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La Chine
Revue de Presse

De « Nouvelles routes de la soie » durables, un défi impossible ?

9 février 2020,   Jennifer Gallé   The conversation.com

Après le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, tous les regards se tournent vers la Chine, deuxième économie mondiale et premier pays émetteur de CO2.

La Chine se veut très active en matière de conservation de la biodiversité et de lutte contre le changement climatique. Elle sera d’ailleurs l’hôte, en octobre 2020, de la COP15 biodiversité qui aura la tâche de fixer de nouveaux objectifs mondiaux en la matière après 2020.

Mais cette ambition se traduit-elle dans les faits ? Cette interrogation se pose aussi bien sur le plan domestique qu’international, à l’heure où l’initiative des « Nouvelles routes de la soie » (BRI en anglais, pour « Belt and Road Initiative ») augure une phase nouvelle de globalisation, et renforce le rôle de la Chine en tant que pourvoyeuse de financements pour de nombreux pays. Lancée en 2013 par le président chinois Xi Jinping, l’initiative visait à construire un réseau d’infrastructures – principalement de transports – entre la Chine et les pays d’Asie et d’Europe situés le long des anciennes routes commerciales de la soie. En 2017, le gouvernement chinois prévoyait de consacrer 113 milliards de dollars au financement de l’initiative.

Tandis que les émissions chinoises liées aux activités humaines auraient crû de 2,6 % en 2019, selon le Global Carbon Project, les financements chinois à l’étranger contribueront-ils, eux aussi, à une croissance des émissions mondiales de CO2 et à la destruction de la biodiversité ?

143 pays concernés

À l’initiative de la BRI, la Chine finance principalement des projets d’infrastructures (tel que l’emblématique projet de construction du chemin de fer Nairobi-Mombasa ou encore le port du Pirée en Grèce) et des coopérations dans de nombreux secteurs (financier, énergétique, numérique, scientifique, éducatif, culturel ou encore dans le domaine de la santé) le long de six corridors terrestres et d’un réseau portuaire qui relient la Chine avec l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

Les coopérations s’étendent aujourd’hui jusqu’en Amérique latine (Chili, Équateur, Costa Rica), aux Caraïbes (République dominicaine, Jamaïque) et dans le Pacifique Sud (Fidji, Vanuatu). Elles pourraient même déboucher en Arctique sur une « Route polaire de la soie » d’après les documents officiels chinois.

Début février 2020, 143 pays, soit plus des deux tiers des pays dans le monde, avaient signé des accords bilatéraux avec la Chine dans le cadre de cette initiative

Les financements viennent principalement soutenir les infrastructures (ports, aéroports, chemins de fer, pipelines, centrales électriques, etc.) mais concernent également d’autres secteurs, comme la santé ou l’enseignement supérieur.

D’après nos estimations, depuis son lancement, les principaux acteurs financiers chinois (banques et fonds) ont investi entre 450 et 480 milliards de dollars dans cette initiative, soit près de 90 milliards de dollars par an.

Estimation des financements pour la BRI par les principaux acteurs chinois (montants cumulés 2013-2017) Notes : le périmètre retenu pour ces estimations correspond aux montants investis dans des « projets BRI » (Chine et hors de Chine), tels que déclarés par les institutions considérées, à l’exception de CDB Capital (filiale de CDB). En l’absence de données détaillées disponibles, le montant retenu pour CDB Capital est une estimation de l’investissement déclaré hors de Chine entre 2013 et 2017. Les quatre banques commerciales (« Big 4 ») sont l’Agricultural Bank of China (ABC), la Bank of China (BOC), la China Construction Bank (CCB) et l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC). A

Le piège de projets peu durables

Ces fonds portent à la fois sur des secteurs structurants pour les économies (transports, énergies en particulier) mais aussi potentiellement très émetteurs de gaz à effet de serre.

Dans une étude du World Resources Institute (WRI), des chercheurs estiment qu’entre 2014 et 2017, dans le secteur de l’énergie, 91 % des crédits accordés conjointement par les six grandes banques chinoises et 61 % des prêts de la China Development Bank (CDB) et de la banque d’import-export chinoise (China Exim Bank), finançaient des énergies fossiles.

Selon une étude de l’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA), plus du quart des centrales au charbon en développement hors de Chine en 2018 pourrait être financé par des institutions chinoises.

Or les infrastructures financées aujourd’hui conditionnent les trajectoires de développement pour les décennies à venir. Les États concernés risquent de se retrouver piégés en raison de choix économiques débouchant sur des dégradations de l’environnement potentiellement irréversibles.

