Combat dans la Résistance

Michel Lévy

Dernière mise à jour : Jeudi, 10/06/21
Pour tout complément, remarques zé suggestions qui seront publiés, sur cette page
(sauf bien sûr si vous ne le souhaitez pas ! ) :

Herbert Herz, a raconté les aventures auxquelles il a plus ou moins volontairement été mêlé. Sa survie est miraculeuse, et met en évidence la complèxité de la société française sous l'occupation. Cette article, sort de la lorgnette de Mivy, mais pour vous faire une bonne idée, lisez son livre, c'est un vrai roman policier ! !
En vente rue de rosiers, au musée d'art juif, au mémorial de la shoa etc...

La famille Herz et moi...

Herbert Herz vient, sous l'aimable pression du cercle familial d'écrire et de publier à compte d'auteur une partie de ses mémoires intitulée "Mon Combat dans la résistance FTP-MOI " et sous titré "Souvenirs d'un jeune juif allemand".

Quand je pense aux juifs allemands, ce sont mes racines alsaciennes qui se réveillent, et je revois mon grand père Gaston, il avait fait la guerre de 1914, mobilisé malgré ses quarante et un ans et ses deux enfants, il avait mangé la boue de l'Artois, avait été gazé, enterré vivant, souffert mille morts, et avait cessé le combat blessé et vivant. Terminant glorieusement la guerre en soldat de seconde classe avec un certificat de bonne conduite. Il détestait les allemands, et disait des juifs allemands, "Ils étaient plus boches que les boches ! ".

Il n'avait pas tout à fait tort, ci contre au milieu du groupe, voici Samson, l'arrière grand père d'Herbert, qui était président des anciens combattants de la guerre franco-prussienne de 1870 de Wiesenbronn. Pendant ce temps mes ancêtres se faisaient enterrés non pas en direction de Jérusalem, mais de Paris.

Plus tard, beaucoup plus tard, les descendants de Samson et Gaston se sont mariés, vous me croirez si vous le voulez, mais leurs enfants et petits enfants sont magnifiques, vous en avez quelques photos sur Mivy si vous savez les chercher.

Le père d'Herbert, Simon habitait Augsburg, peu nationaliste, il ne se considérait pas comme un «Deutsche Staatsbürgerjüdishen Glaubens» l'équivallent du «citoyen français de confession israëlite». Il présidait une association sionistes, et croyait de moins en moins en l'avenir du judaïsme allemand au fur et à mesure que la menace nazie se levait. On a vu alors s'ériger des slogan comme «Die Juden sind unser Unglück» les juifs sont notre malheur, les nazis défilaient en chantant «Quand nos couteaux feront jaillir le sang des juifs, alors, tout ira mieux»; les exactions se multiplièrent, elles n'étaient jamais réprimées. Une première arrestation sur un prétexte fallacieux décida la famille Herz à quitter définitivement l'Allemagne pour la France.

Pourquoi la famille, dont le père militait parmi les sionistes n'est-elle pas partie pour la Palestine ? peut être le couple n'était-il pas d'accord sur ce point, mais Simon, le père d'Herbert, espérait probablement que ses enfants un jour réaliseraient son rêve.

Une interview
d'Herbert Herz
le 27/1/2008

 

 

 

La liste des points de vente est consultable ici :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant guerre, les français étaient-ils antisémites ?

Le débat est d'actualité car l'histoire pèse toujours très lourd sur le présent. On constate une tendance actuelle à oublier les bons moments pour se fixer sur les zones d'ombres. Des musulmans s'efforcent de salire la république en lui rappelant ses méfaits pendant la période coloniale, et des juifs rappelent à qui veut les entendre que la France les a trahit au début du XX ième siècle.

Pour lutter contre Hitler, les juifs se sont de suite mobilisés, dès le printemps 39, sentant la guerre proche, Simon proposa ses services à l'armée française qui refusa. L'armée était xénophobe, et voulait de bons français.

Avant la défaite, les autorités de la république ont requis les étrangers qualifiés d' «indésirables», des réfugiés des deux sexes ont été conduits de force dans des camps de travail. Des gens persécutés par les nazis et réfugiés en France ont été enfermés avec des républicains espagnols à Gurs, aux Milles, et dans d'autres camps, avant d'être trop souvent livrés aux nazis.

On ne peut être qu'atterré en constatant que les autorités ont enfermé d'excellents soldats potentiels aguerris en Espagne, très motivés, et prêts à mourir pour la liberté.

Grâce à de faux certificats médicaux, toute la famille d'Herbert réussit à se faire déclarer inapte, et sans demander son reste, prit la route vers le Massif Central, où ils survécurent sans problème jusqu'à ce jour d'Août 1942.

