L'Arménie et nous : Un peu d'histoire   

Michel Lévy

Dernière mise à jour : 9-jan-08
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Le drame arménien n'a pas commencé en 1915, et n'est pas encore fini, les Azéris sont un autre peuple turc et musulman, et le conflit continue. Seulement, les arméniens, comme les juifs ont désormais un état pour les protéger, et cela change tout.

Un peu d'histoire en très bref

        Une grande région plus qu'un pays, l'Arménie, (Hayastan ou Haïkstan en arménien), à cheval sur les empires Perse et Turque couvrait dix fois son territoire actuel avant les catastrophes des XIX et XX ième siècle. Le mot français Arménie vient de l'hébreux Aram, le pays des araméens. Leur langue est indo-européenne, ils seraient issus du mélange d'un peuple venu d'Asie et d'indigène, la fondation de Yerevan daterait de -800 avant l'ère chrétienne.

    Majoritaires dans les actuels Kurdistsan Turc et iranien, Arménie, et Cilicie, (Au Nord de Chypres) les arméniens vivaient comme les Syriens, les Tunisiens, les arabes, les Grecs ou les Bulgares sous la férule du sultan turc de Constantinople et de ses armées.

Qui sont les Turcs ?   

       Les turcs (Türk signifie homme fort en turque) étaient des nomades d'Asie Centrale. Étrangers à la Turquie, (comme les Francs étaient étrangers à la France) ils ne sont arrivés que très tardivement. Le coeur du peuple turcs est en Asie Centrale au Turkestan, cet ensemble de steppes qui vont de la mer Caspienne jusqu'au Sing Kiang,  cette province chinoise du désert de Gobi, dont les habitants, de confession musulmane sont travaillés par des poussée indépendantistes.  Aujourd'hui on estime à 150 000 millions le nombre de Turquophones dans le monde. 

  Leur conquête a été celle de l'islam
      Ils ne sont à Istanboul que depuis 1453,pour contrôler cet immense empire, les turcs se sont présentés comme les portes drapeaux de l'Islam ce qui leur donnait l'illusion d'être majoritaires. La communauté religieuse définissait alors les individus, on ignorait la notion d'état, on était musulman, donc membre de la communauté des fidèle, donc sujet loyal du sultan, soit chrétien ou juif, donc suspect et protégé en attendant une conversion à l'islam qui devait régulariser la situation. (Les juifs ont été accueillis par la Divine Porte car l'explusion d'Espagne, en faisait des ennemis naturels des rois très catholiques, ennemis jurés de l'Islam. Ce rôle ambigü n'a pas favorisé leurs relations avec les chrétiens d'orient. Poutant lorsqu'il le jugeait bon, le Sultan les rappelait leur condition de Dhimmi, Chabataï Zvi par exemple a été converti de force à l'Islam.)   Chaque révolte était noyée dans le sang, et si elle avait lieu dans un pays chrétien on exterminait les hommes, les femmes étaient données aux musulmans et les enfants élevés dans l'islam. Ainsi les turcs ont islamisé l'Anatolie, l'Albanie,la Bosnie, en attendant le reste des terres chrétiennes. En 1821, par exemple, les 30 000 habitants de l’île de Chios ont été massacrés par les turcs, et Delacroix a peint pour illustrer ce drame

      Les Turcs ont divisé pour régner, les musulmans étaient supérieurs aux chrétiens, et les turcs au dessus des autres musulmans. Les chrétiens et les juifs étaient soumis au statut de Dhimmi, très pénalisant qu'ils pouvaient abandonner en se convertissant. La nationalité était de facto assimilée à la religion. Le sultan était d'abord le chef des musulmans. En France à la même époque, la devise était "Une foi, Une loi, un Roi", les concepts n'étaient pas si éloignés ! 

Nationalisme et impérialisme 

     Le XIX ième siècle a été celui des nationalismes et des impérialismes. Les grandes puissances ont appuyé les rebellions des provinces chrétiennes de l'Empire turque, cette générosité n'était pas dépourvu d'arrières pensées impériales. La France finançait la divine porte, et se servait en Afrique du Nord (conquête de l'Algérie, protectorat sur la Tunisie), l'Angleterre avait des visées sur Chypres, la Russie rêvait de s'étendre vers la Méditerranée à travers l'Anatolie, et l'Allemagne cherchait à s'imposer en finançant et en contrôlant de grandes infrastructures comme le chemin de fer Berlin-Bysance-Bagdad. On  plaignait l'homme malade de l'europe en s'apprêtant à le démembrer. Toutefois, chacun surveillait son voisin de crainte qu'il se serve une part trop importante du gâteau.  Cette  rivalité des puissances impérialistes a empêché toute protection des chrétiens d'Orient, et cela a continué et continuera probablement jusqu'au départ du dernier d'entre eux.