Si les trajectoires de développement des pays participant à l’initiative des « Nouvelles routes de la soie » suivent leur cours d’ici à 2050, le maintien d’une trajectoire compatible avec l’objectif des 2 °C contenu dans l’accord de Paris nécessiterait une réduction de 68 % des émissions annuelles de CO2 par rapport aux projections actuelles.

« Verdir » les « Nouvelles routes de la soie »

Les autorités chinoises ont pris des mesures pour favoriser la prise en compte des enjeux environnementaux.

Des lignes directrices pour promouvoir une initiative « verte » ont ainsi été publiées en mai 2017. Une coalition d’acteurs (États, agence des Nations unies, institutions académiques et entreprises) – la BRI International Green Development Coalition – a été lancée en avril 2019 pour orienter les financements vers des investissements plus verts. Des principes pour un investissement vert ont été signés par 27 institutions financières dont la China Development Bank et la China Exim Bank, les deux principales banques publiques octroyant des financements dans le cadre de l’initiative.

 

Pour éviter que ce verdissement ne s’apparente à du greenwashing, ces principes, lignes directrices et coalition d’acteurs devront être suivis et mis en œuvre.

Certaines mesures permettraient d’améliorer l’impact environnemental des financements octroyés : entre autres, renforcer les normes environnementales et sociales dans l’instruction et le suivi des projets, systématiser les évaluations d’impact économique, social et environnemental des projets, ou se fixer un volume de projets à co-bénéfices climat-biodiversité. Il faudrait également inscrire obligatoirement les investissements dans les trajectoires de développement durable de long terme des États, en cohérence avec leurs contributions nationales (NDCs) à l’accord de Paris et favoriser la transparence des financements alloués.

Une récente étude de la China Development Bank et du Programme des Nations unies pour le développement montre que la question de l’harmonisation des normes environnementales et sociales de financement et d’investissement est un point d’intérêt croissant pour les acteurs chinois.

Les projections d’émissions de CO2 des principaux pays partenaires de la BRI questionnent les modèles de croissance et les instruments de mesure de la prospérité. La réorientation des flux financiers (investis sur les marchés financiers ou via des programmes d’investissement publics) vers des projets durables devient urgente et fait l’objet de nombreuses discussions, tant dans les enceintes internationales et nationales, qu’au sein du secteur privé.

Fin 2019, la Commission européenne s’est accordée sur les grandes lignes d’une future taxonomie listant les activités économiques considérées durables (efficacité énergétique, énergies renouvelables, etc.). Dans cette perspective, la définition d’un référentiel commun de financement du développement durable se pose plus globalement, ouvrant la voie à une réflexion sur l’évolution des indicateurs de mesure de richesse. Des réflexions auxquelles l’ensemble des pays, Chine incluse, devraient s’associer s’ils souhaitent matérialiser leurs ambitions en matière de climat et de biodiversité.

Jennifer Gallé

Cheffe de rubrique Environnement + Énergie

La Chine accélère le pas sur les routes de la soie africaines

Par Marie-France Réveillard  La Tribune
  22/03/2021, 9:41 | 1414 mots Lecture 7 min.

(Crédits : DR) En janvier, malgré la pandémie de Covid-19, la Chine annonçait une croissance de +2,3% pour l'Annus horribilis 2020. Suite à l'entrée en vigueur d'un premier accord de libre-échange sur le continent (ALE) conclu avec Maurice, la Chine a réaffirmé sa volonté de renforcer ses relations avec l'Afrique à l'occasion de la présentation de son 14e plan quinquennal, et avance sûrement sur les nouvelles routes de la soie.

Après le raz-de-marée sanitaire de 2020, la Chine compte sur une croissance de l'ordre de +6% en 2021. La présentation du 14e plan quinquennal a révélé un désir d'indépendance technologique de Pékin, ainsi qu'une volonté de renforcer la coopération à l'international. « L'arrivée du coronavirus a fait trembler la Chine qui a réussi, à travers sa puissance de frappe économique, technologique et industrielle, à se redresser », estime Baudouin Euloge Orou-Yerima, ancien ministre-conseiller et chef de mission économique et commerciale du Bénin en Chine et au Japon.

Du pangolin stigmatisé dans les allées du marché de Wuhan suite à la découverte du SARS-CoV-2 - qui avait fait plongé le PIB de la Chine à -6,8% au 1er trimestre 2020 - à la commercialisation du vaccin Sinopharm quelques mois plus tard, le pays retrouve aujourd'hui le chemin de la croissance.