Les autorités sanitaires étaient-elles naïves au point de croire ces faux documents ou au contraire cherchaient-elles des prétexte pour contourner des directives injustes ? A Dijon, Herbert a réussi brillamment son brevet sportif, on lui a donné une carte de breveté, mais au lieu de le faire naître à Augsbourg, «on» avait préféré Strasbourg.

L'auteur de cette «erreur», M Ganteret professeur de gymnastique avait spontanément aidé un jeune homme sympa en danger. Il avait prévu qu'une carte d'alsacien pouvait lui sauver la vie. Ce document permit, dans le désordre de l'exode de 1940 d'établir des documents officiels.

Avant guerre déjà, la démarquation entre une administration prête à devancer les instincts criminels des nazis, et les futurs résistants existait déjà. La France n'a jamais été unie. Tout jugement collectif est erroné.

 

Ce jour d'août 1942

Herbert avait 19 ans, son père s'était éteint à Dijon avant son départ pour l'Auvergne où la vie familiale se déroulait tranquillement. Ayant une course à faire à Clermont, il enfourcha sa bicyclette et se rendit dans la métropole auvergnate, sur le chemin du retour, il fit une halte à Riom à la gendarmerie pour faire renouveler sa carte d'identité. C'était se jeter dans la gueule du loup, son nom figurait dans la liste des juifs à arrêter et à livrer aux allemands. On le conduisit pour la nuit au poste de police, Herbert à demandé chemin faisant l'autorisation d'acheter un peu de pain pour son repas.

Autorisation accordée, la boulangère compatissante l'a écouté, et ne lui a pas demandé ses tickets de rationnement. Les gendarmes l'ont confié au poste de police, un policier s'est proposé comme volontaire pour lui acheter un peu de charcuterie. Sur le coup de dix heures, deux gendarmes sont venus le chercher pour le ramener à la gendarmerie où le commandant le prend à part et lui dit « écoutez, jeune homme, je vais vous libérer, ne posez pas de questions, vous allez complètement oublier où vous avez passé la soirée... ». On a appris ensuite que la boulangère avait averti le principal M Jeager, un alsacien anti nazi, qui avait averti le commandant de la gendarmerie. Maurice Berger, qui l'a libéré. En 1944, Maurice Berger a été arrêté comme résistant, il est mort au camp de Flossenburg en Allemangne. En partie grâce aux efforts d'Herbert, la médaille des justes lui a été remise à titre posthume en 1997.

Herbert n'a pas jugé bon de s'éterniser en Auvergne, et on le comprend ! il a fait divers métier dans le Sud Ouest, un jour son patron lui a fait remarqué qu'il était suivit par la police. Alors il partit aussitôt pour Grenoble, zone occupée par les italiens. Pour être arrêté il aurait suffit d'être trahit par une seule personne, mais échapper à la mort n'a été possible que grâce à la complicité de beaucoup de français.


Jacques Chirac, lors d'une commémoration en l'honneur des "Justes des nations" a rendu hommage boulanger et au gendarme.
Texte officiel du discours du Président
ici
Comment on entre dans la résistance

La solitude était pesante pour un jeune homme de dix neuf ans, alors, Herbert s'est trouvé une seconde famille parmi les camarades de la route, nouveau nom imposé aux Auberges de Jeunesses depuis leur dissolution par Pétain. En Août 43, au retour d'une promenade en vélo, un ami, Charles Wolmark lui a proposé de combattre au lieu de se cacher. C'est ainsi, qu'il s'est trouvé engagé dans la jeunesse communiste, il aurait bien pu être chez les gaullistes, ou ailleurs. Les actions de résistances de jeunesses communistes n'étaient pas très excitantes : peintures sur les murs, distribution de tracs, aussi Herbert a été très content lorsqu'on est venu lui proposer d'entrer dans les FTP : Francs Tireurs Partisans. Il existait les FTP-FR composé de français, et FTP-MOI (Main d'Oeuvre Immigrée) composé majoritairement d'étrangers, et les deux réseaux étaient cloisonnés pour des raisons de sécurité.

Il n'y avait pas de bureau de recrutement pour la résistance, en général on ne pouvait y entrer que par cooptation. Toutefois, j'ai entendu un proche m'affirmer avoir été engagé, presque de force. Il était réfugié et travaillait dans une ferme. Des résistants sont venus au ravitaillement. Ils se sont spontanément rendus compte que le valet de ferme n'était pas fils de la maison, aussi ils l'ont ramené avec eux, au milieu des poules, le beurre et les lapins.