 

 

On estime aujourd’hui à 180 millions environ le nombre des turcophones. Les pays habités aujourd’hui par une majorité absolue ou relative de Turcs sont les suivants: Turquie, Thrace Occidentale, certaines parties de la Macédonie septentrionale et de Chypre, Dobroudja, Deliorman,
Kerkük et Erbil, Azerbaïdjan, Hemedân, Hâmse, Daghestan; Caucase septentrional, certaines parties d’Orenburg et Astirhan, Tchouvachistan, Tartaristan, Baskurdistan, le Grand Turkestan, Yakutistan, enfin certaines partie de la région altaïque.

 

 

 

En route vers le désastre  

    En 1828, Les provinces d'Erevan et Nakhitchevan qui étaient Perse sont conquises par la Russie, la tyranie Tsariste était douce pour les Arméniens à côté du joug de l'islam, aussi, beaucoup d'Arméniens quittèrent la Turquie et la Perse pour former un foyer national, recours contre l'oppression.

   Mais la Russie ne s’est pas arrêté là, et pressée de démanteler l’empire Turc, elle envisageait d’occuper Constantinople, ce qui a fâché les français et les anglais, d’où la sanglante guerre de Crimée en 1854. L'empire Ottoman est sauvé, et les Russes savent désormais qu’ils ne peuvent pas agir en Turquie comme ils l’entendent sans l’aval des franco-anglais.   

 

    Dans le Caucase, il n’y a pas d’ambitions européennes concurrente, alors le Tsar écrase les Circassiens ou Tcherkesses, ces peuples du Caucase du Nord, islamisés de fraiche date (XVIII ième siècle), parmi les quels les Tchétchènes que nous voyons se faire massacrer sous nos yeux à l’heure actuelle. En 1863, Nicolas II triomphe et décide d'exiler les circassiens : « Vous irez vous installer là où on vous indiquera ou bien vous devrez émigrer en Turquie ! » entre 500 000 et 1 000 000 d'entre eux partent s’installer en Turquie, compte tenu de leurs qualités militaires, ils ont été très souvent utilisés dans l'armée. Certains d'entre eux se vengeront des russes en massacrant d'autres chrétiens : les arméniens, mais d'autres se rappelant de leurs propres souffrance essairont de les sauver.

   En 1877, la Russie sous prétexte de protéger les chrétiens d'orient, entre en guerre, et impose à la Turquie la cession d'une partie du Caucase afin d'agrandir la Géorgie et l'Arménie Russe. Les Arméniens sont inquiets, ils demandaient une autonomie, comme les Libanais l'ont obtenu en 1861, et des garanties de sécurité contre les Kurdes et les Circassiens, mais ils n'obtiennent rien, car leur sécurité dépendrait d'une présence militaire russe, et les européens connaissent trop les appétits Russes, et surtout, l'Angleterre a négocié son ralliement à cause Turque contre un protectorat sur Chypres ! ! !

«Après la fin des guerres du Caucase du XIXe siècle et la reddition des montagnards musulmans (tcherkesses/circassiens, tchètchènes, daghestanais, etc...) entre 1859 (reddition de Chamil) et 1864 (reddition de l'Abkhazie), environ 1/2 million d'entre eux ont été chassés ou on préféré l'exil dans l'empire ottoman qui les a accueillis de façon plus ou moins (surtout moins) organisés. Ils ont été dispersés dans diverses régions de l'empire (notamment dans les provinces arméniennes) et ont souvent été recrutés dans l'armée,forts de leur réputation guerrière, ou dans l'administration, et ont été utilisés notamment dans les guerres contre les Russes (les ennemis de mes ennemis...), dans les Balkans ou au Caucase, y compris pendant la 1ère guerre et lors du génocide, avec des attitudes variées (comme les Kurdes d'ailleurs, certains participant, d'autres s'opposant aux massacres)....»
Claire Mouradian

       Une révolte Kurde pour demander l'autonomie éclate en 1880,(*) dirigée à l'origine contre l'État Ottoman, elle prendra vite l'aspect d'une Djihal anti-arménienne, le Sultan Abd ül Hamid en profite pour rallier les grandes familles Kurdes à la cause Pan-islamique. Cinq ans plus tard, il se crée un parti arménien, pour résister aux persécutions kurdo-turques. Des contingents de cavaliers Kurdes sont crées et envoyés en Arménie en 1891 officiellement pour lutter contre contre les Russes, officieusement pour participper à l'islamisation. En pratique, à partir de cette date, les Arméniens sont persécutés dans tout l'empire.

