Mivy décoiffe, car il est fait par un chauve

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La Chloroquine (Revue de Presse)

Examen de vingt affirmations

Agnès Buzyn et son mari, Didier Raoult et la chloroquine… On a examiné au microscope les 20 affirmations d'un message censé prouver un "scandale d'Etat"

Les allégations contenues dans un message devenu viral sur les réseaux sociaux sont soit fausses soit imprécises. Mais, surtout, elles ne prouvent rien

France TV info  

Benoît Zagdoun    France Télévisions     Mis à jour le 02/04/2020 | 07:11
 Didier Raoult, directeur de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille, le 26 février 2020 dans son bureau. (GERARD JULIEN / AFP)

"Si tous ces faits sont confirmés, nous allons vers l'un des plus grands scandales d'Etat que la France ait connus", affirme le message qui s'est propagé sur les réseaux sociaux, tel un coronavirus en pleine pandémie. La publication, dont la "source" serait un certain "Christophe Brochard", se résume à une longue liste de vingt affirmations, au sujet de la polémique chloroquine et des travaux controversés du médiatique chercheur marseillais Didier Raoult sur ce médicament présenté par certains comme un remède au Covid-19. Ces allégations disent-elles vrai ou "fake" ? Voici les réponses de franceinfo.

1"Le mari d'Agnès Buzyn, monsieur Lévy, participe à l'inauguration du laboratoire P4 à Wuhan d'où le virus est sorti."

En partie faux. L'Institut de virologie de Wuhan dispose bien d'un laboratoire classé P4, c'est-à-dire "pathogène de classe 4", dans lequel les chercheurs chinois peuvent étudier en toute sécurité les micro-organismes les plus dangereux de la planète, comme le virus Ebola. La construction de ce laboratoire P4, le premier du genre en Chine, a été décidée après la meurtrière épidémie de Sras de 2003. Le projet a vu le jour grâce à un partenariat avec la France, et plus précisément l'Inserm, qui dispose d'un laboratoire de ce type à Lyon.

Le laboratoire P4 de Wuhan a ouvert en 2015 et a obtenu son accréditation deux ans plus tard, en 2017. A cette occasion, le Premier ministre de l'époque, Bernard Cazeneuve, a visité les lieux en compagnie d'une délégation française. Le président-directeur général de l'Inserm, Yves Lévy – qui est aussi le mari d'Agnès Buzyn – était présent, comme l'indique le texte du discours prononcé par le chef du gouvernement et comme le prouve une vidéo filmée sur place et mise en ligne sur le site de Matignon (à 00:10). Yves Lévy n'a en outre été nommé à la tête de l'Inserm qu'en 2014, comme l'atteste le décret de nomination. Soit un an seulement avant l'ouverture du laboratoire et, surtout, plus d'une décennie après le lancement du chantier.

Quant au laboratoire P4 de Wuhan, il permet, comme son nom l'indique, de manipuler des agents pathogènes classés 4. Or, le coronavirus Sars-CoV-2, responsable de la maladie Covid-19, est un virus de classe 3. Il n'a donc aucune raison de se trouver dans un laboratoire P4 ; un P3 – comme il en existe dans les hôpitaux universitaires – suffit, a expliqué à franceinfo Astrid Vabret, cheffe du service de virologie du CHU de Caen. L'Institut de virologie de Wuhan a également démenti "ces rumeurs [qui] ont gravement nui à [ses] chercheurs en première ligne et sérieusement perturbé [sa] mission de recherche pour combattre l'épidémie".

2° "Avant cela, le même mari d'Agnès Buzyn s'est fâché avec Didier Raoult, en refusant les labels de l'Inserm au centre de recherche mondialement réputé (IHU) dirigé par le professeur Didier Raoult."

A nuancer. En 2018, l'Inserm, présidé par Yves Lévy, a retiré à l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, dirigé par Didier Raoult, son label, qui plaçait le centre de recherche sous la tutelle de l'institution parisienne, tout en lui assurant une dotation budgétaire.

Pour le journaliste Hervé Vaudoit, auteur d'un livre sur l'IHU de Marseille et cité par Le Monde, les critiques de Didier Raoult à l'encontre d'Agnès Buzyn et d'Yves Lévy, suspectés de conflit d'intérêts, ne sont pas étrangères à la perte de ce label. L'Inserm explique pour sa part au Monde que la décision a été prise après des évaluations de commissions scientifiques.

Cette même année, le CNRS – qu'Yves Lévy n'a jamais dirigé – a également retiré son label à l'IHU de Marseille. Là aussi, après des rapports d'expertise, indique Le Monde. Avec, en toile de fond, une affaire, révélée par Marsactu, de harcèlement et d'agression sexuelle impliquant un chercheur qui a depuis quitté l'IHU.

3° En octobre 2019, il faut savoir que monsieur Lévy, président de l'Inserm et mari de la ministre, a révoqué le statut de 'fondation' des IHU, pour reprendre le contrôle sur leurs recherches – le professeur Raoult dirige l'IHU de Marseille et est visé directement par cette directive."

Faux. Un différend a bien opposé Yves Lévy à Didier Raoult. Lorsqu'il présidait l'Inserm, de 2014 à 2018, le premier était hostile au statut de fondation qui confère une certaine autonomie aux IHU, comme l'IHU Méditerranée Infection de Marseille, dirigé par le second. 

D'après le journaliste Hervé Vaudoit, Yves Lévy "plaidait" pour l'abandon de ce statut. Didier Raoult, lui, le défendait. "Les IHU sont une réussite internationalement reconnue, avant tout car nous avons une souplesse de fonctionnement", estimait-il dans Marianne, avant de dénoncer : "Les IHU sont un enjeu d'autorité et de territoire pour Yves Lévy. Il voudrait les diriger depuis Paris."

En 2017, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et sa collègue de la Recherche, Frédérique Vidal, annoncent, au détour d'un communiqué, que les nouveaux IHU ne bénéficieront plus de ce précieux statut. Or Agnès Buzyn n'étant autre que l'épouse d'Yves Lévy, le soupçon du conflit d'intérêts plane, comme le rapporte alors Le Monde. Matignon finit par intervenir, désavouant la ministre, relate Marianne.

Les IHU comme celui de Marseille ont donc toujours le statut de fondation. En 2018, Yves Lévy a été candidat à sa propre succession à la tête de l'Inserm. Mais son épouse, Agnès Buzyn, étant toujours ministre de la Santé, les accusations de conflit d'intérêts ont redoublé, jusque dans les colonnes des revues scientifiques internationales The Lancet ou Nature. Yves Lévy a fini par renoncer et a quitté l'Inserm.