 

 

 

Une plaque a été posée en mémoire de Charles Wolmark. En cliquant sur le lien vous aurez un résumé de ses exploits. Charles a été fusillé en 1944

La vie de clandestin

Une fois qu'on faisait parti des FTP, on devenait clandestin, depuis le 9 septembre 1943, Grenoble était passé sous domination allemande, malgré des combats sporadiques de certains soldats Italiens qui avaient même cachés leurs armes. Herbert ne pouvait plus se satisfaire de sa carte d'identité d'Alsacien, l'Alsace étant annexée, les alsaciens étaient sencés être incorporés dans l'armée allemande. On l'aurait arrêté comme déserteur et déporté.

Un voisin policier avec qui il avait sympathisé, lui a fourni en échange de quelques cigarettes une nouvelle carte d'identité avec un nouveau nom. Il s'appelerait désormais Georges-Hubert Charnay né à Dijon en 1925. Sur les routes des Alpes on voit de nombreuses petites stèles rappelant le sacrifices de jeunes gens, et de moins jeunes mort au combat contre l'occupant. On y trouve peu de noms à consonnance juive. Si Georges Hubert Charnay avait été tué ou fusillé, qui aurait su qu'il s'appelait Herbert Herz ? Le nombre de résistants juifs était très important, mais ils n'était pas prudent de l'afficher.

Les combats du resistant

Les combattants des FTP-MOI étaient surtout des espagnols, des juifs d'Europe de l'Est, des antifascistes italiens ou allemands, des arméniens, des polonais non juifs etc... les juifs formaient bien la moitié du contingent et les trois quarts des chefs qui pour la plupart étaient des vétérans des brigades internationales. Il y avait des résistant même au sein de la Wehrmacht, des étrangers réquisitionnés de force dans l'armée allemande ont fait sauter le dépôt de munition d'une caserne de Grenoble ! ! !

La liste des actions «militaire» auxquelles Herbert a participé est très longue. Les FTP-MOI avaient choisi la ville comme champ de bataille, ce que n'avait pas fait les FTP-FR. Il s'agissait d'actions toujours dangereuses : des bombes sur le passage des soldats allemands, l'assassinat de miliciens, d'officiers allemands, des sabotages, des "récupérations" de cartes d'alimentation etc... Les connaissances en électricités étaient fort utiles pour saboter des usines. Mais le «pain quotidien» c'était les attaques de voies ferrées.

Agir rapidement, proprement, sans perdre une seconde, et veiller constamment à éviter dégats «colatéraux» supposait un esprit méthodique et décidé. Seriez vous étonné si je vous disais qu'après la guerre Herbert a fait de brillantes études d'ingénieur ? Au bout d'un certain temps sa présence à Grenoble finissait par être dangereuse pour lui et pour le groupe. La probabilité d'être reconnu augmentait au fur et à mesure que les actions se multipliaient, aussi Herbert a-t-il été «muté» à Lyon, où le combat a continué, il a profité de ses excellents faux papiers pour faire du renseignement, et de son sens de l'organisation pour préparer de nouvelles actions.

Herbert, ignorait à l'époque l'étendue du désastre qui allait exterminer la population juive d'Europe de l'Est, mais il savait que son frère, Emmanuel, qui avait réussi à pénétrer clandestinement en suisse avait arrêté. En effet, il s'était fait prendre à 6 km de la frontière et enfermé à Martigny, là le commandant du camp lui a dit qu'il avait reçu des ordres stricts de le reconduire à la frontière. Les gendarmes suisse l'ont remis «en main propre» aux gendarmes français. (D'autres Suisses m'ont sauvé la vie). Il a été conduit à Riversaltes, puis à Drancy, et à Auschwitz. Herbert se doutait qu'il ne reverrait plus son frère, qui effectivement a été assassiné, ce drame a renforcé son engagement à combattre.

En lisant ce livre, on voit que la guerre n'est jamais propre, tuer un homme car il a le mauvais uniforme, ou parcequ'on le soupçonne d'être un ennemi est toujours cruel. Les exécutions se font sans jugement ni avocat. Toutefois quelle différence avec les moeurs des combattants de l'indépendance en Algérie, Palestine, ou Irak ! En Algérie, le FLN a exterminé des villages entiers hostiles à son combat, ils ont égorgé femmes et enfants. Les palestiniens comme les irakiens ont placé des bombes dans les marchés, dans les bus, en visant volontairement des civils au hasard.

Si certains résistants se sont comporté en bandits, la haute valeur morale et les idéaux portés par les mouvements gaullistes et communistes et la plupart de leurs combattants ont fait que la libération a été source d'espoir pour tous et non prétexte à une guerre civile. Nous devons à tous ces gens une fière chandelle, ils ont bâti les bases d'une société plus juste.











Herbert aujourd'hui
   
 
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