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Dernière mise à jour
07-Jul-2026
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Enfant de Casablanca, fils du Mellah, ce ghetto où juifs et musulmans partageaient la même misère, les mêmes joies et les mêmes disputes, Armand Abécassis a commencé à apprendre l’hébreu dès l’âge de trois ans. Il décrit son enfance avec beaucoup de tendresse dans son livre : « rue des Synagogues ».
Il aurait pu s’enfermer dans une Yeshiva, se laisser pousser une longue barbe et faire le délice de ses paires, mais il a découvert, les Éclaireurs Israélites de France, ce mouvement de jeunesse juive, où on nous faisait promettre d’aimer et de servir de tout notre cœur le Judaïsme et la France. Il a été totémisé « Cèdre ». On dit que le « Cèdre de l’Atlas » a pour principale vertu de dégager les voies respiratoires. Notre « Cèdre Armand » a donné aux versets de la Torah, une nouvelle respiration et un air vivifiant et tonifiant. Ses élèves et ses enfants, en particulier Eliette Abécassis lui rendent hommage.
C’est aux E.I qu’il s’était fait remarquer par un autre E.I., Léon Askenazi, fils du Grand Rabbin d’Oran, dont l’érudition lui avait valu le totem de Manitou .
Ensemble ils ont été élèves-enseignants à l’école Gilbert Bloch d’Orsay, fondée par Robert Gamzon, fondateur des E.E.I.F. où se retrouvaient après-guerre, tout ceux qui ont recrée une pensée juive dynamique, parmi eux André Néher, Emmanuel Lévinas, Léon Askenazi et bien sûr Armand Abecassis.
Professeur à l’université de Bordeaux en philosophie, diplômé en arabe et en langues orientales, il a co-animé avec Josy Eisenberg les émissions de télévision « A bible ouverte ».
De ces émissions, il en est sorti quatre livres :
J’ai trouvé dans la pensée d’Armand Abécassis des points communs avec Maharal, par exemple, l’idée que l’homme est au carrefour de deux axes, l’axe horizontal de la connaissance, qui n’a pas de limite ni de tabou, et l’axe vertical de la transcendance qui rappelait l’éthique et l’ordre divin avec qui il n’est pas possible de discuter.
L’homme est à la jonction des deux axes. Sa fidélité à la l’axe vertical, en faisait un juif « orthodoxe » qui pratiquait les mitzvots sans concession, et l’axe horizontal lui permettait d’ouvrir des horizons de connaissances et de briser des tabous avec une audace surprenante pour un juif « orthodoxe » .
Il s’est passionné pour les évangiles, même si leur lecture était interdite dans le talmud, et a découvert qu’on pouvait- les assimiler à des « midraches », des histoires à clés, qui témoignent du judaïsme pendant les premiers siècles de l’ère courante, période où d’autres écrivaient la Michna, synthèse de la loi orale, premier étage du Talmud.
Dans son livre « En vérité je vous le dis, lecture juive des évangiles », on trouve cette interprétation originale : Les évangiles disent, « Si quelqu'un te gifle sur la joue droite, laisse-le te gifler aussi sur la joue gauche », Armand Abécassis l’interprète ainsi : « Si tu as une tête à claque, et si tu reçois une grosse baffe, présente l’autre côté de ta personnalité, et tu seras reçu ! »
Il insistait pour dire qu’il ne fallait pas confondre Jésus le Juif, avec le Christ chrétien. Le Christ, après le second siècle était devenue une partie de la divinité, et c’est totalement étranger au judaïsme. Mais pour Armand Abecassis, comme pour Maharal, ce sont nos différences qui nous enrichissent, ils ne cherchaient pas le consensus. Pour que le dialogue avec l'autre reste enrichissant, l'autre et moi-même devons rester ce que nous sommes.
Fervent militant des amitiés judéo-chrétiennes, il a animé des séminaires, en particulier « Davar » qui réunit tous les ans des passionnés de la bible des deux religions. Il a écrit plusieurs livres sur ce thème en particulier « Jésus avant le christ », ou « Judah et Jésus, la liaison dangereuse ». Il a reçu pour l’ensemble de son œuvre, le prix de l’Amitié Judéo-chrétienne en 2009.
Arabophone, et capable de lire les écrits islamiques dans le texte, il a toujours soutenu la fraternité d’Abraham. Il a participé à de nombreux échanges avec les musulmans, et a écrit « Puits de guerre, sources de paix. Affrontements monothéistes » où il montrait que des contradictions peuvent naître une meilleure compréhension. Les divergences entre les monothéismes existent, - mais on peut trouver dans son livre, une piste pour les surmonter à travers les deux vocations d'Israël et d'Ismaël.
Sa principale préoccupation restait l’avenir du judaïsme français. Comment concilier la fausse alternative
L’objet, l’idée, qui est sacré est vénéré pour lui-même, son caractère sacré est déterminé, et c’est l’homme qui lui donne ce caractère qui ne prête pas à contestation.
Cette vision est païenne, car le judaïsme parle de sainteté, c’est l’axe vertical, la Kedoucha descend du divin vers l’objet. Le monde divin c’est le monde de l’éthique. On peut dire qu’il prend pour lui ce proverbe « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Le sacré païen est immanent à l'homme lui-même, il le trouve en lui. La transcendance, la sainteté, le croyant va la trouver ailleurs. Et cet ailleurs premier, c'est le livre
« Le professeur de mathématiques ne transmet pas les mathématiques. Il transmet une manière de penser qui permet la relation à l'autre, la clarté, la lucidité, la rigueur. De même pour le professeur d'histoire, de même pour le professeur de toutes les matières. Le sens n'est pas dans le texte.
Celui qui transmet doit s'effacer derrière ce qu'il transmet, c'est la méthode pour donner le courage à l'autre pour qu'il puisse recevoir ce qu'il reçoit, mais pas à la manière dont celui qui lui donne l'a reçu. Ce qu'on demande dans la lecture du texte, c'est créer du sens, ajouter du sens au texte, savoir ce que ce texte dit pour moi, ou comme le disait Lévinas, solliciter le texte, c'est-à-dire le texte ne dit pas ce que je voudrais qu'il dise.
La parole est déposée dans le texte mais elle est entre les lignes.
Il est interdit d’étudier seul, car la vérité se cherche dans l’entre- deux et ne réside ni chez l’un ni chez l’autre.
Je découvre le point de vue de l’autre, qui limite mon point de vue et me rappelle que je n’atteindrai jamais la vérité absolue, que je ne possède pas et que je construis avec l’autre »
Voici un petit aperçu sur l’homme, et quelques-unes de ses idées, et si j’avais réussi à vous le rendre sympathique, et curieux, j’aurais atteint mon but.
Alors je vous invite à venir écouter Armand Abecassis, ses conférences sont toujours en ligne sur Akadem, où alors à lire ses livres qui sont toujours passionnants.
https://akadem.org/search?searchQuery=Armand+Abbecasis
Michel Lévy