4 "Le professeur Didier Raoult montre que le classique médicament de la chloroquine soigne 90% des cas de coronavirus s'ils sont dépistés assez tôt, il s'oppose au confinement généralisé des porteurs sains qu'il juge digne du Moyen Âge. Il prône un dépistage généralisé, et un traitement rapide avec la chloroquine, et avec confinement des seuls malades."

En partie fauxLes travaux sur l'hydroxychloroquine – ce dérivé de la chloroquine, un médicament contre le paludisme – publiés par Didier Raoult n'aboutissent pas à cette conclusion. Dans la première étude, qui porte sur un échantillon de 20 malades soignés au sein de l'IHU marseillais, il est indiqué qu'après six jours de traitement, "70% des patients traités par l'hydroxychloroquine étaient guéris virologiquement". Dans la seconde publication, qui porte cette fois sur 80 patients, il est écrit que "la majorité des patients (81,3%) avaient des résultats favorables et sont sortis de notre unité avec de faibles scores infectieux".

Les travaux de Didier Raoult et de son équipe sont en outre critiqués pour leurs faiblesses méthodologiques. Deux études chinoises récentes ont montré que "dix jours après le début des symptômes, 90% des gens qui ont une forme modérée ont une charge virale contrôlée", explique à l'AFP l'épidémiologiste Dominique Costagliola, directrice de recherche à l'Inserm. Le fait d'aboutir à des résultats similaires sous hydroxychloroquine "ne plaide pas pour un effet majeur de l'hydroxychloroquine sur la charge virale".

Une vaste partie de la communauté scientifique et des organisations sanitaires, notamment l'Organisation mondiale de la santé ou le Haut Conseil de santé publique en France, appellent à attendre une validation scientifique rigoureuse, et mettent en garde contre les risques possibles pour les patients.

Didier Raoult est également à contre-courant des politiques sanitaires nationales et internationales. Il est en effet hostile au confinement. "L'idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n'a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne", assure-t-il dans Le Parisien. Et son IHU propose le dépistage systématique de toutes les personnes "fébriles" qui s'y présentent.

5"La chloroquine coûte 10 centimes le comprimé ; il est sûr que les laboratoires qui financent l'Inserm cherchent des solutions bien plus coûteuses."

Faux. En France, l'hydroxychloroquine est commercialisée par le laboratoire Sanofi sous le nom de Plaquenil. La boîte de 30 comprimés coûte 5 euros, d'après la base de données publique des médicaments. Elle est actuellement remboursée à 65%.

L'essai clinique européen en cours teste l'hydroxychloroquine, le remdésivir (un traitement mis au point pour le virus Ebola) et le Kaletra (un antirétroviral utilisé contre le VIH). Soit seuls, soit en combinaison avec l'interféron bêta (une protéine d'origine naturelle produite par l'organisme en réponse aux infections). Le remdésivir est produit par le laboratoire américain Gilead et le Kaletra par le laboratoire Abbvie, branche du groupe américain Abbott. Le premier n'est pas commercialisé en France. Le second coûte 434 euros ou 186 euros sous sa forme générique pour une boîte de 120 comprimés, remboursée à 100% par la Sécurité sociale.

L'Inserm est certes en partie financé par l'industrie pharmaceutique, mais à hauteur de 7% seulement de son budget. L'Union européenne (23%), l'Agence nationale de la recherche (18%) et les associations et fondations (14%) sont ses principales sources de financement.

6° Le 13 janvier 2020, alors que l'épidémie se répand en Chine, Agnès Buzyn classe la chloroquine (le fameux remède) dans les substances vénéneuses (disponible seulement sur ordonnance), alors que cela fait cinquante ans qu'elle est en vente libre."

Faux. Comme l'a déjà expliqué franceinfo, l'hydroxychloroquine a bien fait l'objet d'un arrêté en janvier 2020 pour être placée sur la liste II des substances "vénéneuses". La chloroquine, elle, est classée sur cette liste depuis 1999. Cette liste II des substances vénéneuses permet d'encadrer la prescription des médicaments dont "les effets indésirables nécessitent une surveillance médicale". Cela n'empêche pas sa prescription précise par ordonnance, à un dosage non nocif.

Cette nouvelle classification n'a en outre pas été décidée par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Il s'agit de l'application d'une demande de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) validée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) en novembre 2019.

7° Il y a quelques semaines, Agnès Buzyn a dit avoir su que ce serait une hécatombe, et qu'il n'y avait pas de remède."

FauxAgnès Buzyn n'a jamais tenu ces propos. Après le premier tour des élections municipales, la candidate de la majorité présidentielle à Paris s'est confiée au Monde, revenant sur ses derniers jours de ministre de la Santé en pleine épidémie. "Quand j'ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous", raconte-t-elle entre autres.

Le mot "hécatombe" apparaît sous la plume de l'avocat Régis de Castelnau dans un billet d'opinion sur le site de Marianne, revenant sur les déclarations de l'ex-ministre. "On peut déduire de ses propos le caractère criminel du comportement des décideurs publics dont c'était la responsabilité de prendre toutes les mesures permettant d'affronter la catastrophe et d'éviter une hécatombe", écrit l'avocat.

Il n'existe à ce jour aucun traitement spécifique contre le Covid-19. Des essais cliniques sont en cours dans le monde entier, notamment autour de l'hydroxychloroquine. Les chercheurs tentent également de créer un vaccin.

8° Le gouvernement de Macron fait un confinement généralisé de la population, il ne parle pas de la chloroquine."

Faux. Comme de nombreux autres pays dans le monde, la France a opté pour le confinement de sa population, afin de tenter de contenir la pandémie de coronavirus. La chloroquine, ou plutôt son dérivé l'hydroxychloroquine, n'est pas écartée pour autant par les autorités. Son administration contre le Covid-19 a été autorisée, mais uniquement à l'hôpital et seulement pour les cas graves. La France participe également à l'essai clinique européen Discovery, qui teste notamment l'intérêt de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19. Plusieurs hôpitaux français, à Paris, Lille, Strasbourg, Lyon et Nantes, entre autres, sont impliqués dans ces recherches, qui doivent inclure environ 800 patients français. 

9° Il affirme que les policiers ne doivent pas porter de masques (ils ont été volés pour la plupart, et il n'y en a même pas pour les soignants)."

Faux. La règle pour les policiers est la suivante, comme l'indique l'entourage du ministre de l'Intérieur à l'AFP : "Les forces de l'ordre doivent veiller à respecter les gestes barrières et sont équipées de kits de protection à utiliser uniquement en cas de besoin, lors d'un contact avec une personne présentant un ou des symptômes du Covid."