L'année 2020 aura mis en exergue une certaine capacité de « résilience » de la Chine, mais également un soft power revigoré jusqu'en Afrique, sur fond de lutte contre le coronavirus. Jack Ma, fondateur d'Alibaba (leader du e-commerce chinois) en VRP de luxe au plus fort de la pandémie, avait fait acheminer des millions de masques et de matériel médical dans les 54 pays africains alors qu'Européens et Etats-uniens se disputaient les cargaisons de masques sur le tarmac des aéroports chinois. « La Chine et l'Afrique ont toujours partagé les bons comme les mauvais moments. Cette amitié est ressortie encore plus forte face au test qu'a représenté le COVID-19 en 2020 », déclarait Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, dans une interview accordée à l'agence de presse Xinhua et China Media Group, début janvier 2020, avant de s'embarquer dans un voyage officiel qui l'a conduit du Nigéria aux Seychelles, en passant par la République démocratique du Congo, le Botswana et la Tanzanie.

Maurice, le « pionnier » du libre-échange avec la Chine en Afrique

Dès le 1er janvier 2021, Pékin lançait le premier accord de libre-échange (ALE) avec un pays africain, après de longues négociations en coulisse (le Mauritius-China Free Trade Agreement (FTA) avait été signé en octobre 2019). L'accord sino-mauricien s'intéresse au commerce des marchandises, à l'investissement, aux services et à la coopération économique. Plusieurs dizaines d'entreprises chinoises sont déjà présentes à Maurice, à l'instar de la Bank of China, du groupe Yihai ou encore de Huawei. Jin Fei, La smart-city mauricienne reflète également le dynamisme de la relation sino-mauricienne. « La zone de commerce et de coopération économique de Mauritius Jin Fei est une nouvelle étape dans la consolidation de l'amitié entre l'île Maurice et la Chine », se félicitait Joe Lesjongard, ministre mauricien du Tourisme, fin 2019 en inaugurant un parc hôtel flambant neuf.

Maurice identifié comme un hub par Pékin devrait lui permettre d'augmenter le volume d'exportations (textiles et de fruits de mer notamment), tout en favorisant l'écoulement des productions made in China, au niveau régional. Quelque 7 504 produits, soit 93 % des volumes entre les 2 pays, verront leurs droits de douane supprimés - l'acier et le textile notamment - et 130 secteurs des services bénéficieront de cet accord, en particulier la santé, l'éducation et les transports. Par ailleurs, un contingent tarifaire de 50 000t de sucre sera instauré sur 8 ans, avec une quantité initiale de 15 000t.

Si l'île Maurice ne représente qu'un « nano-marché » pour Pékin, sa situation géostratégique entre l'Afrique et l'Asie et son système fiscal avantageux représentent des atouts de poids. En 2019, suite au scandale « Mauritius Leaks », l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) révélait que l'évasion et l'optimisation fiscales à Maurice, en coûteraient 50 milliards de dollars par an à l'Afrique. Enfin, Maurice constitue un partenaire stratégique face à l'Inde déjà très enracinée localement - et avec laquelle, elle se dispute les Agaléga, un archipel situé à 1 200km au large de Port-Louis -.

Intensification de la diplomatie sanitaire chinoise

« Les pays africains seront parmi les premiers à bénéficier d'un vaccin fabriqué en Chine » promettait Xi Jinping, le président chinois lors du sommet extraordinaire de juin 2020, consacré à la solidarité face au Covid-19, soulignant « la nécessité de bâtir conjointement une communauté de santé et de destin Chine-Afrique ». Profitant de cette conférence, il a annoncé que la Chine construirait de nouveaux hôpitaux et qu'elle bâtirait le siège du Centre africain de contrôle des maladies à Addis-Abeba. L'Empire du Milieu fournit à ce jour une aide pour le vaccin contre la Covid-19 à plus d'une vingtaine de pays africains.

Aux premières semaines de la pandémie, le CDC et l'Union africaine (UA) saluaient les efforts de Pékin, tout comme l'Ethiopien Tedros Ghebreyesus, à la tête de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui applaudissait « la réactivité chinoise », s'attirant quelques mois plus tard, les foudres de Donald Trump (ndlr : « L'OMS s'est vraiment plantée » twittait le président américain début avril 2020) qui finira par faire sortir les Etats-Unis de l'institution, sur fond de guerre commerciale sino-américaine.

Alors que les investissements considérables, mais pas toujours « climato-compatibles » de la Chine (selon les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies et de l'Accord de Paris), font grincer des dents de Paris à Washington, sa perception par les Africains reste néanmoins positive. « La pandémie a permis à la Chine d'affirmer sa grandeur au niveau géopolitique face à la désorganisation de certains acteurs, notamment occidentaux » considère Baudouin Euloge Orou-Yerima. Ils sont 59% des sondés par l'Afrobarometer en 2020, à considérer l'influence de Pékin comme positive.

