Mivy décoiffe, car il est fait par un chauve

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Derière mise à jour 31-Oct-2021
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17 octobre 1961

Paris, 17 octobre 1961

Par Yves Daudu  Sur Marianne

En ce mardi 17 octobre 1961, il pleut sur Paris. Il y pleuvra aussi des coups de matraque, des coups de crosse, des coups de feu, et il y aura un nombre indéterminé de noyades. Ce soir-là, il pleut sur la République, et pas seulement sur la place qui porte son nom

À l'appel du FLN quelque 30000 « français musulmans d'Algérie », selon la terminologie de l'époque, descendent pacifiquement dans la rue pour protester contre le couvre-feu qui leur est imposé depuis le 3 octobre par le préfet de police de Paris, un certain Maurice Papon. Ce couvre-feu est totalement illégal, mais la circulaire administrative se contente de leur « conseiller de la façon la plus pressante de s'abs- tenir de circuler la nuit».

Sur le terrain, le « conseil » devient une stricte obligation et donne lieu à une surenchère de harcèlements et de tabassages

Les violences policières seront d'autant plus nombreuses que, depuis le 28 août, les assassinats de policiers se multiplient. On en dénombre dix dans les six semaines qui précèdent le 17 octobre. La Fédération de France du FLN a rompu la trêve des attentats décidée à la fin de mai par la direction centrale du FLN (le Gouvernement provisoire de la République algérienne [GPRA]) en parallèle aux négociations d'Évian.

Avec la macabre répétition des cérémonies funéraires dans la cour de la préfecture, une véritable psychose doublée d'une volonté de vengeance envahit la police. «En ces semaines d'août, septembre, octobre 1961, de jour, de nuit, dans tous les quartiers algériens de Paris, fouilles, rafles, perquisitions, arrestations se succèdent. Les morts, les blessés, les disparus ne se comptent plus», relatent à chaud les journalistes engagés Marcel et Paulette Péju dans une enquête qui ne sera publiée que cinquante ans plus tard.

L'attitude de la hiérarchie, jusqu'a u plus haut sommet de l'État, ne fera qu'empirer les choses. D'abord un Maurice Papon préfet de police, qui n'avait pas encore eu à rendre de comptes sur sa complicité de crimes contre l'humanité mais qui s'était déjà illustré en Algérie pour son talent répressif. « Pour un coup reçu, nous en porterons dix!» Sa formule, prononcée lors d'une des cérémonies funéraires, est on ne peut plus claire. Elle sera d'ailleurs prolongée par des propos encore plus explicites durant ses tournées dans les commissariats, comme en témoigne ce procèsverbal d'une réunion syndicale du 3 octobre: Maurice Papon nous a dit que lorsqu'on se sentait menacé, il ne fallait pas attendre et tirer les premiers: «Vous serez couverts, je vous en donne ma parole. D'ailleurs, lorsque vous prévenez l'état-major qu'un Nord-Africain est abattu, le patron qui se rend sur les lieux a tout ce qu'il faut pour que le Nord- Africain ait une arme sur lui." » « Maurice Papon nous a dit que lorsqu'on se sentait menacé, il ne fallait pas attendre et tirer les premiers: "Vous serez couverts, je vous en donne ma parole. D'ailleurs, lorsque vous prévenez l'état-major qu'un Nord-Africain est abattu, le patron qui se rend sur les lieux a tout ce qu'il faut pour que le Nord- Africain ait une arme sur lui »

Mais il serait totalement erroné de s'en tenir au seul Maurice Papon. Une partie significative des ministres, à commencer par le premier d'entre eux, Michel Debré, restent des partisans résolus de l'Algérie française. Une tentative de putsch militaire a eu lieu quelques mois plus tôt et une grande partie de l'électorat de droite reste opposée à « la perte de l'Algérie » .
De Gaulle sait la partie délicate. Le 8 septembre, il échappe de justesse à un attentat de I'OAS. Alors qu'avec Louis Joxe il prend en main les négociations avec le FLN, il délègue à Michel Debré, à Roger Frey, ministre de l'Intérieur, et à Maurice Papon le soin de porter le maximum de coups au FLN. Affaiblir le plus possible ce dernier tout en répondant au désir de châtiment de sa police et de son électorat, l'équation sera sanglante.

Il n'e n reste pas moins que les raisons ayant poussé le FLN à reprendre les attentats ne semblent pas très claires. Une chose paraît certaine: la décision ne vient pas du sommet. Les historiens retiennent deux hypothèses: chacun sentant bien que l'heure de l'indépendance est proche, les luttes pour le pouvoir s'exacerbent à tous les échelons du FLN et la maîtrise de la Fédération de France est un enjeu essentiel. De plus, subir passivement la répression policière et les attentats de I'OAS risque de démobiliser les militants.

Chasse à l'homme

La décision d'organiser une grande marche dans Paris relève de la même logique.Il s'agit de mobiliser la communauté algérienne et de prouver la représentativité du FLN. S'y ajoute une volonté de briser l'indifférence mâtinée d'hostilité d'une majorité du peuple français néanmoins pressé d’en finir avec cette guerre.