Le ministère de l'Intérieur a fait le choix de donner son stock de 1,4 million de masques FFP2 au personnel soignant, en accord avec la doctrine gouvernementale. Cette décision a provoqué l'émoi et la colère chez les syndicats policiers, qui ont demandé à leur tutelle de fournir des moyens de protection en remplacement.

Depuis, Christophe Castaner a déclaré sur France 2 avoir livré 800 000 masques chirurgicaux aux forces de l'ordre. Selon l'entourage du ministre, un million de masques doivent arriver de Chine le week-end du 4 avril avant d'être distribués aux policiers et gendarmes. Par ailleurs, 300 000 autres masques ont été récupérés par la place Beauvau, après un don de La Poste, selon un courrier consulté par l'AFP. 

10° Il refuse le dépistage de masse, pourtant pratiqué allègrement en Corée et en Allemagne, avec succès."

A nuancer. L'Organisation mondiale de la santé a mis l'accent sur l'importance des tests dans la lutte contre la maladie. Ces dernières semaines, la Corée du Sud a été citée en exemple, notamment pour sa campagne massive de dépistage. Cette politique a permis à Séoul de freiner l'épidémie et d'éviter les mesures extrêmes de confinement aux lourdes conséquences sociales et économiques. 

Mais pour être efficace, une telle stratégie doit être instaurée rapidement, avant qu'un trop grand nombre de cas ne la rende plus compliquée à mettre en œuvre. Faute d'avoir eu les capacités techniques de dépister massivement la population au début de l'épidémie, la France a testé de manière beaucoup plus limitée. Des voix se sont élevées pour déplorer un nombre de tests trop faibles.

La France prévoit désormais une montée en puissance du dépistage qui devrait coïncider avec la fin du confinement. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, table sur "50 000 tests" classiques par jour d'ici fin avril, auxquels s'ajouteront "plus de 100 000" tests rapides par jour "au mois de juin".

11° Il refuse de fermer les frontières avec les pays contaminés."

Faux. Les dirigeants européens ont décidé de fermer les frontières extérieures de l'Union, le 17 mars, lorsque la France est entrée en confinement, afin de tenter d'endiguer l'épidémie. Seules les frontières de l'Hexagone restent ouvertes. Mais les mouvements de population sont très limités. Le confinement est la règle en Italie comme en Belgique, l'Allemagne a rétabli ses contrôles aux frontières et l'Espagne a fermé les siennes. De toute façon, l'Europe est désormais l'épicentre de la pandémie avec les Etats-Unis. De l'avis des experts, la fermeture des frontières permet tout au plus de retarder l'arrivée d'une épidémie sur le sol national.

12° Le journal 'Le Monde' et l'Agence d'Etat de la santé qualifient les recherches du professeur Raoult de 'fake news', avant de se rétracter."

Faux. Le Monde a démenti. Le journal a qualifié de "trompeur" le titre d'une vidéo de Didier Raoult, intitulée "Coronavirus : fin de partie". Le scientifique y estimait que le Covid-19 "est probablement l'infection respiratoire la plus facile à traiter". Dans le cadre de son partenariat de fact-checking avec Facebook, le quotidien a signalé ce contenu litigieux au réseau social. Le titre de la vidéo a par la suite été modifié et Le Monde a retiré son avertissement.

L'"Agence d'Etat de la santé", elle, n'existe pas. Parmi les agences sanitaires françaises, ni la Haute Autorité de santé (HAS), ni l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), ni le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) n'ont utilisé le terme "fake news" au sujet des recherches de Didier Raoult.

13° Le professeur François Perrone révèle il y a quelques jours sur LCI que le stock de chloroquine de la pharmacie centrale française a été pillé."

Faux. Comme l'a déjà expliqué franceinfo, Christian Perronne (et non François), chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), a bien déclaré sur LCI que les stocks de chloroquine avait été pillés, laissant à penser qu'il y avait eu un vol. Mais le médecin a par la suite indiqué à Libération avoir simplement voulu faire état de l'absence de stocks dans les pharmacies centrales de l'AP-HP.


14° Ailleurs dans le monde, la semaine dernière, grâce à un tweet d'Elon Musk, en 48 heures, Donald Trump met à disposition de tous les Américains la chloroquine."

Faux. Le patron de Tesla, Elon Musk, a bien écrit dans un tweet le 16 mars qu'il valait "peut-être la peine de considérer la chloroquine" comme traitement contre le Covid-19, en mentionnant une étude chinoise. Le président américain Donald Trump, lui, vante clairement les mérites de ce médicament, qui "pourrait changer la donne", selon lui. Mais rien ne prouve que le premier milliardaire ait influencé le second. Le locataire de la Maison Blanche n'a pas non plus "mis à disposition" de ses concitoyens ce médicament.

La Food and Drug Administration (FDA), l'organisme fédéral qui supervise la commercialisation des médicaments aux Etats-Unis, a autorisé dimanche la chloroquine et l'hydroxychloroquine, mais uniquement à l'hôpital. Plus tôt, la FDA avait surtout un peu tempéré l'enthousiasme du chef de l'Etat, en soulignant que le traitement n'avait pas été approuvé pour le coronavirus.

Les propos présidentiels ont même conduit à la mort d'un Américain qui avait ingéré du phosphate de chloroquine contenu dans un traitement contre les parasites d'aquarium. Les autorités sanitaires américaines ont ainsi dû prévenir le grand public qu'il ne devait pas s'automédiquer, redoutant également un risque de pénurie.

Le président américain Donald Trump le 30 mars 2020 à la Maison Blanche (Washington) lors d'un point presse sur le coronavirus. (MANDEL NGAN / AFP)

15° Le Maroc achète les stocks de chloroquine de Sanofi à Casablanca."

Faux. Le Maroc a bien décidé de recourir à la chloroquine pour traiter les patients marocains souffrant de Covid-19. Mais Rabat n'a pas acheté le stock de Nivaquine et de Plaquenil, deux médicaments contenant de la chloroquine, de la filiale marocaine du laboratoire français Sanofi : il l'a réquisitionné.

16° Le Pakistan va accroître sa production de chloroquine à destination de la Chine."

Faux. Le groupe Bayer a fourni gratuitement à la Chine 300 000 comprimés de Resochin, un médicament à base de phosphate de chloroquine, en provenance du Pakistan, au début du mois de février. Cette livraison n'implique par les autorités pakistanaises. Elle s'est faite à la demande des autorités sanitaires de la province chinoise du Guanddong. Un porte-parole du géant pharmaceutique l'a confirmé à l'AFP Factuel.

