Mivy décoiffe, car il est fait par un chauve

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Derière mise à jour 15-Oct-2022
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Rachi et le judaïsme français

La ville de Troyes est très fière de son moyen âge, et de ceux qui ont fait sa renommée dont Rabbi Chlomo Itsh'aki dit Rachi. Il a retrouvé la lecture qui devait être faite de la bible et du talmud, précurseur en médecine, esprit ouvert, même aux femmes savantes, ses écrits sont devenus indispensables à tous ceux qui veulent retrouver la bible des hébreux, ou le champenois du moyen âge.

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Cette étude destinée à une réunion des amitiés Judéo-chrétienne de Dijon comporte des extraits de plusieurs auteurs qui sont tous cités en référence

Ce qu'on sait sur sa vie

(*) Rachi est né à Troyes, probablement en 1040, certains annoncent même le 22 février, et a quitté ce monde le 13 juillet 1105 à 65 ans dans cette même ville, et aurait été enterré dans le cimetière rue de Preize, qui a été détruit au XVI ième siècle, et on ne sait pas ce que sont devenues ni ses cendres, ni la stèle funéraire. Certaines traditions veulent qu'il ait décidé de partir mourir en terre sainte, et qu'il serait mort en chemin. Léon Askenazi dit que plus de 200 rabbins disciples de Rachi, des "Tossafots", seraient partis y vivre, mais que le peuple ne les aurait pas suivi.

On est sûr de la date de sa mort, car un manuscrit du XIIIe siècle conservé à la Bibliothèque nationale de France comporte ainsi une partie du texte de la Torah (les trois derniers livres), suivi du commentaire de Rachi.

Il se termine par : « L'illustre rabbi Salomon fils du saint Isaac le Français est mort en l'an 4868, le 29 Tammouz, cinquième jour [jeudi], à l'âge de 65 ans. » Cette date se trouve également dans le manuscrit de Parme (de Rossi 175) conservé à la Bibliothèque Palatine (daté de l'année 1305).

Il ne parle que d'une fois de son père qu'il nomme «Saint Rabbi Isaac».

Rabbenou Guershom ben Yehouda, de Mayence était surnommé «Méor hagola» lumière de l'exil, (960-1028) il tenait la plus grande université juive de son temps, l'oncle de Rachi avait étudié longuement auprès de lui, et c'est probablement lui qui a poussé Chlomo à aller à Schoum faire ses universités âgé de 18 ans, compte tenu de sa scolarité brillante. On dit que Rabbenou Chlomo ben Isaac : Rachi, notre maître Salomon fils d'Isaac est né la même année que Rabbenou Guershom est décédé.

ש =CH = Shpira Speyer en allemand, Spire en français
ו= V ou O = Warmaisa Worms en allemand et français
ם = M(final) de Magenza, Mainz en allemand et Mayence en français
« SchOUM » = שום

Rachi a été six ans élève des disciples de Rabbénou Guershom à Mayence et à Worms dont Rabbi Yaakov Benyakar de Mayence qu'il suivra jusqu'au bout, et d'autres rabbins illustres avec qui il restera en relation épistolaire jusqu'à ce que la mort les sépare.

Après dix ans passés en Allemagne, il revient vivre à Troyes et n'a jamais quitté cette ville, malgré les nombreuses légendes qui l'entourent, on décrit ses exploits à Pragues, où il aurait fabriqué et possédé une potion magique, que sa femme aurait trouvé pour le ressusciter .

 

Il s'est marié, mais on ignore le nom de sa femme, Sylvie Weil dans son roman "Les vendanges de Rachi" la nomme Précieuse. Pourquoi pas ? on sait que Rachi parlait le champenois, il a eu quatre filles :

Par ce qu'il n'a pas pu avoir de garçon, il a donné une instruction très solide à ses filles, et les a marié à ses meilleurs disciples. (Ce qui n'a pas empêché un divorce ! )

Ses descendants directs ont formé à Ramerupt, et ailleurs des écoles qui ont continué son œuvres jusqu'à l'exil de France sous Philippe le Bel, on appelle cette école les "Tossafots" תופסות ceux qui ajoutent, Rabénou Tam en a été le plus célèbre, leurs commentaires doublent le volume des originaux de Rachi.