Enfin, s'agissant des appétits commerciaux chinois, ils n'ont rien de politique, selon François Candelon, Directeur général et Senior Partner à Boston Consulting. « La Chine doit nourrir 1,4 milliard de personnes (...) Ils veulent s'assurer des ressources dont ils auront besoin pour atteindre leur objectif de représenter 30% de l'économie mondiale en 2030 et faire décoller le niveau de revenu moyen des Chinois » déclarait-il à l'occasion de l'Observatoire BCG de la nouvelle réalité, organisé le 12 mars dernier. Une position qui n'est pas entièrement partagée par B. E. Orou-Yerima qui estime que la stratégie affichée de non-ingérence chinoise dans les affaires externes, repose sur une logique globale de long terme. « Pour la Chine, ne pas s'ingérer dans les affaires internes signifie ne pas se fâcher. Le cas échéant, cette position serait de nature à faciliter un soutien des partenaires africains au sein des Nations-Unies », analyse t-il.

La bataille commerciale sino-américaine vue d'Afrique

Alors que l'Afrique continue de pâtir d'un manque d'investissements pour soutenir son développement, la Chine devrait encore renforcer son influence et maintenir ses efforts vers le continent, après la crise sanitaire. Le pays représentait « 3% des investissements étrangers en Afrique il y a 20 ans et dépassera 20% cette année » explique Patrick Dupoux, Directeur associé senior à BCG, qui souligne par ailleurs, l'originalité de sa logique d'investissement. « Les critères d'investissements européens ou américains reposent beaucoup sur le risque-pays alors que pour les Chinois, c'est presque l'inverse. Plus un pays est risqué, moins les acteurs seront nombreux et plus leurs opérations auront des chances d'aboutir », ajoute t-il.

« Le pays qui a disparu des parts de marché sur le continent, c'est les Etats-Unis qui représentaient entre 20% et 25% des investissements en Afrique il y a 15 ans et qui ne représentent plus que 15% aujourd'hui », rappelle-t-il enfin - des parts de marché en partie récupérées par Pékin-. Pourtant, l'image des Etats-Unis reste globalement positive sur le continent africain. Le baromètre Africaleads 2021 de l'Institut IMMAR révélait le 18 mars 2021, qu'ils représentaient le pays bénéficiant de la meilleure image auprès des leaders d'opinion africains l'année dernière (43%) (ndlr : tout comme l'année précédente), devant l'Allemagne (37%), le Canada (34%) et la Grande-Bretagne (28%), la Chine (22%) n'arrivant qu'en 5e position du classement...

Premier partenaire commercial de l'Afrique, la Chine a élaboré une stratégie précise pour étendre ses routes de la soie. « De nombreux pays africains ne profitent pas encore pleinement de cette amitié chinoise, faute de stratégie. Pourtant cela fait déjà plus de 40 ans qu'une élite africaine est formée en Chine », déplore Beaudouin Euloge Orou-Yerima qui conclue optimiste, que dans « cette confrontation géopolitique entre la Chine et les Etats-Unis, les Africains pourront tirer leur épingle du jeu ».

Les "Nouvelles Routes de la Soie", la Chine et le néocolonialisme en Asie du Sud

https://asialyst.com/fr/2021/01/22/nouvelles-routes-soie-chine-neocolonialisme-asie-sud-pakistan-birmanie/

Le port de Gwadar au Pakistan pourrait être utilisé comme base navale de la marine chinoise. (Source : Lowy Institute)

Par définition, le néocolonialisme est le fait de l’ancienne puissance coloniale dans un pays devenu indépendant. Mais dans une acception plus étroite, il pourrait tout à fait s’appliquer à l’entreprise pharaonique de la Chine, au moins à une partie des « Nouvelles Routes de la Soie », en Asie du Sud. La façon dont le financement d’infrastructures via des prêts hors des règles du marché permet à Pékin de s’accaparer le patrimoine économique d’un État est édifiante. En témoignent les deux exemples birman et pakistanais, souligne Olivier Guillard dans cette tribune.

Le 11 janvier dernier, les autorités birmanes et chinoises ont signé un protocole d’accord sur une étude de faisabilité d’une future liaison ferroviaire entre Mandalay, la deuxième ville birmane, au Nord, et Kyaukphyu, une ville portuaire située dans le fébrile État Rakhine (Arakan), théâtre d’une crise humanitaire majeure depuis l’été 2017. Le projet s’intègre dans les « Nouvelles Routes de la Soie » (Belt and Road Initiative, BRI), promues à tout rompre ces dernières années par Pékin. Au printemps dernier, les autorités chinoises avaient alloué à leur partenaire birman une enveloppe budgétaire de 5,5 milliards d’euros pour financer une vingtaine de projets d’infrastructures de ce type.