17° La Suisse exclut elle aussi le confinement généralisé de la population, pratique un large dépistage et traitement rapide, et accuse la France de faire de la politique spectacle."

Plutôt faux. La Suisse n'a certes pas décrété de confinement général, mais elle a ordonné la fermeture des écoles, des cafés, des restaurants et des commerces autres qu'alimentaires, de santé et de première nécessité. Elle a aussi prohibé les rassemblements, y compris "spontanés", de plus de cinq personnes. Et l'amende est de 100 francs suisses (environ 95 euros) par personne. 

"Ce que nous faisons dans le pays aujourd'hui est très proche de ce que font les pays autour de nous, a reconnu le ministre suisse de l'Intérieur, ajoutant : "Mais la différence, c'est que nous ne faisons pas de politique spectacle."

La Suisse ne pratique en outre pas de dépistage systématique. Ses hôpitaux sont confrontés aux mêmes difficultés d'approvisionnement que leurs voisins européens, indique Heidi News.

18° La société Teva en Israël annonce qu'elle va livrer gratuitement plus de 10 millions de doses de chloroquine aux Etats-Unis."

Vrai. Le géant israélien des médicaments génériques Teva a annoncé le 20 mars qu'il allait fournir gratuitement aux hôpitaux américains dix millions de doses d'hydroxychloroquine. La société précise que six millions de doses seront fournies aux hôpitaux américains d'ici au 31 mars, et plus de dix millions d'ici un mois, selon le Times of Israel.

19°  Estrosi, soigné lui-même à la chloroquine, sans réponse du gouvernement, a appelé directement Sanofi pour qu'ils livrent la chloroquine aux hôpitaux de Nice."

A nuancer. Le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a été testé positif au Covid-19, a déclaré à Nice Matin qu'il prenait de la chloroquine en traitement. L'élu de droite dit également avoir tenté de joindre le ministre de la Santé pour lui demander que les pharmacies et le CHU niçois soit réapprovisionnés en chloroquine, et avoir fini par appeler le patron du laboratoire Sanofi. Il s'est félicité dans un tweet d'avoir obtenu satisfaction. 

La réalité est un peu différente. Le CHU de Nice fait partie des centres hospitaliers universitaires français participant à l'essai clinique européen Discovery, testant entre autres l'hydroxychloroquine, comme il le signale dans un communiqué. Quant à Sanofi, il réapprovisionne régulièrement les pharmacies en rupture de stock de Plaquenil, son médicament à base d'hydroxychloroquine jusque-là utilisé pour traiter le lupus et d'autres pathologies inflammatoires.

20° Sous le lobbying intensif du professeur Raoult, un test à grande échelle de la chloroquine a commencé finalement en France, sous la direction de l'Inserm (!), qui veut 'refaire les expérimentations dans d'autres centres médicaux indépendants' : ce qui prendra six semaines de plus… Presque aucun média n'en parle."

Faux. Un essai clinique baptisé Discovery – mentionné précédemment – a été lancé à l'échelle européenne le 22 mars. Il associe pour le moment sept pays : la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Espagne. Ce programme va inclure 3 200 patients, dont au moins 800 en France. Uniquement des patients hospitalisés et gravement atteints. L'objectif est de tester sur eux quatre traitements expérimentaux contre le Covid-19, dont l'hydroxychloroquine. En France, l'essai va être coordonné par l'Inserm. Un autre essai clinique international, dénommé Solidarity, sera lancé sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé.



Chloroquine : le remède au coronavirus ?

https://www.linternaute.com/actualite/guide-vie-quotidienne/2489467-chloroquine-le-remede-au-coronavirus/ 

, Mis à jour le 03/04/20 15:15

Sur le principe de précaution, des syndicats de soignants prônent l'achat de chloroquine en quantité. Les dernières actualités sur la molécule...


[Mis à jour le 3 avril 2020 à 15h15]

 Deux syndicats de soignants ont déposé des "référés liberté" — devant les tribunaux administratifs de Bastia, Marseille, Paris et Nancy — afin d'obliger les Agences régionales de santé à commander des médicaments à base de chloroquine.

Trois audiences sont prévues ce vendredi 3 avril 2020. Le Syndicat des médecins d'Aix et région (Smaer) et les infirmiers libéraux d'Infin'idels, veulent que "le principe de précaution soit appliqué." Me Choley a expliqué à l'AFP : "Si le traitement, dont les premiers résultats sont bons, est approuvé alors nous aurons des besoins. Il ne faut pas attendre pour faire des stocks et au pire si ce n'est pas efficace, on les revend ou on les donne par exemple à des pays africains pour traiter le paludisme." Une décision similaire a été rendue, samedi 28 mars 2020, le tribunal administratif de Basse-Terre a enjoint l'ARS de Guadeloupe à commander les "doses nécessaires" de ces médicaments.

Quels tests ont été menés par le Pr Raoult à Marseille ?

Le Pr Didier Raoult a rendu public les conclusions d'une seconde étude sur l'effet de la chloroquine dans le traitement du nouveau coronavirus, samedi 28 mars. 80 patients ont été testés, ce qui se rapproche de certains essais cliniques traditionnels. L'âge médian des patients était de 52 ans, 58% présentaient une comorbidité (hypertension, diabète, maladie respiratoire chronique…). Pendant 6 à 10 jours, les patients ont reçu une association d'hydroxychloroquine (3 x 200 mg par jour) et d'azithromycine (antibiotique). A l'issue de l'étude, 81% ont connu une évolution favorable et sont sortis de l'hôpital rapidement (au bout de 4,6 jours). 13 patients étaient toujours en soins intensifs après 10 jours et un sujet est décédé.  Chez 93% des sujets, la charge virale était indétectable au bout de huit jours.

Le professeur a conclu : "Nous confirmons l'efficacité de l'hydroxychloroquine associée à l'azithromycine dans le traitement du Covid-19."

Pourtant, certains confrères reprochent l'absence de groupe-contrôle dans l'étude du Pr Raoult (groupe de patients auquel on n'administre pas le traitement étudié mais un placebo généralement, pour bien observer la différence dans l'évolution de la maladie). Sur Twitter, le Pr François Balloux, de l'University College de Londres, a regretté : c'est une étude sans groupe-contrôle "qui suit 80 patients avec des symptômes assez légers. La majorité des patients se remettent du Covid-19, avec ou sans traitement à l'hydroxychloroquine et à l'azithromycine." Didier Raoult s'est défendu : "Notre étude porte sur 80 patients, sans groupe contrôle car nous proposons notre protocole à tous les patients ne présentant pas de contre-indication. C'est ce que nous dicte le serment d'Hippocrate que nous avons prêté." Il a confirmé dans Le Monde : "Le médecin peut et doit réfléchir comme un médecin, et non pas comme un méthodologiste." 