Le FLN avait prévu trois  rassemblements. L'un sur les Grands Boulevards, l'autre sur la rive gauche et le troisième au pont de Neuilly. Avant même d'arriver sur les lieux, les policiers entendent un canal radio interne leur affirmer que plusieurs de leurs collègues sont tombés sous les balles de manifestants armés. Les consignes du FLN étaient pourtant connues de la préfecture grâce à ses indics : le port de la moindre arme sera puni de mort. Mais la préfecture se garda bien de démentir ces intox.

«Un champ de bataille» Ce soir là plus de 11000 personnes furent emarquées dans des bus réquisitionnés et entassées dans différents centres de rétention. De retour au garage, «les bus étaient littéralement couverts de sang» dénoncera un syndicat de la RATP.

La chasse à l'homme commence dès 17 heures et se prolongera dans divers lieux de la capitale jusqu'à minuit. Il faudrait des pages et des pages pour restituer la multitude des témoignage d'Algériens, de gardiens de la paix, de journalistes, de simples badauds.
 Ils sont tous plus accablants les uns que les autres sur les  horreurs  perpétrées par  la police républicaine de l'État français.
On les retrouve en particulier grâce à l'opiniâtre enquête de Jean-Luc Einaudi dans la Bataille de Paris- même si, parfois, l'engagement militant de cet ancien dirigeant maoïste prend le pas sur la rigueur de l'historien.

Un témoignage parmi mille autres, celui  de Paul Rousseau, gardien de la paix arrivant au pont de Clichy: « C'était un vrai champ de bataille, c'était dégueulasse. Il y avait du sang partout sur le pont. C'était horrible. Il y avait des flaques de sang. Il y avait du sang sur les rambardes.[...] Des policiers sont revenus vers nous. Certains avaient du sang sur les mains. Ils en étaient fiers. Ils montraient leurs mains et disaient " Tu  vois, on les a eus, nos bougnoules!"» 

En quelques heures, plus de 11000 manifestants furent embarqués dans des bus réquisitionnés et entassés au palais des Sports et au stade Coubertin. Roués de coups lors de leur arrestation, roués de coups dans les bus, roués de coups à leur arrivée. De retour au garage, les bus étaient littéralement couverts de sang», dénoncera un syndicat de la RATP.
Dans Paris 1961, Jim E.  House et Neil Mac Master,  historien anglais, restituent de nombreux témoignages des violences endurées plusieurs jours et nuits durant, dans les différents lieux de rétention, y compris des assassinats de sang froid.

Dans Police contre FLN, Jean­ Paul Brunet cite le témoignage du gardien de la paix Raoult Le Tard:
« On était tellement déchaînés qu'on  était incontrôlables et la hiérarchie s'est bien gardée de Jaire quoi que ce soit.» Et l'historien de poursuivre :
«La tension qui était progressivement montée [...] avait atteint un niveau tel que les policiers de la base furent au fond satisfaits : enfin se montrait ouvertement l'ennemi sournois.»

« Pour les forces de l'ordre, ce  17 octobre a cristallisé toute la haine accumulée contre des civils désarmés qu'ils considéraient être le vrai visage du FLN. [...] Tout se passe comme si plus aucune autorité n'était exercée sur les policiers», confirme l'historienne Linda Amiri dans les Fantômes du 17 octobre.
«Le 17octobre 1961,ce ne fut pas un service de maintien de l'ordre qui fut mis en place, mais une véritable  chasse à l'homme fondée sur des critères raciaux» ,résume l'historien Emmanuel Blanchard, qui préfère le terme de « massacre colonial » à celui de « pogrom », utilisé par son célèbre confrère Pierre Vidal-Naquet.

Bilan impossible

Depuis plusieurs décennies, la question du  nombre de morts fait débat, voire polémique, chez les historiens. Il faut dire qu e l'exercice tient de la mission impossible. La multiplicité des sources, la difficulté à les interpréter, la disparition de nombre d'archives officielles, les exactions de diverses milices parallèles par définition difficilement identi­ fiables, sans oublier les affrontements meurtriers entre les différentes organisatio ns indé­ pendantistes, rendent l'exercice particulièrement délicat.

À lire les différents points de vue, souvent entachés d'arrière-pensées politiques, on est enclin  à suivre Jim House et Neil MacMaster, qui terminent leur chapitre consacré au sujet en ces termes: « On peut en conclure que, en septembre et octobre, bien plus de 120 Algériens furent assassinés par la police en région parisienne. "Prendre cette échelle de temps paraît plus sage que de s'en  tenir à la seule  soirée du 17 octobre. D'abord parce que cette estimation paraît plus solide, mais aussi parce que, si le 17 oc tobre a marqué les mémoires, cette journée ne fut que le  moment paroxystique d'une répression de plus en plus féroce depuis l'été 1961.
On peut conclure avecBenjamin Stora, qui écrit: « Après Vichy, s'il est un moment où l'État de droit a cédé facilement à l'état de police, c'est bien pendant la guerre d'Algérie»

Yves Daudu

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17 octobre 1961 : un « massacre » imaginaire

Sur le Blog de Bernard Lugan

Le 17 octobre prochain, comme chaque année, les autorités françaises, les islamo-gauchistes et le « Système » algérien vont commémorer un massacre qui n’a pas eu lieu…

Sur ce blog, ayant périodiquement à la même date déconstruit l’histoire officielle de ce prétendu « massacre », je me contenterai de renvoyer au chapitre IX intitulé « 17 octobre 1961, «Un massacre imaginaire » de mon livre « Algérie l’Histoire à l’endroit » en ajoutant ici quelques éléments essentiels à la compréhension du montage culpabilisateur qui nous est imposé :

Le contexte

1) La guerre d'indépendance algérienne se déroula également en métropole. Pour la période du 1er janvier 1956 au 23 janvier 1962, 10 223 attentats y furent ainsi commis par le FLN. Pour le seul département de la Seine, entre le 1er janvier 1956 et le 31 décembre 1962, 1433 Algériens opposés au FLN furent tués et 1726 autres blessés. Au total, de janvier 1955 au 1er juillet 1962, en Métropole, le FLN assassina 6000 Algériens et en blessa 9000 autres.

