.

Mettre France2 et les palestiniens en difficulté ne serait pas opportun sur le plan politique actuellement où on prépare une conférence de paix. Une prise de position trop ferme des israéliens serait donc à éviter d'où le refus d'Éhud Ollmert, premier ministre, d'appuyer son directeur du service de presse.

La cour exige avant de rendre son jugement la communication des 27 minutes de rush tournées à Nezarim

La cour d’appel de Paris a confirmé, le 3 octobre 2007, sa demande de se voir communiquer les 27 minutes d’images tournées le 30 septembre 2000 par le caméraman de France 2, Talal Abou Rahma. Les images seront visionnés le 14 novembre prochain.

Charles Enderlin se réjouit de cette décision,même si cette joie tardive est un peu surprenante. Parralèlement une association palestinienne Al Mezan milite pour une enquête internationale. Elle est convaincue qu'effectivement les soldats israéliens ont l'habitude d'assassiner les enfants palestiniens, et que le petit Mohamed Al Dura n'est qu'un cas parmi d'autre. Elle exige non seulement une enquête mais qu'on punisse les coupables. (Le 12 janvier 2020 Al Mezan, suite à de très forte pluie ayant innondé toute la région, y compris Tel Aviv ou deux personnes se sont noyées, Al Mezan annonce "Israël ouvre des barrages d'eau de pluie et inonde des centaines d'acres de terre agricole dans la bande de Gaza" )

Le 08-Mar-2009 Le procureur constate que France2 n'a produit aucun témoin, qu'il a toujours refusé de présenter les rushs, que le dossier d'accusation semble solide, en conséquence il demande l'acquitement du directeur de Media Rating.

Le juge demande officiellement à France 2 de lui fournir les rushs.

L'affaire a été mis en délibéré pour le 21 mai 2008

La Cour d'appel admet le droit à critique

La cour d'appel a débouté France deux dans le procès qui l'opposait à M Karsenty Par Véronique Chemla pour Guysen International News
22 mai 2008 00:20

Le 21 mai 2008, 11e chambre de la Cour d’appel de Paris a relaxé Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings, poursuivi pour diffamation par France 2 et son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin, pour avoir qualifié de « faux reportage », de « supercherie » et d’« imposture médiatique » les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura » diffusées par France 2 le 30 septembre 2000.

Les intimés - France 2 et Charles Enderlin - se sont pourvus en cassation.

C’est une défaite historique, juridique et journalistique, pour France 2 et Charles Enderlin. Et une victoire pour Philippe Karsenty accueillie dans un silence de tensions contenues.

Relaxé !

Rappel historique


Le verdict d'appel

Le 30 septembre 2000, France 2 avait diffusé au JT de 20 heures un reportage d'environ 50 secondes de Charles Enderlin sur des images de son cameraman palestinien Talal Abu Rahma.
Charles Enderlin déclarait en voix off : « Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus de la position israélienne. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

Diffusée gratuitement dans le monde entier par France 2, l’image de Mohamed al-Dura devient l’emblème de l’Intifada II dans le monde entier et le symbole de l’inhumanité des soldats israéliens. Elle est notamment arborée fin 2000 lors d’un défilé à Paris où l’on crie : « Mort aux Juifs » et est incrustée dans la vidéo de l’égorgement par des islamistes du journaliste Juif américain Daniel Pearl (z’’l).

Une controverse naît, imputant les tirs aux Palestiniens, puis rapidement contestant la réalité des faits allégués par Charles Enderlin. Ces doutes sont exprimés par le physicien israélien Nahum Shahaf, la Metula News Agency (1), la journaliste allemande Esther Schapira (2), Gérard Huber (3), les journalistes français Luc Rosenzweig, Denis Jeambar et Daniel Leconte (4) et bien d’autres (5).

Le 22 novembre 2004, Philippe Karsenty publiait le texte « France 2 : Arlette Chabot [Ndlr : directrice de l’information de France 2] et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement » dans lequel il évoque un « faux reportage », une « mise en scène » et une « supercherie médiatique » (6). Un texte jugé diffamatoire par France 2 et Charles Enderlin qui poursuivaient en justice l’auteur de ces propos.

Le 19 octobre 2006, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris condamnait Philippe Karsenty à une amende de 1 000 euros, à verser à chaque partie civile un euro de dommages intérêts et à la chaîne publique et à son journaliste ensemble 3 000 euros au titre de l'article 475-1 du Code de procédure pénale (frais de justice) (7).

Philippe Karsenty interjetait immédiatement appel de ce jugement.

Au terme d’audiences à rebondissements en 2007 et 2008 (8), avec une économie de mots, sans préciser les motivations de son arrêt, la présidente de la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris Laurence Trébucq annonce ce 21 mai 2008 que la Cour relaxe Philippe Karsenty et infirme le jugement de première instance.

Un questionnement légitime

Au prononcé de la relaxe de Philippe Karsenty, Me Bénédicte Amblard, avocate de France 2 et de Charles Enderlin, pâlit. Abasourdie. Elle n’en revient pas.

Présents lors des audiences de visionnage des rushes de France 2, ou de plaidoiries, Charles Enderlin et Arlette Chabot brillent ce 21 mai par leur absence. Comme leur autre défenseur, Me Francis Spziner. Tout comme la foule qui s’agglutinait dans le couloir contiguë lors des audiences précédentes. Comme si tout avait été dit, ou vu, ou compris.