Dans une nouvelle vidéo, publiée le 31 mars 2020 sur YouTube, il, a de nouveau défendu son protocole à base de chloroquine et rappelé son bilan : "Un seul décès pour 1000 patients traités dès le début de la maladie." Convaincu, il a assuré : "Quand nous soignons les gens dès le début de la maladie, nous avons des résultats qui évitent une évolution défavorable et on est content que les choses aillent dans ce sens."

Cependant, Didier Raoult,  a mis en garde ceux qui voudraient utiliser la chloroquine ou son dérivé, l'hydroxychloroquine, sans prescription : "Ne vous auto-prescrivez pas [de la chloroquine]. Il faut d'abord consulter un médecin pour effectuer un électrocardiogramme et doser le potassium dans votre sang. Il ne faut pas improviser, ce sont quand même des médicaments."

Le premier volet de l'étude du microbiologiste avait été présenté à la mi-mars dans une vidéo tournée à l'IHU de Marseille avec son staff. Le spécialiste des maladies tropicales émergentes avait administré cette fois à 24 patients de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine. A l'issue des essais, 75% n'étaient plus porteurs du Covid-19. Cette étude avait déjà été sujette à polémique pour le faible échantillon de patients testés et déjà sur l'absence de groupe témoin. 

Quels sont les essais cliniques menés sur la chloroquine en France ?

Les études du Pr Raoult sont sujettes à controverse. Afin de "clore les débats", le CHU d'Angers et 33 établissements de santé ont annoncé, le mardi 31 mars, le lancement d'une vaste étude "aux standards scientifiques et méthodologiques les plus élevés". Cette expérimentation portera sur 1 300 sujets Covid-19 positif de plus de 75 ans. Alain Mercat, président de la commission médicale du Centre Hospitalier Universitaire d'Angers, a détaillé le protocole : les patients "recevront soit de l'hydroxychloroquine, soit un placebo, sans connaitre la nature du comprimé testé. Leur consentement sera demandé." Le Pr Vincent Dubée, investigateur principal du projet, a assuré : que l'étude "sera réalisée dans des conditions qui ne laisseront pas de place au doute dans l'analyse des résultats."

Cette étude vient en complètement du projet européen d'essais cliniques baptisé "Discovery". Cette étude, menée dans 7 pays dont la France depuis le 22 mars, vise à tester sur plus de 3 000 patients — dont 800 Français — cinq types de traitement : soit symptomatiques, soit du Remsdesivir (il empêche le virus d'adapter son code génétique au malade), soit du Kaletra (utilisé pour les patients séropositifs) soit du Kaletra associé à de l'interféron bêta ou de la chloroquine. Les résultats sont attendus sous quelques semaines.

 Toutefois, cette étude a suscité quelques réserves. Le Pr Christian Perronne, chef du service d'infectiologie à l'hôpital universitaire de Garches, a notamment refusé d'y participer. Le programme "ne prend pas en compte le protocole du professeur Raoult, mais uniquement l'hydroxychloroquine, et ce sur des cas dans de pathologies aggravées. Pour cela, ce test fait preuve d'absence d'éthique", a-t-il tempêté dans Marianne.

Quels tests ont été menés sur la chloroquine en Chine ?

A) L'étude de l'hôpital Renmin à Wuhan

Les conclusions d'une étude chinoise, réalisée à l'hôpital Renmin de Wuhan, ont été rendues public, mercredi 31 mars 2020. L'expérimentation portait sur 62 sujets, Covid+ à un degré de gravité modéré nécessitant une hospitalisation en service médical classique. Pendant cinq jours, la première moitié des patients a subi une prise en charge traditionnelle (non précisée), l'autre moitié a reçu une dose quotidienne de 400mg d'hydroxychloroquine.<

 A l'issue de l'expérimentation, les patients soignés avec de l'hydroxychloroquine ont montré une diminution de leurs symptômes (toux/fièvre) en deux jours, contre trois pour le groupe contrôle. D'autre part, à l'imagerie, 81% des sujets sous hydroxychloroquine présentaient une amélioration visible des poumons. De plus, quatre patients du groupe de contrôle ont connu une détérioration de leur état de santé. Les chercheurs chinois ont convenu que la chloroquine a un effet modeste sur le plan de la récupération, mais permet que l'infection reste cantonnée à une forme bénigne. 

Cependant, ces résultats sont à modérer. Selon Heidi.News, une revue spécialisée, "cette étude n'a pas encore été publiée dans une revue scientifique", donc elle n'a pas été corrigée par des experts. Le protocole initial n'a pas été respecté, il prévoyait un essai en double aveugle sur deux groupes de cent patients. Enfin, la courte durée, cinq jours, ne permet pas d'exclure un regain de la maladie. Malgré ces réserves, sur Twitter, Didier Raoult a salué : "Une étude chinoise montre que l'hydroxychloroquine améliore le pronostic chez des patients COVID+ (symptômes modérés à sévères, réas exclues). Malgré le petit nombre de cas, la différence est significative. Ceci montre l'efficacité de ce protocole."

B) Etude de l'hôpital de Qingdao

Ce n'est pas la première étude sur la chloroquine publiée par des chercheurs chinois. Un article rédigé par une équipe de pharmacologues de l'hôpital universitaire de Qingdao, publié le 19 février et relayé dans le journal scientifique japonais en ligne J-STAGE, indique que "beaucoup d'efforts ont été faits pour trouver des médicaments efficaces contre le virus en Chine".

Et la conclusion est sans appel : "il est démontré que le phosphate de chloroquine, un ancien médicament pour le traitement du paludisme, a une efficacité apparente et une innocuité acceptable contre la pneumonie associée au Covid-19".

Pour établir ce constat, les auteurs s'appuient sur des études in vitro, puis sur l'expérience de 10 hôpitaux à Wuhan, Jingzhou, Guangzhou, Pékin, Shanghai, Chongqing et Ningbo. "Les résultats de plus de 100 patients ont démontré que le phosphate de chloroquine est supérieur aux autres traitements pour inhiber l'exacerbation de la pneumonie", le tout "sans effets indésirables graves". Est aussi souligné que le potentiel anti-viral et anti-inflammatoire de la chloroquine peut expliquer sa "puissante efficacité" dans le traitement des patients atteints du Covid-19. Une conférence organisée le 15 février 2020 avec des experts du gouvernement a acté l'usage de la chloroquine dans le traitement de la pneumonie et sa recommandation par la Commission nationale de la santé chinoise, précise le texte.