    1893, 1894, 1895 C'est une série de massacres, par exempe e 28 octobre 1895 à Ourfa, 2500 arméniens sont brûlés vif dans l'Église. Les révolutionnaires sont les prétextes aux exactions, un petit groupe d'entre eux prend d'assaut la Banque Ottomane en 1896 pour attirer l'attention du monde, c'est une réussite médiatique, aussitôt suivit par une chasse aux arméniens dans les rues de Constantinople, des milliers de malheureuses victimes ensanglantent les rues de la capitale. On estime à 100 000 au minimum le nombre total de morts violentes, (certains vont jusqu'à 300 000) dont 2000 musulmans, victimes des résistances et vengeances arméniennes. Pour comparer, en 1905, suite à l'échec de la révolution Russe, les Cosaques se sont vengés sur les communautés juives d'Ukraine et de Moldavie,  ces pogroms ont émus le monde et ont donné un coup de pouce décisif au sionisme, en particulier celui de Kichinev. Le total des victimes des pogroms de Russie ont fait entre 900 et 1000 morts, soit cent fois moins que les horreurs de Turquie.

    Par intermitence, les horreurs continuent sous les yeux effarés des diplomates occidentaux, qui ne peuvent agir en raison des intérêts stratégiques de leurs gouvernements.

   Pour ajouter au malheur, le Tsar choisit une politique de russification forcée, il rend la langue Russe obligatoire, supprime les liberté religieuses accordée au clergé arménien, considère que toute initiative régionale est un attentat contre la Russie, et plus grave, ferme ses frontières avec la Turquie. Ainsi en 1902, l'administration russe refoule sans pitié en Turquie des milliers d'arméniens venus y chercher un havre.

      Les Arméniens de Turquie sont emprisonnés au sein d'une population hostile et sur-armée, avec une police, une armée, et une justice qui protège les assassins.

La suite de l'histoire est tout aussi dramatique, elle pourra être analysée dans un prochain article, il faut simplement retenir que des officiers réussissent non sans mal un coup d'État, les " jeunes turcs " renversent l'affreux Sultan Abdul Hamid, que cette prise de pouvoir s'est faite en deux étapes, avec au millieu une contre révolution, et qu'en même temps que naissait l'espoir d'une fraternisation entre tous les peuples de la prison turque (Grecs, Macédoniens, Kurdes, Arméniens, Arabes, Juifs etc... ) et pour tous les troubles, les arméniens étaient les boucs émissaires. Oui en 1905 aussi il y eut des massacres.

    Les dirigeants Arméniens veulent croire en la bonne foi des jeunes turcs, car les émeutes ont souvent eu pour origine les partisans du sultan. Hélas une suite de coup d'état, d'assassinats amènent au pouvoir une clique Enver, Talaat, et Djemal ce sont eux qui organisèrent le grand massacre de 1915.

     Un de leur premier crime est l'extermination des chiens de Constantinople, on les a raflé pour les laisser mourrir de faim sur une ile.
      Lorsque la guerre de 1914 arrive, les grandes puissances ne se préoccupent plus des arméniens, la Turquie entre en guerre au côté de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, contre la Grèce,la Russie, la France et l'Angleterre. Il y avait 2 100 000 arméniens dans le pays, en 1927, ils n'étaient plus que 67000.

        Les arméniens ont été appelé sous les drapeaux, tous les hommes ont été requis jusqu'à 45 ans, ils n'ont pas déserté, mais au lieu d'être armés et envoyés au front, ils sont désarmés et réduits à des travaux forcés jusqu'à ce que mort s'en suive.

         Pendant que les jeunes turcs arrêtent et exécute l'élite intellectuelle arménienne se trouvant à Constantinople, ils réquisitionnent tous les biens des arméniens, qui réduits à la misère meurent de faim. Ensuite, on a évacué veillards, femmes et enfants à pied souvent vers Alep en Syrie, à travers des deserts. Beaucoup de ceux qui ne sont pas morts de faim et de soif en route ont fini dans des camps de concentration victime des maladies que l'on a retrouvé à Dachau. Les survivants se sont dispersés dans l'ex empire Turc, ou ont trouvé refuge au loin parfois en France. Les témoignages que vous trouverez sur le web, sont atroces, les arméniens ont soufferts mille mort, la guerre a donné l'occasion à d'autres de se défouler, on a vu cela aussi chez des allemands, et pas seulement chez eux.