Si les journalistes de médias américains et israéliens sont bien représentés, les médias français sont peu nombreux.

Me Patrick Maisonneuve, avocat de Philippe Karsenty, et Me Bénédicte Amblard lisent avec attention la « copie de travail » de l’arrêt, c’est-à-dire l’arrêt avant sa signature par la présidente et la greffière.

Me Patrick Maisonneuve en résume la teneur à la presse : « La Cour d’appel rappelle qu’il y avait un débat sur les images. Elle indique qu’il était légitime de commenter, d’analyser et de critiquer ces images. Au regard de ce débat, Philippe Karsenty, de bonne foi, a exercé librement son droit de critique par rapport face au pouvoir de la presse ». Même en « termes virulents ».

Donc, la critique, l’analyse et l’interrogation des saynètes de guerre de Pallywood sont reconnues légitimes par la Cour d’appel de Paris qui inflige ainsi un désaveu cinglant à la thèse des intimés, professionnels du journalisme arc-boutés sur leur refus indigné de toute interrogation, et exprime des arguments de Sandrine Alimi-Uzan, procureur de la République, dans ses réquisitions de relaxe du prévenu en 2006.

Dans les heures qui suivent le prononcé de l’arrêt, France 2 et Charles Enderlin se sont pourvus en cassation devant une Cour censée statuer en droit, et ne pas juger du fait. Ils maintiennent donc leur position. Ils ne licencieront vraisemblablement pas Talal Abu Rahma dont la carte de presse n’a pas été renouvelée par le Bureau gouvernemental de presse (GPO) depuis fin 2001. '' Quand nous avons pris conscience de l'implication de Talal Abu Rahma dans la mise en scène d'évènements dans la bande de Gaza, nous n'avons pas renouvelé sa carte de presse qui a expiré en 2001'', déclarait Daniel Seaman, directeur du GPO qui dépend du Premier ministre israélien, à Guysen-Paris, le 3 mars 2008.

Comment vont réagir les médias français ? Les principaux quotidiens ont repris des dépêches d’agence et évoquent des incohérences et invraisemblances émaillant les fameux rushes de France 2. Une brèche dans la version assénée par France 2 et Charles Enderlin.

Lors du JT de France 2 de 20 h, David Pujadas estime que la Cour d’appel a reconnu « la diffamation » mais a fait bénéficier Philippe Karsenty de « la bonne foi ». Des circonlocutions pour éviter d’annoncer la « relaxe ».

Une autre procédure judiciaire en Israël

Ce long arrêt, qui sera rendu public dans quelques jours, marque un mois judiciairement difficile pour les intimés.

En effet, le 12 mai 2008, la cour suprême d’Israël examinait la requête de Me Nitsana Darshan-Leitner, directrice de Shurat HaDin-Centre juridique d’Israël, qui demandait le retrait de l’accréditation, par le GPO de France 2 et de Charles Enderlin. Me Nitsana Darshan-Leitner sollicitait aussi que ces derniers reconnaissent la fausseté du reportage controversé. Elle poursuivait sur les griefs de ’’manquements professionnels et falsifications volontaires ayant entraîné des violences’’.

L’Association de la presse étrangère et celle dénommée Communications & Presse s’étaient jointes comme ’’amies du tribunal’’ (9).

Pour les défendeurs, ’’ l'autorisation de pratiquer le métier de journalisme ne dépend pas de la qualité du travail et de l’honnêteté des professionnels ’’ et le retrait de l’accréditation ne serait possible qu’en cas exceptionnels, telle ’’la diffusion d’informations liées à la sécurité de l’Etat’’.

La Cour suprême rendra prochainement sa décision.

L’arroseur arrosé

France 2 et Charles Enderlin se trouvent pris au piège d’une stratégie judiciaire qui s’est retournée contre eux et a révélé à un large public l’inconsistance de leur thèse.
Une thèse qu’on serait bien en peine de fixer : un témoin majeur Talal Abu Rahma s’est rétracté le 30 septembre 2002, après avoir initialement affirmé sous serment le 3 octobre 2000 : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne » ; Charles Enderlin maintient mordicus à ce jour sa conviction de la responsabilité israélienne ; Arlette Chabot sait qu’on ne connaîtra jamais l’origine des tirs... On ne saluera donc jamais assez le mérite d’avocats ayant su plaider pour des clients aux opinions divergentes.

Prudemment, France 2 et Charles Enderlin avaient assigné en justice pour diffamation des personnes qu’ils considéraient comme responsables de sites Internet reproduisant des articles d’auteurs doutant de l’authenticité des faits allégués (10), et non leurs auteurs. Ils escomptaient des condamnations judiciaires aisées, rapides et qui auraient fait taire tout début de questionnement à peine d’une énième condamnation. Ainsi, l’affaire al-Dura serait morte… comme le petit Mohamed al-Dura selon Charles Enderlin.

Or, en poursuivant Philippe Karsenty, France 2 et Charles Enderlin ont commis The erreur fatale. Ils se sont mépris sur Philippe Karsenty et l’ont sous-estimé. Ils ont découvert la finesse tactique d’un entrepreneur qui avait réalisé une enquête pour se forger sa conviction, a su bénéficier d’un réseau relationnel dense – associations juives, journalistes, etc. - et a su convaincre la Cour d’appel de Paris.