C) Etude de l'Université de Zhejiang

Mais une autre étude,  publiée le 3 mars sur le site de l'Université de ZheJiang, au sud de Shanghai, a donné des résultats plus difficiles à interpréter. Celle-ci portait sur (seulement) 30 patients dans un état encore peu sévère, la moitié étant traitée à la chloroquine, l'autre sans la molécule. A l'arrivée, 86,7% du "groupe chloroquine" était négatifs au coronavirus après 7 jours de traitement, soit 13 patients. Mais dans le même laps de temps 93,3% des patients de l'autre groupe, soit 14 patients étaient eux aussi négatifs.  Tous les patients étaient considérés comme guéris après 14 jours. L'hydroxychloroquine n'a donc pas donné de résultats significatifs, mais l'échantillon s'est avéré trop mince pour réellement évaluer ses effets en "randomisant" les doses, la puissance du traitement et en évaluant la pertinence de la choloroquine selon la gravité des cas.

Le 25 février l'IHU de Marseille publiera déjà une vidéo intitulée "Vers une sortie de crise ?" mettant en avant les avancées chinoises. Y sont notamment citées deux publications chinoises qui insistent sur l'intérêt de la chloroquine, "pour accélérer la guérison des patients" atteints par le coronavirus.  Mais les résultats de ces tests seraient nébuleux : ce lundi 23 mars, Philippe Klein, médecin français à Wuhan, épicentre mondial de l'épidémie de Covid-19, a assuré sur LCI que les tests menés en Chine et ayant débuté bien avant ceux de Marseille n'avaient abouti à "aucun résultat significatif" pour l'instant. Des études ont aussi été menées en Iran, en Corée du Sud ou en Arabie saoudite.

Peut-on acheter ou se faire prescrire de la chloroquine ?

En France, le gouvernement, via le ministre de la Santé Olivier Véran, tente de trouver un juste équilibre entre l'urgence et la rigueur dans les essais. Ce dernier s'est dit favorable à des tests cliniques plus étendus et actuellement en cours à l'échelle européenne. En attendant, le gouvernement entend encadrer la prescription de cette molécule considérée comme miraculeuse par certains médecins. Seuls les médecins hospitaliers, à titre dérogatoire, pourront en prescrire à leurs malades les plus gravement atteints.

Un décret a été publié en ce sens jeudi 26 mars 2020 au Journal officiel. Il mentionne que "l'hydroxychloroquine et l'association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d'un médecin aux patients atteints par le Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile". Finalement, vendredi 27 mars, le gouvernement a serré un peu plus la vis en modifiant le décret et en n'autorisant la chloroquine que pour les cas les plus graves. "Ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut conseil de la santé publique et, en particulier, de l'indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d'une défaillance d'organe", peut-on désormais lire.

Le Haut conseil de santé publique avait rendu un avis le lundi 23 mars, indiquant que la chloroquine pourrait certes être administrée aux malades souffrant de "formes graves" de coronavirus, mais uniquement dans un protocole médical strict et sur "décision collégiale des médecins". Elle ne pourra pas être commercialisée et utilisée à plus grande échelle, pour des formes "moins sévères". Samedi 28 mars, le Conseil d'Etat devra répondre à la question suivante : faut-il faire des stocks de chloroquine pour éviter la pénurie ?

De leur côté, les médecins de ville ont interdiction d'avoir recours à la chloroquine ou à l'hydroxychloroquine pour leurs patients atteints du coronavirus. Les Français qui utilisent habituellement la molécule prescrite, notamment en cas de paludisme, pourront continuer à en bénéficier.

Qu'est-ce que la chloroquine et l'hydroxychloroquine ?

Peu connue du grand public jusqu'à il y peu, la chloroquine est une molécule utilisée en médecine dans les traitements antipaludiques. En d'autres termes, elle est utilisée, en préventif avant de se rendre dans des pays à risques, comme en curatif une fois le paludisme contracté. L'hydroxychloroquine est la substance la plus souvent administrée par voie orale. La chloroquine présente alors un groupe hydroxyle (l'entité OH comportant un atome d'oxygène et d'hydrogène liés). On parle le plus souvent de "sulfate d'hydroxychloroquine".

Nivaquine et Plaquenil sont les autres termes souvent utilisés depuis quelques jours au sujet d'un potentiel traitement contre le coronavirus. Il s'agit en réalité des noms derrière lesquels les molécules de chloroquine et d'hydroxychloroquine sont commercialisées. La Nivaquine est une marque de Sanofi présentant la chloroquine sous forme de comprimé sécable de 100 mg. Le Plaquenil, issu du même groupe pharmaceutique, est composé quant à lui de sulfate d'hydroxychloroquine sous forme de comprimés de 200 mg. On trouve aussi de la chloroquine ou de l'hydroxychloroquine sous les marques Axemal, Dolquine et Quensyl. Tous ces traitements sont aussi utilisés dans des traitements de la polyarthrite rhumatoïde et du lupus. En France, le seul fabricant français de chloroquine (Sanofi - NDLR) est actuellement en plein travail pour pouvoir fournir les établissements procédant à des tests.

Quels sont les risques et les effets indésirables de la chloroquine ?

"À dose très élevée, la chloroquine peut tuer", a signifié ce lundi 30 mars, dans Le Parisien, le professeur François Bricaire, membre de l'Académie de médecine. Ses avertissements semblent se justifier. En effet, trois décès suspects, possiblement liés à l'absorption de chloroquine, ont été rapportés à l'ANSM. Ces patients, hospitalisés, recevaient un traitement à base d'hydroxychloroquine et d'autres médicaments comme le Kaletra (lopinavir/ritonavir). Des analyses sont en cours pour établir les causes de la mort. Les résultats devraient être connus d'ici la fin de la semaine. 

Les traitements à base de chloroquine nécessitent une "attention particulière" a aussi estimé le  Dominique Martin, le directeur général de l'ANSM. Il a expliqué que leur association avec d'autres médicaments "potentialise le risque" de troubles du rythme cardiaque "qui peut conduire à un accident". Ce risque est accru chez les patients Covid+. 

Depuis plusieurs jours, les prescriptions de chloroquine, en dehors du cadre hospitalier, ont augmenté. L'ANSM a rappelé : "en aucun cas ces médicaments ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur prescription d'un médecin de ville, ni en auto-prescription d'un médecin pour lui-même, pour le traitement du Covid-19." 