2) Face à ces actes de terrorisme visant à prendre le contrôle de la population algérienne vivant en France, le 5 octobre 1961, un couvre-feu fut imposé à cette dernière afin de gêner les communications des réseaux du FLN et l’acheminement des armes vers les dépôts clandestins.

3) En réaction, le 17 octobre 1961, le FLN décida de manifester afin de montrer sa force, et pour tenter d’achever sa prise de contrôle des Algériens vivant en métropole.

4) Assaillis de toutes parts, les 1658 hommes des forces de l’ordre rassemblés en urgence, et non les 7000 comme cela est trop souvent écrit, sont, sous la plume de militants auto-baptisés « historiens », accusés d’avoir massacré des centaines de manifestants, d’en avoir jeté des dizaines à la Seine et d’en avoir blessé 2300.

La version officielle est une manipulation

Or, cette version des évènements du 17 octobre 1961 à Paris relève de la légende et de la propagande. Tout repose en effet sur des chiffres inventés ou manipulés à l’époque par le FLN algérien et par ses alliés communistes. Jouant sur les dates, additionnant les morts antérieurs et postérieurs au 17 octobre, pour eux, tout Nord-Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961, est une victime de la « répression policière »… Même les morts par accident de la circulation comme nous le verrons plus loin !!!

Cette manipulation fut réduite à néant en 1998, quand le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission d’enquête. Présidée par le conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern, elle fut chargée de faire la lumière sur ce qui s’était réellement passé le 17 octobre 1961 à Paris. Fondé sur l’ouverture d’archives jusque-là fermées, le rapport remis par cette commission fit litière de la légende du prétendu « massacre » du 17 octobre 1961[1].  ( Ajout de Mivy pris sur "Le Parisien" Selon Dieudonné Mandelkern, chargé en octobre dernier d´une mission par le ministre de l´Intérieur, la répression d´une manifestation en faveur du FLN en pleine guerre d´Algérie, le 17 octobre 1961 à Paris, aurait fait trente-deux morts dans la communauté nord-africaine. Jusque-là, le bilan officiel faisait état de sept victimes seulement. Le rapport du conseiller d´Etat, remis récemment au Premier ministre, estime que ce bilan d´une dizaine de victimes « est considérable, mais très inférieur aux quelques centaines dont il a parfois été question ». )

Le paragraphe 2.3.5 du Rapport intitulé Les victimes des manifestations est particulièrement éloquent car il parle de sept morts, tout en précisant qu’il n’y eut qu’un mort dans le périmètre de la manifestation, les six autres victimes n’ayant aucun lien avec cet évènement, ou ayant perdu la vie postérieurement à la dite manifestation dans des circonstances parfaitement détaillées dans le rapport.

Quel est donc l’état des connaissances aujourd’hui ?

- Le 17 octobre 1961 à Paris, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation… et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ? L’enquête semble attribuer cette mort à des coups de crosse de mousqueton.

- Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant « massacre » faisant des dizaines, voire des centaines de morts algériens, ni les hôpitaux parisiens, ni l’Institut Médico-Légal (la Morgue), n’enregistrèrent l’entrée de corps de « NA » (Nord-Africain dans la terminologie de l’époque). Ce qui ne veut naturellement pas dire qu’il n’y eut pas de blessés, mais mon analyse ne porte que sur les morts.

- A Puteaux, donc loin du périmètre de la manifestation, deux morts furent néanmoins relevés, or ils étaient étrangers à la manifestation. L’un d’entre eux deux, Abdelkader Déroues avait été tué par balle, quand le second, Lamara Achenoune, avait quant à lui été achevé par balle après avoir été étranglé.

- Le 18 octobre, à 04 heures du matin, le bilan qui parvint à Maurice Legay le directeur général de la police parisienne était donc de 3 morts, pour rappel, Guy Chevallier, Abdelkader Déroues et Lamara Achenoune. Nous sommes donc loin des dizaines ou des centaines de morts et de « noyés » auxquels la bien-pensance française rend annuellement hommage !!!

Conclusion : le seul mort algérien de la manifestation est donc un Français métropolitain…

Certes, postulent les accusateurs de la France, mais les cadavres des Algériens « massacrés » par la police furent reçus à l’IML, l’Institut Médico-Légal de Paris (la Morgue), les jours suivants.

Cette affirmation est également fausse. En effet, l’Annexe III du « Rapport Mandelkern » donne un décompte détaillé des 41 cadavres de Nord-Africains entrés à l’IML de Paris du 19 octobre au 4 novembre. Pour mémoire, le 17 octobre il n’y eut aucune entrée, et 2 le 18 octobre.