France 2 se trouve dans l'oeil du cyclone médiatique et c’est désormais Philippe Karsenty qui a la maîtrise d’action dans une affaire aux confluences de l’éthique journalistique, du blood libel (accusation infondée de crime rituel portée à l’égard des Juifs) (11), de la propagande médiatique dans le jihad mondial, de la psychanalyse (12), et du narratif du conflit au Proche-Orient.

Une affaire qui a aussi révélé non un dysfonctionnement du fleuron du service public audiovisuel français, mais un fonctionnement fautif inquiétant – annonce de la mort d’un enfant sans image la prouvant, image de son agonie n’existant pas contrairement aux affirmations de Charles Enderlin, embourbement dans des versions successives contradictoires, etc. -, et ce sans sanction du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ni de l’autorité politique de tutelle.

Une affaire qui a également souligné des corporatismes au sein du « quatrième pouvoir » tant les atermoiements des journalistes perdurent et l'incapacité de France 2 à reconnaître ses erreurs.

Une affaire enfin qui a suscité la stupeur hors de l’hexagone – d’aucuns évoquent une nouvelle affaire Dreyfus – et ne peut plus laisser indifférentes des autorités politiques françaises.

Certains ont même comparé Philippe Karsenty aux « révisionnistes » ou à ceux contestant la réalité des attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 (13), ou ont évoqué une « chasse aux sorcières » et une « campagne de calomnies » (14) menées contre Charles Enderlin. Une manière de discréditer réfutée par la Cour d’appel de Paris.

Nul doute que son arrêt renforce le souhait du Dr Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), portant sur la constitution d’une commission d’enquête indépendante composée de professionnels de l’image, d’experts balistiques et de médecins afin d’examiner ces images controversées pour que la vérité soit établie et connue sur l’incident al-Dura.

Le 21 mai 2008, la présidente de la Cour d’Appel de Paris, Madame Laurence Trébucq a relaxé Philippe Karsenty, directeur du site Web Media-Ratings.

Selon la Metula News Agency[13], l’audience a duré moins de deux minutes, la décision n’ayant pas été explicitée.

Vers la fin du journal de 20h sur France 2, le jour même, David Pujadas a présenté le jugement en affirmant que la Cour d'Appel avait "reconnu la diffamation mais accordé le bénéfice de la bonne foi à l'auteur de ces propos diffamatoires" et annoncé que la chaîne "a décidé de se pourvoir en Cassation".
Lors de ce communiqué de 3 secondes, France 2 a réaffirmé qu'al-Durah avait été tué au cours de la scène filmée par France 2 mais pas que les tirs étaient d'origine israélienne, contrairement à son accusation originale.

Dans son commentaire du même jour sur le site Pajamas Media[14], Philippe Karsenty présente cette décision comme une victoire de la liberté de penser par soi-même face à la propagande, demande à France 2 de "reconnaître qu'elle a créé et continue de perpétuer la pire diffamation antisémite de notre époque" et affirme qu'il est de la responsabilité du Gouvernement et au final du Président de la République, qui sont les plus hauts dirigeants de France 2, de révéler la vérité.

Le texte de l'arrêt, mis en ligne par Richard Landes le 24 mai 2008 [15], montre que le tribunal a rejeté "l'exception de vérité" (invoquée par Philippe Karsenty) parce que démontrer que le reportage était faux ne peut suffire à démontrer "le fait d'avoir sciemment diffusé un "faux reportage""[16] et la reconnaissance que Philippe Karsenty a "exercé de bonne foi son droit de libre critique" sans avoir dépassé les limites de la liberté d'expression, considérant que les éléments de l'enquête "constituent une base factuelle suffisante pour que les propos litigieux, souvent proches d'un jugement de valeur, aient pu être tenu par l'auteur de l'article et du communiqué"[17].

 