Il a fondé une école talmudique qui attira rapidement des élèves de toute l'Europe. Malgré sa renommée, il refusait de tirer profit de sa charge de rabbin et aurait gagné sa vie comme vigneron, ainsi qu'il transparaît dans un de ses responsa, où il s'excuse de sa brièveté, étant pris par les vendanges. Toutefois, une thèse récente l'imagine plutôt médecin, mais on peut aussi imaginer qu'il fut l'un et l'autre, mais à temps partiel, car la richesse de ses travaux sur la bible et le talmud ne devait pas lui laisser beaucoup de temps pour faire autre chose.

Il écrivait avec des lettres cursives, proches des caractères imprimés traditionnels, et cette écriture se nomme Rachi, en son honneur, mais elle est bien plus ancienne que lui. Je me suis exercé à la lire, et ce n'est pas trop difficile. Dans les vieux livres de prière, les textes sont en écriture carrée, mais les indication du genre "On se lève", ou "ne se dit que le shabbat et les fêtes" est souvent écrite en caractère Rachi.

On remarque dans l'extrait du lévitique (Paracha Tazria) ci dessous des "Laazim" ou mots en français , qui se remarquent par les deux crochets dans le texte, on peut lire : Ch(é)ni''mnit = Sainement * R(e)iiti''chmnt = rétrécissement D(é)ii''trir = détruire

Les juifs de Troyes furent protégés par le Comte de Champagne, et les hordes de croisés en route pour Jérusalem épargnèrent la Champagne, mais hélas, il en fut autrement en Rhénanie, où malgré la protection des évêques, les soudards massacrèrent les communautés de la vallée du Rhin. Rachi perdit ses maîtres et ses amis.

Rachi maître du Pchat

Il existe quatre niveau de connaissance
* Le sens littéral ou obvie : Pchat
* Le sens interprétatif : Remez
* Le sens allusif :
Drach on appel "Dracha", le discours, par exemple celui du jeune Bar-Mitzva
Le sens secret :
Sod


Les initiales de ces quatre mots PRDS forment le mot Pardes, qui veut dire jardin en hébreu, mais aussi paradis.
Parmi les maîtres de la michna au premier siècle, quatre seulement sont entrés dans le "Pardes", et un seul en est sorti indemne, c'était Rabbi Aquiba.

Rachi a été le maître du Pchat..

On dit souvent que dans un livre, l'importance est l'écrit, en réalité, ce qui compte, c'est la lecture. Chacun lit le mot avec son histoire et lui donne un sens qui lui est propre. C'est la "Mikra" la lecture de la torah.

La thora a été écrite au temps de la prophétie, et les hébreu comprenaient, "On s'est aperçu il y a mille ans, du risque que les juifs n'arrivent plus à lire la Bible des hébreux, il a fallu que des maîtres leur donne les clés de la lecture hébraïque » (*)

Nous n'avons plus la même sensibilité, ni la même lecture des textes. Pour cela Rachi s'est attelé mille ans après la fin de la prophétie, à retrouver le sens obvie des mots. Rachi a donc dans ses commentaires ajouté les mots sous entendus qui manquaient, complément de lieu, d'objet, noms des personnages, verbe manquant, la morphologie des mots, la syntaxe, la grammaire, l'étymologie, il désignera le sujet d'une phrase quand il n'est pas déterminé etc...

Léon Askenazi développe un exemple parmi d'autre : dans l'exode XIV 1 les hébreux dirent à Moïse : "Est-ce par faute de tombe en Égypte que tu nous a pris pour mourir dans le désert. ? ." Le texte hébreu dit "Est-ce par faute de non tombeaux en Égypte". Rachi explique : "Est-ce à cause d'un manque qu'il n'y aurait pas de tombes en Égypte ?"
L'Égypte était une civilisation où on ne faisait de tombeaux que pour les rois et les princes, puisqu'il n'y a pas de tombe pour les étrangers, Moïse aurait-il décidé de faire sortir les hébreux de cette civilisation qui ne donne pas de tombeaux à ceux qui le méritent. Rachi ajoute en vieux champenois et en caractère hébraïque, "Si par faillance de non fosse.." Mais on peut aller plus loin, on appelle les sépultures "non tombes", car celui qui croit que ce sont vraiment des tombes ne croit pas en D ieu. Penser qu'une tombe est un aboutissement, et qu'il n'y a rien après c'est finalement penser un monde qui n'aurait pas de sens, les hébreux savent qu'une tombe c'est un berceau, une non-tombe.