Sur ce nombre de 41 morts, 25, soit 13 corps identifiés et 12 corps non identifiés sont mentionnés sous la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ». Ceci fait que les 16 autres morts n’ont rien à voir avec la manifestation du 17 octobre.

En ce qui concerne les 25 morts restants, notons immédiatement que le sous-titre de l’Annexe III est singulier car la manifestation dont il est question eut lieu le 17 octobre et non les 19 et 20 octobre. De plus, ce titre est trompeur car il laisse sous-entendre que ces 25 décès auraient donc pu être causés par la police française, chiffre d’ailleurs régulièrement et péremptoirement transformé en morts avérés par certains auteurs ou journalistes. Or :

1) Si ces derniers avaient pris la peine de lire le document en question dans son originalité et son intégralité, et non à travers ses recensions, ils auraient vu qu’en face de chaque corps est porté un numéro de dossier de la police judiciaire suivi de la précision suivante : « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire ».

2) Or, grâce à ces « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire », il apparait clairement que 17 de ces 25 défunts ont été tués par le FLN, la strangulation-égorgement, l’emploi d’armes blanches etc., n’étant pas d’usage dans la police française… D’autant plus que parmi ces 17 morts, quatre furent assassinés le 19 octobre, soit deux jours après le 17 octobre, à savoir un commerçant qui avait refusé de suivre la grève du 19 octobre décrétée par le FLN et deux autres ligotés et noyés par ce même FLN…

3) Cela interroge donc sur le placement de ces morts dans la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre

Voyons le détail de cette list

Corps Identifiés :

Corps non identifiés

Conclusion, sur 25 morts « pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre », la Morgue n’en a reçu que deux décédés très probablement des suites de blessures reçues le 17 octobre. Une interrogation demeure pour l’un d’entre eux, mais sans aucune certitude.

Soit 2 ou 3 morts des suites de leurs blessures, aucun n’ayant perdu la vie durant la manifestation[2] laquelle n’a donc comme il a été dit plus haut, connu qu’un seul mort, le Français Guy Chevallier.

Nous voilà donc très loin des 50, 100, 200 ou même 300 morts « victimes de la répression » avancés par certains, et pour lesquels François Hollande a reconnu la responsabilité de la France !!!

Mais, plus encore :

Le « Graphique des entrées de corps « N.A » (Nord-africains) par jour. Octobre 1961 », nous apprend que du 1er au 30 octobre 1961, 90 cadavres de « NA », furent reçus à l’Institut Médico-Légal. Or, selon les enquêtes judiciaires, chaque décès étant suivi d’une enquête, la plupart de ces morts étaient des musulmans pro-Français assassinés par le FLN !!!

2) Pour toute l’année 1961, 308 cadavres de « N.A » entrèrent à l’IML, dont plusieurs dizaines de noyés. Or, toujours après enquête, il fut établi que la quasi-totalité de ces morts étaient des victimes du FLN (Harkis, partisans de la France, inpidus ayant refusé d’acquitter « l’impôt de guerre », membres du MNA etc.). Or, une des méthodes d’assassinat du FLN était l’étranglement ou l’égorgement suivi de la noyade…

Pour les historiens de métier, les prétendus « massacres » du 17 octobre 1961 constituent donc un exemple extrême de manipulation de l’histoire.

Quand la liberté de penser sera rétablie dans cette Corée du Nord mentale qu’est devenue la pauvre université française, ils feront l’objet de thèses car ils seront alors étudiés comme un cas d’école de fabrication d’un mythe. Comme Katyn, comme les « charniers » de Timosoara en Roumanie, comme les « couveuses » au Koweit ou encore comme les « armes de destruction massive » en Irak.

Mais, dans l’immédiat, sourds, aveugles ou simples agents d’influence, les butors continueront à ânonner la légende culpabilisatrice du « 17 octobre 1961 ». D’autant plus que, dans l’actuel contexte de tension franco-algérienne, Alger va faire donner ses affidés qui seront complaisamment relayés par ses habituels supplétifs de presse. 

Bernard Lugan

 

[1] « Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 ». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern président de section au Conseil d’Etat, président ; M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, Conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration. En ligne. 

[2] Dans une note infrapaginale, Brunet (2011) parle de 13 morts « certains » dont plusieurs blessés décédés ultérieurement. Or, ces morts ne sont pas documentés dans les archives de l’IML. Brunet, J-P., (2011) « Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ? ». Atlantico, 17 octobre 2011.

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Massacre du 17 octobre 1961 : pourquoi le nombre de morts diffère-t-il tant selon les médias ?

17 octobre 1961, le massacre des Algériens à Parisdossier   
Soixante ans après la répression meurtrière des manifestants algériens, les médias ont évoqué des bilans très variables, allant de «plusieurs dizaines» de tués, à «plusieurs centaines». Le reflet de la controverse historique qui a longtemps prévalu. Mais aussi, souvent, le fruit d’erreurs de journalistes.

Lors de la manifestation pacifique, organisée à Paris le 17 octobre 1961 par la Fédération de France du FLN (Front de Libération nationale). (AFP)

par Elsa de La Roche Saint-André et Cédric Mathiot
publié le 18 octobre 2021 à 18h59

 

Question posée par Sylvain le 16 octobre.

Bonjour,

«Plusieurs dizaines de morts» selon l’AFP ou France Info, «au moins 120» selon le Monde, la Croix ou le JDD (et encore bien d’autres), et «200» pour Libé.