(1) http://www.menapress.com
(2) Esther Schapira a réalisé le documentaire Qui a tué Mohamed al Dura (2001-2002),
(3) http://www.gerardhuber.fr hors ligne
(4) Denis Jeambar et Daniel Leconte, Al-Dura: Guet-apens dans la guerre des images, Le Figaro, 25 janvier 2005, http://www.debriefing.org/0176.html - hors ligne
(5) Parmi ceux-ci, citons Serge Farnel ; Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, Mohamed al-Dura et le parti des médias, Image de guerre ou guerre des images, 17 avril 2008, http://www.causeur.fr/mohamed-al-doura-et-le-parti-des-medias
(6) France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement, 22 novembre 2004, http://m-r.fr/actualite.php?id=64
(7) Véronique Chemla, La justice française se prononcera sur les images controversées de la mort de Mohamed al-Dura, 19 septembre 2006 , http://www.guysen.com/articles.php?sid=5049
(8) Véronique Chemla :
La Cour d’appel de Paris demande à France 2 les rushes sur l’incident al-Dura, 19 septembre 2007, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6158
France 2 a accepté de remettre ses rushes de l’incident al-Dura à la Cour d’appel de Paris, 9 octobre 2007, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6219
Mohamed al-Dura est vivant à la fin des rushes de France 2 !, 15 novembre 2007, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6363
Un expert balistique estime «sérieuse» la possibilité d’une «mise en scène» de la «mort» de Mohamed al-Dura, 27 février 2008, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6806
France 2 et Charles Enderlin n’expliquent pas à la Cour d’appel de Paris les incohérences et invraisemblances relatives à l’incident al-Dura, 2 mars 2008, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6820
Affaire al-Dura : les rushes de France 2 en exclusivité sur Youtube, 24 avril 2008, http://www.guysen.com/articles.php?sid=7056
(9) Stéphane Juffa, Vipères lubriques (1ère, 2e et 3e parties) à http://www.menapress.com ou à http://www.guysen.com/mena.php
(10)Daniel Vavinski, Jugement mitigé dans l’affaire Enderlin contre Desinfos.com, 2 février 2007, Actualité juive, http://www.desinfos.com/article.php?id_article=6518
Charles Enderlin sur son"blog personnel" ... a la mémoire courte, 4 octobre 2007, http://www.desinfos.com/article.php?id_article=8300
Véronique Chemla, Charles Enderlin poursuit un chrétien ami d’Israël dans l’affaire al-Dura, 12 janvier 2008, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6597
(11) Interview de Richard Landes, 6 janvier 2008, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6575
Alliance israélite universelle, Le mythe du crime rituel, 18 novembre 2007, http://www.akadem.org/sommaire/themes/politique/1/5/index_politique1.5.php
(12) Interview de Gérard Huber, 27 décembre 2007, http://www.guysen.com/articles.php?sid=6541
(13) Menahem Macina, Canal+ : Le Bon, la Brute et les Truands, panégyrique d'Enderlin et diabolisation de ses critiques, http://www.debriefing.org/26339.html et extrait du numéro de Jeudi investigation sur Canal + - http://www.canalplus.fr/index.php?pid=2175 – intitulé Rumeurs, intox: les nouvelles guerres de l'info à http://www.dailymotion.com/Daily-censorship/video/x5bqvr_qui-fait-de-la-propagande-ils-semen_news
(14) Menahem Macina, Al-Dura : Ph. Karsenty fera-t-il les frais du prochain «Jeudi Investigation» de Canal+ ?, http://www.upjf.org/actualiees-upjf/article-14034-145-7-al-dura-ph-karsenty-fera-frais-prochain-jeudi-investigation-canal-macina.html

Photos : © DR, V. Chemla et Richard Landes.

 

L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Philippe Karsenty tance sévèrement France 2 et Charles Enderlin

Par Véronique Chemla pour Guysen International News

Samedi 24 mai 2008 à 22:44

L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Philippe Karsenty tance sévèrement France 2 et Charles Enderlin

Le 21 mai 2008, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R, (1)), a été relaxé par la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris. Il avait été condamné en 2006 pour diffamation pour avoir qualifié notamment de « faux reportage », les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura », commentées par Charles Enderlin, correspondant à Jérusalem de France 2, et diffusées au JT de cette chaîne le 30 septembre 2000.

Larrêt de 13 pages de la Cour est un désaveu de pratiques de France 2, Charles Enderlin et Talal Abu Rahma. Il souligne l’importance de la liberté d’expression, voire de vive critique, sur des « sujets d’intérêt général », face au pouvoir des médias. Il insiste sur le droit du public à une « information sérieuse ».

Quels camouflets cinglants et ironiques !

Et quel rappel ferme à France 2 et à Charles Enderlin des obligations – en particulier vérité, justesse, précision, rigueur, transparence - incombant à ceux qui informent le public et des droits à la critique, à l’analyse et à la libre expression à peine de danger pour la démocratie !

Une chronologie des faits

Présidée par Laurence Trébucq, la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris débute son arrêt par une chronologie des faits (p.5 à p.7) (2) .

Le 30 septembre 2000, France 2 diffusait au JT de 20 heures un reportage d’environ 50 secondes de Charles Enderlin déclarant en voix off :
« Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

Le 1er octobre, Tsahal regrettait « les pertes en vies humaines » et affirmait : « Il n’est pas possible de déterminer l’origine des tirs ».

Le 2 octobre 2000 France 2 précisait que la scène montrant « l’inacceptable » avait été filmée par son cameraman Talal Abu Rahma, « sûr que les tirs provenaient du côté israélien » (3) .

Le 3 octobre 2000, Talal Abu Rahma déclarait sous serment : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne ».

Le 27 novembre, France 2 rapportait une information de Charles Enderlin selon laquelle l’enquête militaire menée par le général Samia chargé de la sécurité en zone sud a conclu qu’il était « plus probable que l’enfant ait été tué par les Palestiniens que par les Israéliens ».

Le 28 novembre, France 2 et Charles Enderlin faisaient « cependant valoir que « plusieurs éléments de la thèse israélienne sont en contradiction avec les éléments recueillis sur place » ainsi qu’avec le témoignage du médecin ayant examiné le corps ».
Le physicien israélien Nahum Shahaf poursuivait son enquête sur cet incident et doutait de l’authenticité des faits allégués.
L’agence de presse Metula News Agency ou Mena procédait à des recherches qui la conduisaient à la même conclusion que ce physicien.

Courant mars 2002, la chaîne de télévision allemande ARD diffusait le documentaire de Esther Schapira Qui a tué Mohamed al-Dura « qui met l’accent sur le défaut de preuves matérielles permettant notamment de déterminer l’origine des tirs et sur l’absence de véritable autopsie de l’enfant » (4) .