Autre exemple, le commencement de la Torah dans le site Séfarim donne cette explication de Rachi : « Au commencement :  Rabi Yits‘haq a enseigné : La Tora, [en tant qu’elle constitue essentiellement un code de lois], aurait dû commencer par : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois » (Chemoth, 12, 2), puisque c’est par ce verset qu’est édictée la première mitswa prescrite à Israël. Pourquoi débute-t-elle avec Beréchith ? « La puissance de Ses hauts faits, Il l’a révélée à Son peuple, en lui donnant l’héritage des nations » (Tehilim 111, 6). Ainsi, si les nations du monde viennent à dire à Israël : « Vous êtes des voleurs, vous avez conquis les terres des sept nations ! », on pourra leur répondre : « Toute la terre appartient au Saint béni soit-Il. C’est Lui qui l’a créée et Il l’a donnée à qui bon lui a semblé. (Cf. Yirmeya 27, 5). C’est par Sa volonté qu’Il les a données à ces peuples, et c’est par Sa volonté qu’Il les leur a reprises et qu’Il nous les a données ! » (Yalqout chim‘oni, Bo 187).

Rachi était peut-être médecin

Nous savons que Rachi ne faisait pas payer ni ses conseils, ni ses cours, pourtant, il devait bien vivre, il est réputé avoir été vigneron, mais il est peu probable que cette activité lui ait permis de vivre, Ariel Tolédano, lui même médecin le suppose médecin en se basant sur une analyse de ses commentaires.

Rachi avait une très belle connaissance de l'anatomie, physiologie, clinique médicale, soin des plaies, et des techniques chirurgicales. Par exemple, il savait qu'un médecin devait se laver les mains avant et après avoir touché une plaie. Ce n'était pas évident, le malheureux docteur Semmelweiss de Vienne a été pionnier vers... 1850, il a finit fou, est-ce suite aux innombrables attaques de ses confrères hermétiques à ses découvertes ?

Rachi a insisté sur la relation qui existe entre le corps et l'âme, par exemple, il explique qu'il y a 248 entités anatomiques dans le corps, cela fait écho aux 248 commandements positifs. Cette affirmation a eu lieu, combien d'années avant Descartes ?

Ailleurs, il commente, «le peuple n'était plus état d'entendre Moïse car à cause du souffle court» celui qui se trouve en état de détresse, son souffle est court, sa respiration est haletante, il a un commentaire de médecin qui voit un patient en état de stress.

Il explique "Ils deviendront qu'une seule chair" ainsi : l'enfant est crée par ses deux parents, grâce à eux, il y a une répartition égale du patrimoine génétique.

Rachi a remarqué que le teint d'une personne exprime son état de santé, l'examen des plaies montre qu'il est un clinicien, et qu'il a l'habitude d'examiner un corps. Lev 13-2 "Une tumeur, une dartre. Ce sont les noms des plaies plus blanches l'une que l'autre, taie en français, que dans le livre de Job etc.." Rachi démontre que la lèpre définie dans le lévitique n'est pas la maladie connue de la lèpre, les symptômes sont différents. C'est une maladie de l'âme. Il explique que l'aspect blanc donne l'illusion de la profondeur, dans la vraie maladie, il n'y a pas d'illusion, la plaie est profonde.

Dans le Traité chabbat Rachi parle de la luxation, il donne des informations sur la blessure de Jacob, il décrit comment c'était une luxation. Il explique comment on réduit une luxation de la mâchoire. Pour cela il faut l'avoir pratiqué soi-même.

Rachi conclu ses commentaires avec des comparaisons avec la pratique médicale, dans la bible, le Seigneur dit : « si vous vous comportez bien, vous n'aurez pas de maladie, car Je suis votre médecin» Rachi répond, je ne les enverrai pas vers le médecin, s'ils obéissent, ils ne seront pas malades. Comme un médecin qui recommande à un patient de ne pas manger de choses qui pourraient le rendre malade. Les commandements sont là pour maintenir le peuple d'Israël en bonne santé, physique et mentale. Rachi dit qu'il faut consulter quand on est malade, et non se référer à la providence (cf commentaire du talmud Baba kama)

Rachi et les chrétiens

La période où Rachi écrivait, est remarquable dans l'exégèse en occident. Dans la seconde moitié du XI ième siècle, la réorganisation du système scolaire a des conséquences importantes. Les écoles cathédrales situées en ville remplacent les écoles monastiques dans la diffusion du savoir. C'est en même temps que s'ouvrent les "Yeshivots" et les universités chrétiennes, grandes ou petites, qui prennent leur essor, car elles ont un maître. Anselme à Laon, Roscelin à Tours, Abélard à Melun, ou Rachi à Troyes. Chrétiens ou juifs placent l'étude biblique en pôle position.