 Vous nous avez interrogés sur le bilan, ou plutôt les bilans, du massacre par la police, le 17 octobre 1961, à Paris, de manifestants algériens venus à Paris, à l’appel de la Fédération de France du FLN (Front de libération nationale).

Il a fallu le travail de plusieurs militants et historiens pour sortir d’un long déni sur les exactions commises ce jour-là. En 2012, François Hollande a reconnu «une sanglante répression». Cette année, Emmanuel Macron est allé plus loin en dénonçant des «crimes inexcusables pour la République» commis «sous l’autorité» du préfet de l’époque, sans faire remonter explicitement au-dessus la responsabilité de ce que d’aucuns voudraient voir qualifier de crime d’Etat.

Il est largement acquis, depuis des décennies déjà, que le premier bilan officiel, trois morts, fut ridiculement minimisé. Mais le sujet de l’ampleur du vrai bilan a été l’objet d’une longue controverse historique. Les différentes estimations évoquées par les médias sont, d’abord, le reflet de cette controverse. Mais certains chiffres qu’on a pu lire ce week-end traduisent aussi, souvent, des fautes ou raccourcis. Une erreur a ainsi conduit de très nombreux médias à confondre le décompte des tués de la seule nuit du 17 octobre avec le recensement des victimes algériennes des violences policières sur l’ensemble des mois de septembre et octobre 1961.

L’AFP et France Info évoquent «plusieurs dizaines de morts»

L’AFP évoque «plusieurs dizaines de tués». C’est aussi le décompte que cite France Info dans ses articles. Et accessoirement la formule reprise par l’Elysée. Selon les différents historiens que nous avons joints, cette formulation, pour imprécise qu’elle soit, est aujourd’hui celle qui semble faire consensus.

Lrapport Mandelkern, du nom du conseiller d’Etat chargé de la mission, commandée sous Lionel Jospin et par Jean-Pierre Chevènement, avait abouti, en 1998, à cet ordre d’idée. Dieudonné Mandelkern avait ainsi déclaré, à l’issue de son travail : «On peut arriver jusqu’à 40, voire 50 victimes, sans doute pas plus.» Le rapport, remis en janvier 1998, est souvent cité comme établissant qu’il y a eu «32 victimes».

Ce qui est un raccourci. Partant de l’idée que nombreux corps n’avaient pu être trouvés immédiatement, les auteurs du rapport, pour aller au-delà du bilan officiel de sept morts, avaient entrepris de décompter les corps de Nord-africains (des FMA – Français musulmans d’Algérie – pour la plupart) entrés à l’institut médico-légal entre le 17 et le 31 octobre.

Sur un total de 88 corps comptabilisés, ils en avaient retenu 25, non considérés dans le bilan officiel, et pour lesquels «la date présumée de la mort ou ses circonstances, telles qu’elles ressortent du registre d’entrée, complété, le cas échéant, par les enquêtes de la police judiciaire, ne permettent pas d’exclure tout lien avec les manifestations».

Le rapport note certes que 22 de ces 25 cadavres «avaient fait, à l’époque, l’objet d’enquêtes judiciaires, mais aucune d’entre elles n’a conclu à une relation avec les événements de la mi-octobre», mais conclut : «Il n’en reste pas moins troublant que, dans quelques cas, la date du décès ou de la disparition coïncide avec la date des manifestations.» Le rapport n’affirme ainsi nullement que ces 25 cas doivent être ajoutés aux sept officiellement reconnus. Tout en ne l’écartant pas… Au final, le document suggère toutefois bien un bilan se comptant en dizaines : «Mais à supposer même que l’on ajoute au bilan officiel de sept morts la totalité des vingt-cinq cas, et que l’on considère que les facteurs d’incertitude, et notamment ceux qui tiennent aux limites géographiques de l’étude, justifient une certaine majoration, on reste au niveau des dizaines, ce qui est considérable, mais très inférieur aux quelques centaines de victimes dont il a parfois été question.»

L’allusion aux plusieurs centaines de morts porte ici, notamment, sur Jean-Luc Einaudi, infatigable militant de la mémoire du 17 octobre 1961. Dans son livre publié en 1991 (La Bataille de Paris, 17 octobre 1961), Einaudi évoquait 200 morts lors de la répression d’octobre. Avant de proposer en 2001 (dans Octobre 1961. Un massacre à Paris) un autre décompte : 393 morts et disparus en septembre et octobre 1961, dont 159 à partir du 17 octobre. Si son rôle d’éclaireur a été salué (il gagnera en 1999 son procès contre Maurice Papon, qui l’avait accusé de diffamation pour avoir écrit qu’un «massacre» avait été perpétré «sous les ordres de Maurice Papon»), ses chiffres ont en revanche été souvent contestés.

