Mivy décoiffe, car il est fait par un chauve

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Derière mise à jour 18-Nov-2022
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L'eau des écolos

Les syndicats agricoles construisent de très nombreuses "bassines" avec de l'eau puisée en hiver dans la nappe phréatique, ce qui inquiète le monde écologique. Pour imposer la prudence, on organise des manifestations spectaculaires. Notre société peut-elle être gouvernée par la violence et les lobbies ?

La pénurie d'eau

L'été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré par la météo, les touristes se sont rués sur le nord de la France, et la sécheresse a désespéré les agriculteurs, les éleveurs ont été privés de foin, et les cultivateurs ont vu leurs récoltes largement amputées, en particulier pour le Maïs, grand consommateurs d'eau.

Les scientifiques sont formels, le réchauffement est fait pour durer, et tous les efforts d'économie qui nous seront demandés ne feront que retarder un peu l'inéluctable. Il faut donc s'adapter. La situation a été particulièrement dramatique dans l'ouest de la France. Des incendies jamais vus ont détruit une grande partie de la forêt des Landes, et dans le marais poitevin l'aridité a provoquée une baisse des rendements calamiteuse.

Les bassines se multiplient

Face à cette situation, qui s'aggrave d'année en année, des syndicats agricoles ont entrepris de créer, avec l'aide des pouvoirs publics, de grands réservoirs en plein air, des "bassines" dont le plus grand est en construction à Sainte Soline dans les deux Sèvres. Il pourra recevoir 720 000 m3 d'eau. Quinze autres bassines sont projet dans le même département. Le principe est simple, en hiver, (exclusivement entre le 1 novembre et le 31 mars) l'eau est pompée pour alimenter la bassine, la nappe phréatique sur abondante n'en souffrirait pas, et en été, les agriculteurs l'épargneront. Elles servent autant aux cultivateurs, en particulier de maïs, qu'aux éleveurs.

Des à présent les bassines sont très nombreuses dans les départements de la Vienne, des Deux Sèvres, des Charentes et de la Vendée. Leur nombre inquiète les défenseurs de la nature.

Le monde agricole est représenté par plusieurs syndicats, les plus importants sont , est la FNSEA, Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles qui erst réputée pour avoir l'oreille des pouvoirs publiques, elle est réputée pour défendre les plus gros agents économiques, ceux qui influent sur les équilibres économiques de la nation, ainsi que la Coordination rurale, et la Chambre d'Agriculture. En face, on trouve la Confédération paysanne, représentant le plus souvent de petits éleveurs ou agriculteurs, davantage sensibilisée à l'écologie, et souvent hostile à la FNSEA, ainsi qu'une foule d'association de défense de l'environnement pas toujours impliquées dans le monde agricole.

Le pour et le contre

Alors que la FNSEA est favorable aux bassines, la Confédération paysanne est tout à fait contre. (Voir "le vrai du faux" sur Marianne)

J'avoue avoir été davantage convaincu par les partisans des bassines que par leurs opposants, et j'avoue aussi mon incompétence pour trancher le débat, chacun a raison quelque part. J'ai même lu qu'on pourrait améliorer le système, par exemple, couvrir des bassines pour éviter les évaporations, et placer sur le toit des des capteurs solaires pour produire de l'électricité, et avec le produit, réduire le coût de l'eau pour les petits agriculteurs.

La manifestation

Les 29 et 30 octobre 2022, des associations écologistes ont lancé une grande manifestation sur le thème "Pas une bassine de plus" (*)

« Face au mouvement populaire de défense et de partage de l’eau, le gouvernement et le lobby agro-industriel n’ont pour l’instant qu’une seule réponse : le passage en force. Ils viennent de donner le coup d’envoi du chantier de la méga-bassine de Sainte-Soline, la plus grosse en projet actuellement, en entourant de grillages les 16ha des « terres rouges », dans les Deux-Sèvres. Nous appelons donc à converger massivement les 29 et 30 octobre, de partout en France et au-delà, pour une mobilisation plurielle qui se donne comme objectif de mettre fin à ce chantier. »

Le 30 octobre, 7000 personnes se sont retrouvées dans les Deux Sèvres (Selon les organisateurs, 4000 selon la police) pour s'opposer à la construction de la Méga bassine de Sainte-Solline. Malgré la présence de 1700 gendarmes et 16 hélicoptères, le choc a été violent, une soixantaine de gendarmes ont été blessés dont vingt sérieusement, avec cinquante manifestants, dont trente ont été reconnus par les autorités. Les dégâts sont estimés à un million d'euros. L'eau collectée devra être vidée pour procéder aux réparations.