Le deutéronome commence ainsi "Au delà du Jourdain, dans la plaine de Moab, Moïse se mis en devoir d'expliquer la loi" Pour Rachi, il l'a commenté en 70 langues en même temps, afin que la torah soit comprise par les nations. En hébreu, bible se dit Mikra, lecture, comme le rappelait Léon Askenazi, car ce qui est écrit est figé. Rachi, dit ce qu'il faut retenir des textes écrits par les maître du talmud. Or c'est justement la préoccupation des chrétiens à l'époque qui sont à la recherche du message divin.

De son vivant, Rachi n'a guère rayonné au delà de la communauté juive. Des légendes lui font avoir des relations avec les grands, mais elles ne sont pas établies. Par contre ses oeuvres écrites ont été reprises par Hugues et André de Saint Victor.
Hugues affirme :
"Je m'étonne de la témérité de ceux qui se prétendent maître de l'explication symbolique, quand ils ignorent le sens original de la lettre" Plus tard il écrira, "Le texte hébreu est plus vrai que le texte grec, qui lui même est plus vrai que le texte latin".
Saint Jérôme aussi tient à connaître les textes en hébreu.

Nicolas de Lyre, né en 1272 et mort en 1349 était un polémiste chrétien, qui combattait le judaïsme au cours de disputations souvent de sinistres mémoires. Afin de fourbir ses arguments, il a étudié et commenté tout ce qu'il a pu, bible, talmud, et commentaires de Rachi.

Sa Postille, recopiée sans cesse pendant les XIVe et XVe siècles, est constamment réimprimée, des les débuts de l’imprimerie au XVIIe siècle. Elle renouvelle l’exégèse de la Bible, notamment par son utilisation des sources rabbiniques, par la bonne connaissance que Nicolas de Lyre a de l’hébreu et par le recours fréquent à Aristote. Elle n’en suscite pas moins une série de controverses passionnantes au cours du XVe siècle.

Mais Nicolas de Lyre n’est pas qu’un commentateur de la Bible. Polémiste, il met ses compétences au service de ses traités contre les juifs, dont il renouvelle le genre. Théologien, maître un temps à Paris, il est consulté sur les débats majeurs de son temps.

Ses écrits ont inspiré Luther dont l'antisémitisme a été redoutable.

Tristes temps d'intolérance et de violence, en 1214 est né Louis IX, couroné en 1226, Saint Louis, a encouragé des disputations pour prouver que la chrétienté était la seule vraie foi, il tente également de convertir au christianisme de gré ou de force les juifs de France. À cette fin, il finit par leur imposer diverses mesures, dont le brûlement du Talmud et, vers la fin de son règne, le port de la rouelle.

Triste période.

Rachi et la langue française

A l'époque de Rachi, le français n'existait pas, à Troyes, on parlait champenois. le premier dictionnaire français date du XVI ième siècle. L'église parlait latin, et tous les écris académiques étaient dans cette langue, quand ils n'étaient pas en grec.
Le français ne possède que peu de mots d'origine hébraïques, ou gaulloise (moins de 200)

La glose de rachi, les "laazim" , écrits en champenois se comptent par milliers, 1500 pour les commentaires de la bible, et 3000 pour ceux du talmud, mais en tout, il n'y en a que 2000, car certains sont cités plusieurs fois. Parce qu'ils écrivent des mots champenois en hébreu, les laazims épaulent la connaissance de l'hébreu. Ils précisent les termes, en français et en hébreu, en ajoutant des informations précieuses sur la prononciation et le sens des mots à l'époque féodale.

Grâce aux études linguistiques, Rachi entre dans la littérature française, et devient membre à part entière du patrimoine français. Ce dernier point me réjouit, car il me permet de terminer mon exposé sur une note optimiste ! !

 

Michel Lévy

 

(1) Léon Askenazi La parole et l'écrit tome2 page 462 et suivantes


 

 

 

 

 

 

 

 

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