Ce rappel à l'ordre intervient alors qu'un pharmacien d'un grand CHU français, correspondant du Centre de pharmacovigilance de sa région, a récemment révélé dans Le Point que "des cas de patients Covid-19 positifs présentent, sous hydroxychloroquine associée ou non à l'azithromycine, des troubles du rythme ou de la conduction cardiaque". Il a précisé que certains de ces arrêts se sont révélés "fatals". Dans le même temps, l'ARS de Nouvelle Aquitaine a aussi mis en garde sur "des cas de toxicité cardiaque" qui "ont été signalés dans la région suite à des prises en automédication de Plaquenil face à des symptômes évocateurs du Covid-19, ayant parfois nécessité une hospitalisation en réanimation".

La prise de chloroquine n'est pas sans risque pour les patients. La molécule est considérée comme un médicament "à marge thérapeutique étroite", ce qui veut dire que la dose thérapeutique efficace est proche de la dose toxique. Parmi les effets de la chloroquine, les principaux concernent des troubles cardio-vasculaires qui peuvent survenir brutalement pendant le traitement. Une étude du CHU de Toulouse remontant 2011 évoque aussi des effets sur la rétine sur le long terme, autrement dit au bout de 5 à 7 ans de traitement à hauteur de 6,5 mg/kg/j. "Le risque augmente ensuite encore avec la poursuite de l'utilisation du médicament", écrivait le CHU.

Des risques qui expliquent notamment les dosages très précis utilisés lors des tests réalisés à Marseille par le professeur Raoult.

Si on consulte notice du Plaquenil ou de la Nivaquine, la liste des effets indésirables et des conte-indications est très longue. Il faut éviter la chloroquine en cas d'allergie à l'hydroxychloroquine ou à ses dérivés évidemment, mais aussi en cas de rétinopathie (maladie de la rétine), de déficit en "Glucose-6-Phosphate Déshydrogénase" ou de porphyrie (maladies du sang), de maladie grave du foie ou des reins ou d' intolérance à certains sucres. Elle est aussi déconseillée en cas de grossesse ou d'allaitement ou doit a minima faire l'objet d'un avis médical. La chloroquine est aussi incompatible avec d'autres traitements comme les remèdes contre l'anxiété (citalopram, l'escitalopram, l'hydroxyzine), la dépression (antidépresseurs tricycliques), les troubles psychiatriques (antipsychotiques), les vomissements (dompéridone), les infections bactériennes ou d'autres anti-paludiqes (par exemple, halofantrine ou pipéraquine). Un cocktail avec d'autres médicaments connus pour influer sur le rythme cardiaque peut aussi s'avérer très dangereux.Les effets indésirables, sont, comme pour nombre de médicaments, très nombreux et parfois effrayants, même si certains sont considérés comme peu fréquents. Ils vont des troubles du rythme cardiaque chez certains patients, à un risque d'hémolyse (destruction des globules rouges) ou une diminution du taux de sucre dans le sang, en passant par la crise aiguë de porphyrie, des perturbations visuelles (acuité visuelle, vision des couleurs...), l'aggravation des lésions en cas de psoriasis, des rigidités musculaires, mouvements anormaux, tremblements, des nausées, douleurs du ventre, diarrhées, vomissements, perte d'appétit, des démangeaisons, urticaire ou gonflements soudain en cas d'allergie, une éruption de boutons ou une "couleur ardoisée de la peau ou des muqueuses" voire des éruptions de bulles ou un décollement de la peau, la décoloration voire chute des cheveux, des maux de tête, des bourdonnements d'oreilles jusqu'à la surdité, des vertiges, convulsions, faiblesses musculaires progressives voire atrophie musculaire (myopathie), des hépatites dans des cas plus rares...

 "Ce médicament ne doit être pris que sous surveillance médicale", préviennent encore les notices que nous avons consultées. Un bilan ophtalmologique complet est parfois recommandé en amont du traitement.

Que disent les politiques sur la chloroquine ?

En attendant les résultats des essais cliniques, la chloroquine provoque le débat chez les scientifiques, certains estimant qu'il faut généraliser son usage, d'autres estimant qu'il faut que la molécule continue à suivre des tests cliniques selon le protocole conventionnel avant d'être utilisé plus massivement. 

Chez les politiques aussi, la molécule suscite enthousiasme d'un côté, méfiance de l'autre. Parmi les plus convaincus, on trouve l'actuel maire de Nice Christian Estrosi, lui-même frappé par le coronavirus et qui s'estime guéri après avoir été traité à la chloroquine. "On n'a pas le temps d'expérimenter sur des souris", indique l'ancien ministre de l'Intérieur. La députée LR Valérie Boyer, elle aussi contaminée et soignée avec le traitement de Didier Raoult, dit faire "confiance à ce professeur et à ses équipes". "Je voudrais les remercier pour l'espoir qu'ils nous donnent face au Covid-19", a-t-elle précisé sur Twitter. Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, a exhorté le gouvernement à ne pas "prendre de retard" sur la question. Sept députés LR ont aussi écrit à Emmanuel Macron pour lui demander d'accélérer sur la chloroquine, selon la lettre que le Figaro s'est procurée. A gauche, on fait en revanche preuve de prudence.

Où en est la production de chloroquine ? 

Devant l'engouement que suscite la chloroquine, plusieurs laboratoires se préparent à relancer la production. "C'est une vieille molécule utilisée contre le paludisme depuis plus de cinquante ans. Donc, il y a des capacités de production importantes, parce que c'est une molécule qui est dans le domaine public. Il n'y a pas de brevet et toute société pharmaceutique peut en théorie la produire. C'est une production simple", a expliqué à RFI Frédéric Bizard, économiste de la santé et président de l'Institut Santé. Mylan a ainsi repris sa production et espère produire jusqu'à 50 millions de comprimés et traiter plus d'1,5 millions de patients. En France, l'hydroxychloroquine est produite par Sanofi sous l'étiquette de Plaquenil. La société pharmaceutique française a assuré pouvoir en produire  "plusieurs centaines de milliers de boîtes par semaine" grâce à ses usines en France et en Espagne. La localisation de ces centres de production est tenue secrète "pour des raisons de sécurité." Des entreprises pharmaceutiques, Novartis, Teva et Sanofi, prévoient d'offrir plusieurs millions de doses. 

Coronavirus : le CHU d'Amiens teste la chloroquine

....      mais doit reporter l'essai Discovery faute de médicaments disponibles

France3

Le 31 mars, le CHU d'Amiens devait débuter l'essai clinique européen Discovery pour tester 4 traitements expérimentaux contre le Covid-19. Des tests reportés à cause du manque d'un médicament : le Remdesivir. Par contre, l'étude Hycovid visant à évaluer l'efficacité de la chloroquine a pu commencer.