Les manifestants ont été soutenus par des élus, dont Yannick Jadot, ex candidat écologiste à la Présidence de la République, et Sandrine Rousseau qui soutient "un mouvement qui s'oppose à l'accaparement de l'eau", la maire écologiste de Poitiers Léonore Moncond'Huy, a été verbalisée pour avoir tenté en vain de pénétrer dans la zone interdite du rassemblement. Il y avait aussi des associations «Les Soulèvements de la terre» ou le collectif de « jardiniers, pêcheurs et amoureux des cours d’eaux », et bien sûr par la Gauche écologiste et citoyenne et la confédération paysanne.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a dénoncé "l'écoterrorisme" dont ont fait preuve, à ses yeux, une partie des manifestants - "une quarantaine de fichés S, de l'ultra-gauche radicalisée (...) qui veulent le désordre et le chaos". Cette condamnation fait écho à celle des élus locaux, des principaux syndicats agricoles, et de l'ensemble des acteurs économiques comme les chambres d'agriculture. La télévision a montré des images choquantes, de "blacks blocs" sciant des robinets pour détruire l'alimentation en eaux.

Pourquoi cette violence ?

La violence en politique n'est pas une nouveauté, ce dessin publié en 1968 m'avait beaucoup impressionné, car il explique beaucoup.

Il faut savoir que dans un pays il est très difficile de faire avancer ses idées. Je m'en étais rendu compte au travail. La seule façon de faire avancer une idée, était de la faire porter par quelqu'un de mieux placé de moi. La boutade, "on entre dans le bureau du patron avec ses idées, et on en sort avec celles du patron" est toujours d'actualité. Si nos idées sont jugées mauvaises, on est prié de les abandonner, si elles sont jugées bonnes, ce ne sont plus les nôtres, mais celles du chef. Le chef lui même les portera éventuellement à ses supérieurs, et lentement, elles atteindront les vrais décideurs, si elles y arrivent, et si elles plaisent à une foule de gens.

La jeunesse est impatiente, et ne peux attendre une évolution hypothétique. Pour être écouté, il est plus efficace de tout casser, alors la presse et les réseaux sociaux s'en emparent, le débat est posé, les questions fusent à l'assemblée nationale, et les dirigeants sont obligés de se positionner et ainsi les choses peuvent évoluer.

Je reconnais que la méthode violente est la plus efficace, mais ce n'est pas par ce qu'on parle d'un problème, que les personnes violentes proposent une politique meilleure que celle qu'ils combattent. Si les dirigeants ont peur des troubles, alors les minorités agissantes sont capables de bloquer des projets essentiels. On a vue des villes végéter car les écologistes de l'époque s'étaient opposés à l'arrivée du chemin de fer.

L'activation sentimentale, et la dénonciation de faits immoraux peut mobiliser les foules pour de bonnes causes, mais ceux qui les lancent peuvent être intéressés. Par exemple, au siècle dernier, on avait mis l'accent sur l'Inde, où des malheureux étaient amenés à vendre leurs reins, leur sang pour vivre, et sauver des vies en occident au détriment de la leur. Une grande campagne avait été lancée condamnant cette pratique immorale. Le don du sang devait toujours être bénévole. En conséquence, les administrations française, ont supprimé les avantages qu'ils donnaient aux donneurs de sang, leurs salariés volontaires bénéficiaient d'une demi journée, voir une journée de congé pour les remercier. On a donc supprimé cet avantage, comme cela le don était gratuit. En conséquence, les dons se sont effondrés, et la France a acheté du sang en Inde. Etait-ce les marchands de sang qui avaient lancé la campagne ? ? on ne le saura jamais.

Je ne met pas en doute la bonne foi des militants écologistes venus s'opposer aux bassines, et n'ai pas les compétences suffisantes pour avoir des certitudes sur le bien fondé de leurs revendications. Mais eux même ont-ils les compétences ? sont-ils sûrs de ne pas être manipulés par des idéologues partisans de la décroissance ? ? qui les a mandaté pour imposer par la violence leur point de vue ? ?

On sent bien qu'au fond, c'est notre démocratie élective qui est en cause, les minorités ne réussissent pas à se faire écouter, elles ne sont pas prises en compte, ou alors, elle prennent un poids disproportionné qui peut provoquer parfois des rejets réactionnaires. Je pense en ce moment aux lobby wokistes, homosexuels ou transgenre, et à leurs actions parfois dangereuses pour eux même et pour la société. Un peu partout, les électeurs votent réactionnaire et nationaliste, c'est un symptôme évident du malaise de notre démocratie.

Michel Lévy