Le 30 septembre 2002 Talal Abu Rahma s'est rétracté (Il n'est plus sur que l'enfant ait été tué volontairement par les soldats israéliens)

Le 2 octobre 2002, le film d’Esther Schapira était projeté sur un écran géant devant un millier de personnes réunies devant les locaux de France Télévision et un « prix de la désinformation » symboliquement attribué à France 2 et à Charles Enderlin par les organisateurs de la manifestation » (5) .

En novembre 2002, l’agence de presse Metula News Agency ou Mena (6) réalisait « un documentaire de 20 minutes Al-Dura : l’enquête, qui, à partir des déclarations de Nahum Shahaf (7), physicien ayant participé à l’enquête du général Samia, [mettait] en cause la réalité des scènes filmées par le cameraman de France 2 et [concluait] à « une véritable mise en scène jouée par des acteurs ».

En janvier 2003, le « correspondant permanent de la Mena à Paris », Gérard Huber, publiait Contre-expertise d’une mise en scène(8) .

Le 22 octobre 2004, France 2 et Arlette Chabot invitaient trois journalistes « ayant tenu des propos critiques, Daniel Lecomte (Arte) et Denis Jeambar (L’Express)(9) et Luc Rosenzweig (ex-Le Monde), à visionner les 27 minutes de rushes du 30 septembre 2000 ».

Le 18 novembre 2004, France 2 organisait une conférence de presse au cours de laquelle étaient « présentés des clichés des blessures de Mohamed al-Dura ».
A Radio J, Arlette Chabot affirmait que l'on ignorait l'origine des tirs.

Le 22 novembre 2004, Philippe Karsenty publiait sur son site Internet l’article « France 2 : Arlette Chabot [Ndlr : directrice de l’information de France 2] et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement ».

Le 26 novembre 2004, Media-Rating diffusait un communiqué de presse électronique à la teneur similaire à cet article. France 2 et Charles Enderlin poursuivaient en justice l’auteur de ces imputations qu’ils estimaient diffamatoires, notamment ces mots : « faux reportage », « mise en scène », « supercherie » et « imposture médiatique », « Charles Enderlin, en l’occurrence, se trompe et, du même coup, nous trompe. Pourquoi ? Cherche-t-il à couvrir son imposture ? (10) »

Le 19 octobre 2006, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris présidée par Joël Boyer condamnait pour diffamation Philippe Karsenty à une amende de 1 000 euros, à verser à chaque partie civile - France 2 et Charles Enderlin - un euro de dommages intérêts et à la chaîne publique et à son journaliste ensemble 3 000 euros au titre de l'article 475-1 du Code de procédure pénale (frais de justice) (11). Philippe Karsenty interjetait immédiatement appel de ce jugement.

En 2007 et 2008 (12), plusieurs audiences ont été consacrées au visionnage des rushes de France 2 et à la présentation des positions de chaque partie.

Philippe Karsenty demandait « l’infirmation du jugement, la relaxe, serait-ce au bénéfice de sa bonne foi et le débouté des parties civiles de toutes leurs demandes ».

L’avocat général requérait la confirmation du jugement. Les intimés - France 2 et Charles Enderlin – sollicitaient, outre cette confirmation, 20 000 euros au titre de l’article 475-1 du Code de procédure pénale (frais de justice).

Une loi de la presse exigeante en matière de preuve => L'Exeption de vérité rejetée.

Poursuivi pour diffamation (1), le prévenu est relaxé s’il apporte la vérité des faits (exception de vérité) ou démontre sa bonne foi qui, selon la jurisprudence, suppose la réunion de quatre conditions :

Le « fait de tromper sciemment le public en diffusant et/ou en faisant diffuser un faux reportage comportant des images qui ne reflètent pas la réalité, en représentant une « fausse mort », même si [Philippe Karsenty] a pris le soin d’accompagner son accusation d’un certain nombre d’explications, porte incontestablement atteinte à l’honneur et à la réputation de professionnels de l’information ».

La « preuve des faits diffamatoires doit être parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée ».

La Cour constate que les offres de preuve de Philippe Karsenty ne sont pas juridiquement parfaites. Philippe Karsenty, par ses offres de preuve établissant un « montage douteux [de France 2] largement contesté » en novembre 2004, « ne peut prétendre démontrer le fait d’avoir sciemment diffusé un « faux reportage » » : le « faux montage » est « un diminutif », mais non synonyme, de « faux reportage ». En moins d’une page (p.7), la Cour rejette donc « l’exception de vérité soulevée par le prévenu ».

La bonne foi retenue par un raisonnement juridique accablant les intimés

Puis, la Cour d’appel de Paris examine la bonne foi à laquelle elle consacre quatre pages (p.9 à p.12) denses, étayées d’arguments puisés dans l’argumentation de Philippe Karsenty.

C’est la partie essentielle dans la motivation de cet arrêt.

La Cour alterne évidences, bon sens et principes juridiques fondamentaux de la démocratie. Le « quatrième pouvoir » n’est pas au-dessus des lois ni de la déontologie régissant les médias. Ceux-ci ne peuvent bouter hors du champ public les critiques de leurs collègues, les analyses de professionnels de diverses disciplines et les questionnements les visant.

Ils doivent répondre de l’exercice de leur métier, a fortiori quand le sujet est « d’intérêt général » et sensible, et quand le reportage est diffusé à une heure de « large audience ». Et la Cour de souligner le danger d’un pouvoir sans contrepoids (2) et le droit du public à « une information sérieuse ». Des affirmations énoncées par Sandrine Alimi-Uzan, substitut du Procureur devant la XVIIe chambre du TGI, le 14 septembre 2006.