Uautre rapport, également commandé sous Lionel Jospin, mais par Elisabeth Guigou, avait lui abouti en 1999 au bilan de 48 Algériens «victimes de violences ayant entraîné la mort» au cours des manifestations des 17 et 18 octobre 1961. Son auteur, Jean Géronimi, avocat général à la Cour de cassation, s’était notamment basé sur les archives judiciaires (recensant les morts violentes selon les parquets), là où Dieudonné Mandelkern s’était basé sur les archives de la police et celles de l’institut médico-légal. Evoquant le total de 246 victimes sur l’année 1961 (et non les «seuls» 48 décès des 17 et 18 octobre), Jean Géronimi concluait que le total était «très vraisemblablement inférieur à la réalité, dans la mesure où l’on n’a pas la certitude que tous les corps immergés, particulièrement nombreux à cette époque, ont été retrouvés et dans la mesure, aussi, où des cadavres ont pu être transportés encore plus en aval de la Seine, jusque dans les ressorts d’Evreux, voire de Rouen, dont les archives conservées sont trop lacunaires pour être exploitées».

D’autres historiens sont arrivés à un bilan se comptant en dizaines de victimes pour la journée du 17 octobre. C’est le cas de Jean-Paul Brunet, qui a toujours dénoncé les calculs de Jean-Luc Einaudi, estimant de son côté que le nombre de morts était compris entre 30 et 50 (et insistant pour dire que selon lui il était plus proche de 30). Son travail a également été souvent contesté comme s’appuyant trop sur les archives policières.

Contacté par CheckNews et interrogé sur l’état des connaissances aujourd’hui, Emmanuel Blanchard, historien et auteur d’une Histoire de l’immigration algérienne en France (La Découverte, 2018), évoque «plusieurs dizaines de morts le 17-18-19 octobre, et sur la période de radicalisation de la répression, de fin août à début novembre, au moins une centaine, même si c’est une estimation minimale». Et l’historien d’insister sur les lacunes qui demeurent encore : «Tant qu’on ne saura pas combien de personnes sont décédées plusieurs semaines après, sont décédées dans les hôpitaux, ou surtout sont décédées en Algérie des suites de leurs blessures, il est impossible de dresser un bilan. Les chiffres a minima désignent déjà une répression qui n’a pas d’équivalent. Même en prenant le bilan minimal, comme celui de Jean-Paul Brunet, qui n’a travaillé qu’à partir des archives de police, on est sur la répression la plus meurtrière en Europe de l’Ouest depuis la Seconde Guerre mondiale.»

Plus d’une dizaine de médias, dont le Monde, évoquent «au moins 120 morts»

La plupart des médias français ont pourtant évoqué un chiffre supérieur lors de la couverture de la commémoration du massacre. Le Monde, le Parisienla Croix, le JDD, RTL, Midi Libre, le Télégramme, ou encore Europe 1 citent tous «au moins 120 morts» pour la journée du 17 octobre. Certains ne renvoient à aucune source, d’autres évoquent «les historiens» (sans préciser lesquels), et de plus rares parlent d’«historiens britanniques». De fait, cette estimation s’appuie sur l’ouvrage des historiens Jim House et Neil MacMaster (Paris 1961), qui se sont positionnés en 2006 en «arbitres» de la querelle française entre Einaudi et Brunet, et qui sont désormais présentés comme une source de référence. Mais il est notable que la quasi-totalité des médias qui ont cité l’ouvrage l’ont fait de manière incorrecte.

En effet, les deux historiens ont estimé dans leur livre à «au moins 120» le nombre d’Algériens tués en septembre et octobre 1961. Un bilan qui ne porte donc pas sur la seule date du 17 octobre. Les semaines précédant le pic du 17 octobre sont marquées par un regain de violences très fort, notamment provoqué par les attentats répétés du FLN contre les forces de l’ordre (13 policiers sont tués entre le 29 août et le 3 octobre). Le mois de septembre affiche ainsi un surnombre de 30 décès, celui d’octobre de 90.

Interrogé par CheckNews, Jim House explique qu’il est délicat d’isoler la seule journée du 17 octobre : «S’il est difficile d’établir un bilan précis des morts, c’est un héritage direct de la dissimulation officielle. Elle résulte également de la manière dont de nombreux corps d’Algériens ont été jetés dans la Seine et les canaux dans le but de rendre l’identification des corps et leurs causes de décès difficiles à établir. Dans Paris 1961, nous avons essayé de dépasser ce calcul impossible du nombre d’Algériens morts le 17 octobre en examinant le nombre de morts violentes “excédentaires” d’Algériens au cours des mois de septembre et d’octobre 1961, période pendant laquelle la violence sécuritaire contre les Algériens a augmenté de manière significative et a culminé le 17 octobre 1961. Une commission d’historiens, ayant accès à toutes les sources disponibles, pourrait être en mesure de parvenir à un chiffre plus précis pour la nuit du 17 octobre 1961 elle-même. Un tel travail aiderait à établir un consensus concernant le nombre de morts, même si certains groupes politiques n’accepteront jamais l’idée qu’un massacre d’Etat a eu lieu.»

Quoi qu’il en soit, c’est bien sur l’ensemble de ces deux mois de violences que porte le nombre de 120 morts. Comment autant de médias ont pu se tromper en citant cette source de travers ? CheckNews a eu confirmation que ce bilan a été évoqué lors du brief de l’Elysée en amont de la commémoration des 60 ans du massacre. Les journalistes présents ont-ils mal compris ? L’un d’eux explique pourtant à CheckNews qu’il a été précisé lors du brief qu’il s’agissait bien d’un bilan sur les deux mois. Interrogé par CheckNews, l’auteur de l’article de la Croix a reconnu une erreur, qu’il a corrigée. La formulation initiale «A l’occasion du 60e anniversaire du massacre d’au moins 120 Algériens par la police française le 17 octobre 1961» a ainsi été remplacée par «A l’occasion du 60e anniversaire du massacre d’au moins 120 Algériens par la police française en septembre-octobre 1961». Frédéric Bobin, du Monde, auteur de la même confusion, nous a écrit ceci : «C’est un raccourci qui a ensuite été repris dans d’autres articles. Ce n’est pas un choix éditorial, c’était plus dans le feu de la rédaction d’un article. Il est vrai que nous aurions dû préciser “en septembre-octobre” au chiffre que nous citons, même si le 17-18 octobre concentre à l’évidence l’essentiel de ce bilan.»