     Le résumé d'Hérodote (cliquez sur l'image) donne un résumé complet et très bien fait. C'est le point de vue des historiens français. Mais il est aussi intéressant de connaître le point de vue turc :

 
    Le point de vue Turc :

 «     Comme chaque année, en effet, l’extermination de centaines de milliers de Musulmans par les Arméniens, entre 1914 et 1922, est niée et occultée. Un mur de silence étouffe le souvenir des atrocités et des massacres de masse perpétrés par les Arméniens. Pas un mot dans les médias pour rappeler la souffrance endurée par le peuple turc.
Les Archives d’Etat, qui dépendent des Services du Premier ministre, ont permis d’établir les identités de 523 955 Turcs massacrés en Anatolie par les milices arméniennes entre 1910 et 1922. Les dates et les lieux des massacres y sont également répertoriés.
        Le gouvernement turc, pour sa part, rejette catégoriquement la thèse d’un génocide, estimant qu’il s’agissait d’une répression dans un contexte de guerre civile où les Arméniens se sont alliés aux troupes russes qui avaient envahi l’Empire ottoman. Ankara évalue à environ 500 000 le nombre des morts arméniens et affirme qu’entre 500 000 et un million de Turcs ont été massacrés dans le même temps par les Russes et les Arméniens. Ankara affirme que les autorités ottomanes n’ont jamais eu l’intention d’exterminer les Arméniens et que ces derniers furent victimes de la guerre et non d’un "génocide". Preuve de sa bonne volonté, le premier ministre Erdogan, a proposé au gouvernement arménien de composer une commission internationale. Cette proposition, comme les précédentes tentatives de conciliation semble être rejeté par la partie arménienne. Ils disent avoir toutes les preuves et témoignages, mais refusent toute confrontation, se contentant d’affirmer « nous gentils arméniens, eux méchants turcs. » Dans un état de droit, on confronte les arguments des accusateurs et des accusés, et l’on juge après. Leurs soi-disant preuves auraient soi-disant disparus. C’est ce que demande la Turquie.»

Le point de vue de Mivy :

Parmi les victimes turques, les gens d'Ankara comptent les militaires morts au combat dans le Caucase. Il faudrait comparer les victimes civiles innocentes turques d'une part et arméniennes de l'autre pour comprendre. (comme pour les victimes de l'intifada, il ne faut pas comparer victimes israéliennes et palestiennes, mais victimes civiles innoncentes, et victimes combatantes de chaque camp ). Les turcs minimisent manifestement l'importance des morts arméniennes, il suffit de voir les recensements pour affirmer que la population arménienne a fortement décru pendant cette période, contrairement à a population Kurde ou Turque.
Les turcs parlent de massacres commis par les arméniens, mais avec quels moyens vu que les armes leur avaient été confisquées ? Matériellement, les exactions dénoncées par les turcs ne sont pas crédibles à cette échelle, même si l'on sait que des vengeances ont eu lieu dans les rares cas où la force était du côté arménien. Enfin, Ankara parlent des archives d'état, j'aurais aimé en voir des extraits.

      Je viens d'entendre à la radio, (le 8 avril 2006), qu'un couple mixte, l'homme Azéri, et la femme Arménienne vivaient heureux en Azerbaïdjan, ils et ont eu une petite fille. Lors de troubles, le mari a été assassiné par les siens, on l'a traité de traitre. La femme et la fille se sont réfugiés en France où ils ont demandé l'asile politique. La file a été scolarisée, arrivée sans parler le français, elle est devenue première de sa classe. On vient de refuser le droit d'asile à la mère et à la fille, et la France veut les expulser malgré les protestation du collège. Vers quel pays ? l'Azerbaïdjan où leur vie est menacée ? l'Arménie où ils ne connaissent personne ?

    Le drame continue et les grandes puissances sont toujours aussi décevantes.

biographie :

http://www.cdca.asso.fr/cdca/colloque/colloquecdca-bibliographie.htm
http://www.crda-france.org/0ab/x9_faiezelghocein.htm

http://www.herodote.net/19381110.htm

http://www.terrorwatch.ch/fr/asala.php L’ASSALA
http://www.cdca.asso.fr/gamk/2002/f%E9vrier02/gamk-11_12_f%E9vrier_2002.htm
source : http://www.yevrobatsi.org/st/item.php?r=6&&id=1150

Victor Bérard, «La Politique du sultan, Les massacres des Arméniens: 1894-1896», Ed. du Félin, avril 2005.

 

Pratique de l’histoire
et dévoiements négationnistes 

http://www.phdn.org/
site de Gilles de Karmasyn