En outre, la Cour juge « légitime » la démarche de Philippe Karsenty qui a usé, dans les limites légales, de sa liberté d’expression, un principe fondamental garanti par la Convention européenne des droits de l’homme qui s’impose en droit français. Je vous laisse apprécier la clarté, l’intelligence et la logique de la démonstration qui, paragraphe après paragraphe, progresse vers la relaxe de Philippe Karsenty. Un régal pour les démocrates. Accrochez-vous quand même…

Une enquête et sa transmission au public légitimes

Tout d’abord, la Cour précise que les « critères de la bonne foi doivent s’apprécier différemment selon le genre de l’écrit, la qualité de l’auteur, et notamment avec une plus grande rigueur lorsque celui qui est poursuivi fait profession d’informer ou de procéder à la notation des médias ». Et de poursuivre : « Il est incontestablement légitime pour une agence de notation des médias, d’enquêter, serait-ce en raison de l’impact qu’ont eu les images critiquées dans le monde entier (3), sur les conditions dans lesquelles le reportage en cause a été tourné et diffusé, et de porter les résultats de l’enquête à la connaissance du public ainsi que de les soumettre à la critique des professionnels ».

D’autant que « Philippe Karsenty aborde des sujets d’intérêt général, telles les méthodes de travail des médias et, précisément, de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des commentaires sur le vif, … le droit du public à une information sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à la publication de ses recherches ».

Charles Enderlin « peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de France 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères ».

Incohérences des images et réponses contradictoires

Une fois ces principes posés, la Cour retient les documents examinés par le TGI et ceux nouveaux (nos 43 à 73) apportés par Philippe Karsenty et que les parties civiles souhaitaient voir écarter des débats.

Elle va « apprécier la validité de l’enquête » de Philippe Karsenty, non pas afin de démontrer « la vérité des imputations diffamatoires », mais en raison de « la valeur et de la variété des sources utilisées, ainsi que de la pertinence de leur contenu ».

Elle distingue les deux critiques portées contre le reportage : d’une part, « Charles Enderlin a présenté à tort les tirs mortels en provenance des positions israéliennes comme délibérés », d’autre part, « les images de la mort du jeune Mohamed al-Dura, fictives, ne correspondent pas à la réalité commentée ».

Elle liste les arguments de Philippe Karsenty :

« l’incohérence inexplicable des images visibles dans la scène principale, l’absence de caractère probatoire des photos des blessures de Jamal al-Dura présentées par France 2, et les réponses contradictoires de Charles Enderlin aux interrogations relatives aux coupures dans son montage et de [Talal Abu Rahma] au sujet de l’enchaînement des scènes filmées et des conditions de tournage ».

Minutieusement, la Cour va scruter les déclarations des principaux protagonistes et démontrer que la source de l’appelant n’est ni « unique » ni univoque, et ne repose pas sur des « affirmations péremptoires ». Elle s’oppose donc ainsi à la motivation du jugement du TGI (p.22).

Charles Enderlin « n’a pas été témoin des faits qu’il a commentés en voix « off », selon un procédé nullement contraire à la déontologie des journalistes, dès lors qu’il est compris des téléspectateurs ».

Or, « France 2 a indiqué le 1er octobre 2000 que la mort de l’enfant avait « été filmée par Talal Abu Rahma, [son correspondant à Gaza] et, le 2 octobre, que le cameraman « filmait « l’inacceptable », ce qui ne permettait pas nécessairement d’en déduire que le commentateur n’était pas sur les lieux ». Ce qui « a conduit Philippe Karsenty… à s’interroger sur la concordance entre les images choisies par le cameraman palestinien (« c’est moi qui décide ce qui est important », l’entend-on dire dans une des interviews) et le commentaire de ces images par Charles Enderlin ».

Certes, les conclusions des films d’Esther Schapira – « enfant mort par une balle perdue palestinienne » – et de la Mena à partir des déclarations de Nahum Shahaf – « mise en scène palestinienne de la mort » – diffèrent. Peu importe qu’elles soient « inconciliables ». Ces deux films ont « conduit [Philippe Karsenty], par étapes successives, à interroger le reportage de France 2 quant à la réalité des faits rapportés par des professionnels de l’information ».

La « thèse dite de la Mena, sujet de l’ouvrage de Gérard Huber », déduit des scènes « de jeunes Palestiniens mettant à profit la présence de caméras pour jouer des scènes de guerre et de blessures le caractère fictif de la mort du jeune Mohamed al-Dura ». « Reprise par Philippe Karsenty », cette thèse s’appuie sur trois éléments :

« les réticences de France 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, l’imprudente affirmation, par Charles Enderlin, qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant, et les déclarations [de] plusieurs journalistes ayant visionné les rushes ». Bref, la Cour stigmatise l’opacité des parties civiles. L’expression « imprudente affirmation » est reprise du jugement du TGI (p.19).

Luc Rosenzweig a constaté le 22 octobre 2004 que, « sur les 27 minutes des rushes de Talal Abu Rahma, plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien à voir avec les images diffusées par la chaîne, dont celles de la mort du petit Mohamed, et consistaient dans la présentation de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens ». Ce témoin de Philippe Karsenty penche pour la « mise en scène [de la mort de l’enfant] ».