Cette conviction que les morts de septembre et octobre sont «pour l’essentiel» des morts du 17 octobre explique peut-être, en partie, l’erreur. Pourtant, si la violence connaît sans aucun doute un pic le 17 octobre, il semble hâtif de conclure que la presque totalité des morts sur la période est concentrée sur cette seule nuit. Ce dont témoigne le rapport Mandelkern : «A partir du début de septembre, les homicides contre des FMA augmentent considérablement : toujours selon le registre de l’Institut médico-légal d’une vingtaine par mois jusqu’à la fin août, ils s’élèvent à une cinquantaine en septembre, culminent en octobre (près de 90), pour décroître en novembre et en décembre. C’est entre le 29 septembre et le 6 octobre 1961 que le nombre d’entrées dans ce service de corps pour lesquels un homicide peut être présumé est le plus important (40 dont 10 pour la seule journée du 3 octobre).» Le rapport Géronimi, s’il établit un pic des violences mortelles les 17 et 18 octobre, révèle aussi une note montrant que les cas de corps retrouvés remontait à plusieurs semaines. Le document, émanant du cabinet du garde des Sceaux de l’époque, et se destinant au cabinet du Premier ministre, indique : «Depuis un certain temps, le nombre de cadavres de Nord-Africains découverts dans la Seine, et même la Seine-et-Oise, se multiplie». Et de citer 60 cas «entre le 1er et le 24 octobre». Une autre note, comptabilisant les noyés retrouvés, fait le rapprochement entre les premiers attentats contre les policiers par le FLN, fin août 1961, et l’«augmentation immédiate» du nombre de noyés retrouvés. Et d’en conclure que ces indices «permettent de craindre qu’il s’agisse d’actions policières».

Interrogé par CheckNews sur cette erreur quasi générale de la presse française ayant confondu le bilan des deux mois et celui du 17 octobre, Jim House ne s’en étonne guère : «au fil des années, une grande confusion a toujours régné quant à la période à laquelle on se réfère pour parler du nombre d’Algériens tués illégalement par les forces de sécurité françaises en septembre et octobre 1961. Cette confusion, qui s’est poursuivie en 2021, n’est donc pas surprenante.» Mais il est notable que pour Jim House et MacMaster, cette focalisation des médias français sur la seule date du 17 octobre n’est pas tant une exagération de la gravité de la répression, qu’une lecture biaisée de cette dernière. Dans leur livre, les deux auteurs appellent à considérer la période dans son ensemble : «la crise de 1961 doit être interprétée comme un cycle de deux mois de violence d’Etat qui a culminé avec un pic visible la nuit du 17 octobre».

Libération évoque «environ 200 morts» ou «des centaines de morts»

Libération, pour sa part, a évoqué, dans plusieurs articles publiés ce week-end, «environ 200 morts» (ou «des centaines de morts») pour la seule journée du 17 octobre. Ces chiffres – supérieurs à ce qu’on a pu lire dans d’autres médias et ne faisant pas consensus parmi les historiens – s’expliquent par l’interview de Benjamin Stora publiée dans la dernière édition du week-end. L’historien y déclarait : «En 1991, l’historien Jean-Luc Einaudi publie la Bataille de Paris, 17 octobre 1961, qui retrace le déroulement des événements et parvient à établir le bilan d’environ 200 morts, aujourd’hui reconnu.» Si Benjamin Stora cite une autre estimation à un autre moment de l’interview (il évoque «plus d’une centaine» de morts), il a été décidé, vendredi soir, au moment de boucler le journal papier pour le week-end, de reprendre le chiffre de 200 tués dans le sous-titre du papier principal de l’«évènement» (le dossier qui ouvre le journal). Par la suite, et par un effet domino, cette mention des 200 morts a été reprise sur le site Internet de Libération durant le week-end dans les articles couvrant la commémoration. Contacté par CheckNews, Benjamin Stora nous a déclaré s’être «trompé» en parlant de 200 tués le 17 octobre, et nous a renvoyés au bilan du rapport Mandelkern. Suite à cet article, Libération corrigera les passages concernés, en évoquant «plusieurs dizaines» de tués.

 

Massacre du 17 octobre 1961 : pour Alger, Maurice Papon n’a pas agi seul

Le Point  Publié le 18/10/2021 Par notre correspondant à Alger,   

Pour des sources officielles, le « président Macron cherche à exonérer l’État français de toute responsabilité ».