Jusqu’alors engagé uniquement dans des projets de recherches non thérapeutiques en lien avec le coronavirus, le CHU d’Amiens a intégré mercredi 1er avril l’étude Hycovid destinée à évaluer l’efficacité d’une molécule qui suscite autant d’espoir que de controverse : l’hydroxychloroquine plébiscitée par le professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille.

Face à l’urgence sanitaire, l’étude Hycovid, initiée par le CHU d’Angers, a pour objectif de répondre rapidement mais très scientifiquement à cette question : « Oui ou non, l’hydroxychloroquine est-elle efficace chez les patients atteints de Covid-19 à haut risque d’aggravation ? »

Pour y parvenir, le CHU d’Angers, en collaboration avec 36 hôpitaux français dont le CHU d’Amiens et les centres hospitaliers de Tourcoing et de Valenciennes, a décidé de lancer cette étude à grande échelle qui va concerner 1300 patients dans toute la France.

Seuls les patients atteints d’une "forme non sévère de Covid-19 mais à risque élevé d’évolution défavorable" seront inclus dans cette étude. Seront donc ciblés exclusivement les malades âgés de plus de 75 ans ou ayant besoin d’oxygène sans être en détresse respiratoire aiguë.
 

Hydroxychloroquine ou placébo

"A Amiens, 5 malades ont d’ores et déjà été inclus dans cette étude Hycovid. Mais au fil des jours, le nombre de patients concernés va naturellement augmenter", explique le professeur Jean-Luc Schmit, chef du service Pathologies infectieuses et tropicales et responsable des unités Covid-19 au CHU d’Amiens.  

L'étude Hycovid est très simple mais indiscutable scientifiquement : "Parmi les patients tirés au sort et qui auront donné leur accord, la moitié se verra administrer l’hydroxychloroquine alors que l’autre moitié recevra un placebo, semblable en tous points à la molécule testée mais sans aucun principe actif. Et ni les patients, ni les médecins ne sauront si le patient reçoit de la chloroquine ou un placebo. C’est ce qu’on appelle ‘un essai à deux bras en double aveugle'", précise le Pr Schmit.

L’efficacité du médicament sera jugée 14 jours après le début du traitement, en comparant le nombre de patients décédés ou transférés en service de réanimation en raison d’une aggravation respiratoire. Et les premiers résultats significatifs sont attendus entre 20 jours et quelques semaines.

Une étude Hycovid qui, dès son lancement le 1er avril, a suscité de nombreuses réactions dans la communauté médicale notamment car, contrairement au protocole prôné par le professeur Raoult, elle ne teste que l’hydroxycloroquine seule et pas son association avec l’antibiotique azythromycine.

 

Un début de polémique auquel le CHU d’Angers a tenu à répondre rapidement par l’intermédiaire d’une foire aux questions consacrée à l’étude Hycovid, expliquant notamment que l’association entre l’hydroxycloroquine et l’azythromycine présentait « un risque élevé de toxicité cardiaque ».

Coronavirus : que change le décret sur la chloroquine ?

Le gouvernement a publié jeudi un texte encadrant la délivrance du traitement à base de chloroquine. La prescription du Plaquénil, notamment, reste soumise à des conditions strictes.

Par Ludwig Gallet   dans Le Parisien

Le 27 mars 2020 à 19h12

Son tweet a jeté le trouble. Jeudi soir, le professeur Didier Raoult, médiatique infectiologue marseillais qui milite pour traiter à la chloroquine les personnes atteintes par le Covid-19, se félicite d'un décret du ministère de la Santé paru dans la journée au Journal officiel.

« Dans le cadre de l'urgence sanitaire, l'hydroxychloroquine peut être prescrite en traitement du COVID-19. Merci à Olivier Véran pour son écoute », peut-on lire dans son message. Une déclaration qui a provoqué un certain emballement sur les réseaux sociaux.

Explications.

 

Dans le cadre de l'urgence sanitaire, l'hydroxychloroquine peut être prescrite en traitement du COVID-19. Merci à @olivierveran pour son écoute. 

  Lien sur le décret

Décret modifié

Qu'est-ce que l'hydroxychloroquine ?

Il s'agit du produit commercialisé par les laboratoires Sanofi sous le nom de Plaquénil. Il est à l'origine conçu pour traiter des maladies comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Ce traitement, au même titre que le Kaletra pour les porteurs du VIH, bénéfice d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les maladies citées ci-dessus.

À l'IHU de Marseille, le professeur Raoult teste actuellement le Plaquénil sur des malades du Covid-19. Alors que le débat enflait sur la nécessité d'en généraliser l'usage, hypothèse défendue par d'autres médecins et même par des responsables politiques, les autorités craignaient que de nombreux praticiens ne finissent par administrer le Plaquenil hors AMM, en engageant leur responsabilité en cas de problème.

Pourquoi cette controverse ?

Lundi soir, lors d'une conférence de presse, Olivier Véran dévoile les conclusions du Haut conseil de la santé publique concernant la prescription du traitement à base de chloroquine pour soigner les malades du Covid-19.

L'usage de cet antipaludéen fait débat depuis plusieurs jours. Il est défendu notamment par le professeur Raoult, qui soutient la nécessité de généraliser sa prescription pour lutter contre la propagation du coronavirus. Son avis n'a pas été suivi.

« Le haut conseil de santé publique recommande de pas utiliser de chloroquine en l'absence de recommandation, à l'exception de formes graves, hospitalières et sur décision collégiale des médecins et sous surveillance médiale stricte », détaille ainsi Olivier Véran. Un avis que le ministre de la Santé (Olivier Véran) avait décidé de suivre en promettant la publication prochaine d'un décret visant à encadrer la délivrance de ce traitement. Le fameux décret paru jeudi.

À lire le spécialiste marseillais, on pourrait donc croire que le gouvernement est finalement allé plus loin que ce qu'il avait promis. À y regarder de plus près, il n'en est rien. Avec ce décret, le gouvernement s'évertue à encadrer de deux manières l'utilisation de traitements à base de chloroquine.

Que vient changer le décret ?

Le texte acte le fait que l'hydroxychloroquine ne pourra être administrée aux malades du Covid-19 que « dans les établissements qui les prennent en charge ». Il se retrouve donc ainsi réservé aux cas les plus sérieux, puisque les hôpitaux ne reçoivent actuellement que les malades atteints de graves symptômes.

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Autre garantie : cette prescription ne peut intervenir qu'après décision collégiale des médecins. Dans tous les autres cas, les prescriptions hors AMM seront purement et simplement interdites.