Un « témoignage conforté par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel Leconte et Denis Jeambar qui relèvent : « Cette fameuse scène de l’agonie qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage n’existe pas » (4).

Toutefois, ces deux journalistes « refusent de prendre à leur compte la thèse de la mise en scène de la mort de l’enfant ». Pourquoi ? Ils « s’appuient sur le film de Talal Abu Rahma présenté par France 2 le 18 novembre 2004 pour démontrer que les blessures du père correspondaient exactement aux pansements qu’il avait le lendemain à l’hôpital de Gaza ».

Avec finesse et ironie, la Cour remarque, ou persifle, que ces deux journalistes n’envisagent pas la « possibilité d’une contradiction entre les photos qui leur ont été présentées et leurs propres constatations que, dans les rushes, ‘le père porte un T-shirt sur lequel on ne voit aucune trace de sang’ ». Notons qu’Arlette Chabot et d’autres accusaient ceux qui énonçaient ce constat de « révisionnistes ».

Selon Richard Landes, autre témoin de Philippe Karsenty, la « probabilité d’une mise en scène de la mort de l’enfant est supérieure à 95% ».

C’est alors que la Cour critique sévèrement la motivation du jugement déféré.

Elle s’étonne : « Aucun des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du général Samya, ni « l’imprudente affirmation » de Charles Enderlin -, n’a paru aux premiers juges à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté ».

La Cour se différencie de ces juges car elle, elle a visionné les « 18 minutes de rushes de Talal Abu Rahma communiquées par France 2 ». Et l’examen de ces rushes « ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats ».

Quant aux « attestations produites par les soins du cameraman, elles ne peuvent pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles ». Philippe Karsenty avait présenté le rapport d’une graphologue qui concluait que ces témoignages avaient été écrits par… Talal Abu Rahma.

Dans son jugement (pages 13, 14, 18, 20, 22), pour condamner Philippe Karsenty, le TGI avait relevé le fait que les autorités israéliennes n’avaient pas repris à leur compte ou avaient accordé un « faible crédit » à la thèse de la mise en scène exprimée par Nahum Shahaf, le film de la Mena, le livre de Gérard Huber… Or, affirme la Cour, « aucun principe ne permet de refuser sans examen, ni explication tout crédit à un document qui ne bénéficierait pas d’un label officiel ou qui ne recueillerait que peu de crédit de la part des ‘autorités’ ».

De plus, la Cour contextualise l’attitude de ces autorités : « Les premières déclarations des autorités israéliennes, notamment celle du général Eiland, ont été faites au vu des seules images du reportage de France 2 ». Quant à l’armée israélienne, « elle ne répond quasiment jamais sur rien. C’est le choix de communication qu’elle a fait », comme l’ont expliqué ces deux journalistes. Un silence à nuancer (5)…

Un reportage doit témoigner de « ce que le journaliste a vu et entendu »

Ensuite, la Cour donne à la fois un camouflet et une leçon de journalisme à Charles Enderlin, présenté par ses avocats comme un parangon de toutes les vertus d’un correspondant, tout en soulignant l’extrême gravité des effets de ces images.

Charles Enderlin a déclaré « que « l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors qu’un reportage [se définit] comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu ».

Le correspondant de France 2 à Jérusalem a ainsi « reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel Dayan, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias ».

Une vivacité d’expression autorisée par l’importance de la question débattue

Vient le ferme plaidoyer pour la liberté d’expression consacrée par le droit supranational et pour « le droit du public à une information sérieuse ».

Les « limites de la critique admissible sont d’autant plus grandes que le sujet est d’intérêt public et les accusations étayées sur un faisceau d’éléments d’enquête et d’autant plus larges à l’égard de ceux qui, par leurs fonctions ou leur activité s’exposent au public ». Ce qui est le cas du correspondant de France 2 à Jérusalem.

De prime abord, la répétition des mots incriminés – « faux reportage », « mise en scène », « mascarade », « supercherie » et « imposture » – revêt « un aspect critique, négatif, voire provoquant (« fausse mort ») ».

Mais c’est que Philippe Karsenty « explique avec véhémence, mais sans véritable outrance en quoi la chaîne publique a mérité sa critique au regard des critères de notation de son agence ».

Il qualifie les scènes de guerre de « pure fiction » ? C’est « aussi soutenu par plusieurs des grandes signatures de la presse et de l’information ayant vu les rushes en 2004 ».

Le responsable de l’agence de notation des médias déduit des « incohérences inexplicables et des contradictions dans les explications sur l’agonie de l’enfant donnée par Charles Enderlin que celui-ci se trompe, ce qui revient à lui imputer une simple erreur, et « du même coup », trompe le public, ce qui apparaît comme une formulation euphémique ».

Par la question finale incriminée – Charles Enderlin « cherche-t-il à couvrir une imposture ? » -, l’appelant « aborde le fond du sujet avec une vivacité de l’expression que l’importance de la question débattue doit pourtant autoriser ».

Pas d’animosité personnelle de Philippe Karsenty contre les intimés

La Cour écarte les allégations d’animosité personnelle de Philippe Karsenty à l’égard de France 2 ou de Charles Enderlin. D’une part, les attestations de René Backmann et François Raiga-Clémenceau sont « postérieures à son enquête ». D’autre part, « le contenu de l’article et du communiqué de presse » poursuivis « ne révèle aucun sentiment personnel hostile à l’égard » des parties civiles.