Entre coups de froid et gestes d'apaisement, comme la dénonciation samedi par Emmanuel Macron des « crimes inexcusables » commis le 17 octobre 1961, la France et l'Algérie entretiennent des relations complexes, hantées par le passé.© ALAIN PITTON / NurPhoto via AFP

Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a célébré, ce dimanche, le 60e anniversaire des massacres du 17 octobre 1961 en déposant une gerbe de fleurs au Monument des martyrs surplombant Alger et en observant une minute de silence à 11 heures précises, une disposition décrétée la veille en mémoire aux victimes de la répression de la manifestation parisienne.

Officiellement, Alger n’a pas réagi au geste du président Emmanuel Macron, samedi 16 octobre, quand il déposa une gerbe de fleurs sur les berges de la Seine non loin du pont de Bezons en banlieue parisienne, emprunté par les manifestants algériens il y a soixante ans, reconnaissant, dans un communiqué, que « les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République ».

Mais Alger semblait avoir déjà fixé le cadre de toute démarche mémorielle, le jour même où Macron se rendait près du pont de Bezons, alors que la relation bilatérale subit un refroidissement mêlant, dans ses causes et ses répercussions, les questions mémorielles et les dossiers de la coopération.

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Riposte d’Alger

Ainsi, dans son message du 16 octobre à la veille de la Journée nationale de l’immigration, le président Tebboune écrit : « Je réaffirme notre souci ferme de traiter les dossiers de l’Histoire et de la Mémoire, sans complaisances, ni compromissions et avec le sens aigu des responsabilités que requiert le traitement impartial et intègre, loin des engouements et de la prédominance de la pensée colonialiste arrogante sur des lobbys incapables de s’affranchir eux-mêmes de leur extrémisme chronique. »

Les éléments de langage de ce message présidentiel semblent vouloir riposter, point par point, aux récentes déclarations du chef de l’État français qui ont allumé le feu dans la poudrière bilatérale, quand, le 30 septembre dernier, il s’attaqua à la « rente mémorielle », sorte de trésor de guerre gardé par un ombrageux « système politico-militaire ».

Parallèlement à cette communication officielle, plusieurs messages sont distillés aux médias algériens, signés par des « sources autorisées » ou de « sources officielles algériennes » anonymes. Une manière d’esquisser des répliques sans tomber dans le face-à-face à coups de déclarations publiques et assumées, pour réagir à la manière choisie par Macron de reconnaître les massacres de Paris. Dire ce qu’on en pense sans pour autant hypothéquer un possible dégel entre Paris et Alger.

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Une « fuite en avant »

« C’est vrai qu’en mettant ces “crimes commis cette nuit-là’’ sur le seul compte de Maurice Papon [préfet de police de Paris en 1961], le président Macron cherche à exonérer l’État français de toute responsabilité dans la perpétration de ce véritable crime d’État […] cela participe du déni et de la dissimulation de crime d’État », a ainsi confié une « source officielle algérienne » au journal électronique TSA et au quotidien arabophone Echourrouk.

La même source ajoute qu’« il s’agit d’une fuite en avant puisque le préfet Papon n’est qu’un rouage dans l’appareil d’État français qui a froidement planifié et exécuté une campagne massive d’arrestations accompagnée d’exactions et d’exécutions extrajudiciaires ».

« Si aux yeux de la France, engagée dans une politique de petits pas, avec la plus grande prudence, sur le lourd dossier de la mémoire, le geste de Macron revêt une symbolique importante, pour les descendants des victimes de ces massacres abominables, ces crimes restent impunis », soutient le quotidien Liberté. Pour le journal El Watan, le président Macron « a évité ainsi de parler d’un “crime d’État’’ à la grande déception des associations et des militants qui luttent depuis plus de trois décennies pour la vérité, la justice et la reconnaissance de ce “crime d’État’’, et par les historiens qui travaillent sur le sujet ». Historiens « des deux rives » qui « appellent à la reconnaissance d’un “crime d’État’’ », appuie, de son côté le quotidien Reporters.

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La colère est toujours là

Pour l’historienne Malika Rahal, « ce geste muet est accompagné d’un texte sans ampleur qui identifie un coupable unique, Maurice Papon, parfait coupable grâce auquel l’on évite d’identifier les responsabilités politiques et de nommer les perpétrateurs du massacre ». L’historienne, autrice, notamment, d’une biographie de l’avocate et militant Ali Boumenjdel, dont la torture et l’assassinat en 1957 par la France a été reconnu par Macron en mars 2021, déplore, par ailleurs la « soumission de la diplomatie a des enjeux de politique française et de mémoire ».

Selon la source autorisée qui s’est confiée à TSA, le président Emmanuel Macron veut « séduire l’électorat d’origine algérienne sans s’aliéner celui de la droite extrême ».

« Le contexte électoral et le positionnement existentiel du président français, qui ne cache pas sa détermination de courtiser l’électorat de l’extrême droite, ne trompent pas sur l’attitude de retenue qui sera observée par la France officielle ce 17 octobre », avait présagé un « haut fonctionnaire algérien ayant requis l’anonymat » sur le site Algérie patriotique la veille de la commémoration élyséenne. Cette même source affirmait : « La célébration du 17 octobre par le président français n’atténuera pas la colère des autorités algériennes qui ont exprimé leur vive indignation suite aux propos et aux décisions pleines de dédain à l’égard des Algériens et de l’Algérie. »

Apparemment, Alger ne se satisfait plus de la politique des petits pas des officiels français inaugurée sous Jacques Chirac, au vu de l’aggravation du contentieux entre les deux pays ces dernières semaines.