Enfin, « les éléments de l’enquête constituent une base factuelle suffisante pour admettre que les propos litigieux… aient pu être tenus… pour traiter de sujets d’intérêt aussi général que le danger [du] pouvoir de la presse, en l’absence de contrepoids, et le droit du public à une information sérieuse ».

Ce faisant, Philippe Karsenty « a exercé de bonne foi son droit de libre critique… Il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme » . Cette liberté « vaut aussi pour [les informations ou idées] qui heurtent, choquent ou inquiètent ».

Une relaxe relatée

Le 21 mai 2008, la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, relaxe Philippe Karsenty, infirme le jugement de première instance et déboute France 2 et Charles Enderlin de toutes leurs demandes .

Ce qui stupéfie Me Bénédicate Amblard, avocate de France 2 et Charles Enderlin. Ceux-ci se sont pourvus en cassation le jour-même (6).

Relatée par des agence et journaux français, cette relaxe a été accueillie chaleureusement bien sûr par Philippe Karsenty, et saluée par des , dont Shurat HaDin-Centre juridique d’Israël qui, le 12 mai 2008, a demandé à la Cour suprême israélienne de retirer l’accréditation de France 2 et de Charles Enderlin …

Combien sont-ils ceux qui, comme Philippe Karsenty, sont parvenus progressivement, en lisant la presse, notamment sur Internet, ou le livre de Gérard Huber, en voyant le film d’Esther Schapira, en assistant à des conférences sur l’affaire al-Dura, et désormais en lisant l’arrêt de la Cour et ses commentaires, à la conscience d’une « mise en scène » de l’incident al-Dura et seraient relaxés par la justice française s’ils énonçaient cette conviction étayée ? Des centaines ? Vraisemblablement plus d’une dizaine de milliers.

Certes, tous ne dirigent pas une agence de notation des médias. Mais certains sont des hommes et femmes d’influence…
(1) La diffamation est une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne » (article 29 de la loi du 29 juillet 1881)
(2) « Préconisée par Locke à la fin du XVII siècle et par Montesquieu au XVIIIe siècle, la théorie de la séparation des pouvoirs est étroitement liée à la philosophie des Lumières. Elle procède de la distinction de trois fonctions [: législative, exécutive et juridictionnelle… Il s’agit] d’équilibre des pouvoirs. L’objectif est simple et Montesquieu l’a clairement défini : « Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». (Pierre Pactet, Institutions politiques et droit constitutionnel. Masson, 1983). Dans De la démocratie en Amérique (1833), Alexis de Tocqueville insiste sur la nécessité de contre pouvoirs. On désigne par « 4e pouvoir » celui de la presse, puis par extension les médias.
Société Montesquieu : http://montesquieu.ens-lsh.fr/nouvelles.php3
Dictionnaire électronique Montesquieu : http://dictionnaire-montesquieu.ens-lsh.fr/
(3) Diffusée gratuitement dans le monde entier par France 2, l’image de Mohamed al-Dura devient l’emblème de l’Intifada II et le symbole de l’inhumanité des soldats israéliens. Elle est notamment arborée fin 2000 lors d’un défilé à Paris où l’on crie : « Mort aux Juifs » et est incrustée dans la vidéo de l’égorgement par des islamistes du journaliste Juif américain Daniel Pearl (z’’l).
Le Dr Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) :  »Cette affaire nous préoccupe tous énormément. Ces images ont été la cause de vocation de terroristes. Ce ne sont pas que des images parmi d’autres. La vérité doit se faire jour, quelle qu’elle soit ». 21 novembre 2007.
Affaire Al-Dura: il n’est pas trop tard pour savoir, http://crif.org/?page=articles_display/detail&aid=10995&returnto=articles_display/presse_th&artyd=5&tg_id=4
(4) Texte précis de l’interview de Denis Jeambar et Daniel Leconte diffusée sur l’antenne de RCJ le 1er février 2005, http://www.m-r.fr/actualite.php?id=1169
Nouveaux éléments accablants dans la mise en scène de Francetélévisions, 3 février 2005, http://www.m-r.fr/actualite.php?id=1083
(5) L’avis de l’armée dans un courrier du 10 septembre 2007 adressé par le colonel Shlomi Am-Shalom, adjoint du porte-parole de Tsahal, notamment à Charles Enderlin et Patrick de Carolis, président de France Télévision, est dévastateur pour les intimés : « L’analyse de toutes les données sur le terrain, l’emplacement de la position de Tsahal, les angles de tir, l’emplacement du père et de son fils derrière un tonneau leur servant d’abri, la fréquence des tirs, les angles de pénétration des balles dans le mur placé derrière le père et le fils ainsi que le timing de l’évènement, rendaient hautement improblable que les tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal se trouvant dans cette position… Le général Samia m’a précisé que toutes ses tentatives d’obtenir les prises de vue pour compléter l’enquête ont été vouées à l’échec… Nous sommes conscients de tentatives de mises en scène médiatisées et comme un doute s’est insinué à cet égard envers ledit reportage, nous demandons [une copie complète non montée] afin de découvrir la vérité ». http://www.m-r.fr/page1.htm
(6) Le délai légal pour se pourvoir en cassation est de trois jours en droit de la presse.

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