EN BIRMANIE, LES DESSEINS CALCULÉS DE LA BRI

*Des régions frontalières où l’état de droit est tout relatif, où se développe une pléthore d’activités illégales lucratives (trafic de drogue, casinos, jeux d’argent, activités criminelles diverses), principalement aux mains de ressortissants chinois peu scrupuleux.

Cette cohorte de projets s’inscrit dans l’expansion du China-Myanmar Economic Corridor (CMEC), un couloir économique sino-birman intégré à la BRI. Complexe, l’entreprise suscite en Birmanie, comme dans nombre d’autres pays d’Asie (Pakistan, Sri Lanka, Maldives ou Bangladesh), désormais autant de réserves que de controverses. Quand il n’est pas franchement question, à l’occasion, d’atteinte à la souveraineté, ainsi que s’en est récemment plaint le gouvernement birman, en dénonçant les velléités chinoises de construire une clôture high tech de 2 000 km de long à sa frontière sud, en violation du pacte frontalier sino-birman de 1961 stipulant « qu’aucune structure ne sera construite à moins de 10 mètres de la ligne de démarcation de part et d’autre »*.

Ces initiatives sino-centrées faisant à l’occasion peu cas de l’accord des autorités nationales compétentes – moins encore des populations locales touchées – sont également familières des habitants de Kyaukphyu en Arakan. Ces derniers déplorent un manque total de transparence de la part du gouvernement chinois, affirmant notamment que plusieurs chantiers ont été mis en branle sans le consentement du public et mettent en péril la subsistance quotidienne et l’environnement naturel d’au moins 20 000 personnes*.

* The Irrawaddy (Birmanie), 20 janvier 2021.

Les organisations locales de défense des droits de l’homme estiment par ailleurs que la Chine aurait profité de la pandémie de Covid-19 pour passer outre les consultations préalables avec les populations.

À ce jour, dans le cadre du Corridor sino-birman, le gouvernement chinois a « proposé » à Naypyidaw une quarantaine de projets. Une trentaine d’entre eux doivent encore être approuvés par les autorités birmanes, soudain – et enfin – conscientes de se retrouver au bord d’un péril budgétaire incarné par le très concret « piège de la dette ». Pour le très bien informé quotidien birman The Irrawaddy, la liste des projets portés par la Chine pourrait ensevelir, du haut de ses six milliards d’euros cumulés, la frêle économie birmane – qui se classe au 69ème rang mondial en 2020 et à la 19ème place en Asie-Pacifique. Un couperet fatal que les autorités birmanes souhaiteraient à tout prix éviter, quitte pour cela à mécontenter – dans une certaine mesure – le très irascible gouvernement de Pékin.

Dans leur prise de conscience tardive mais bienvenue, les autorités birmanes peuvent notamment « s’inspirer » des difficultés et risques auxquels est directement exposé un autre partenaire asiatique de Pékin embarqué lui aussi dans les méandres de la BRI par son voisin et allié stratégique chinois : la République islamique du Pakistan.

LE CAS DE GWADAR

« Depuis que la Chine a décidé que son expansion économique passerait par le port de Gwadar, dans la province pakistanaise du Baloutchistan, sur la mer d’Arabie, les autorités d’Islamabad se prennent à imaginer un avenir des plus prometteurs pour leur pays. Quitte à minimiser les obstacles sur cette route du développement », écrivait voilà trois ans Le Figaro. Gwadar, un élément central récurrent des projets de développement économique pakistanais de ces dernières décennies. Sa localisation stratégique, mise en perspective relativement tard, n’a, comme il se doit, pas échappé à la Chine.

Possession territoriale omanaise jusqu’à la fin des années 1950, Gwadar est une cité portuaire située sur le littoral sud-ouest du Baloutchistan, ouverte sur la mer d’Arabie, à environ 120 km de la frontière iranienne. Et donc à quelques centaines de miles nautiques à peine de l’entrée du très sensible détroit d’Ormuz dans le golfe Persique. Son port en eau profonde ouvre par définition des perspectives commerciales et stratégiques particulières pour qui se montre capable de les optimiser. Peu après l’entrée dans le XXIème siècle, le Pakistan entame – enfin – la valorisation de cet atout et lance la construction de la phase 1 d’un ambitieux complexe portuaire. Son développement prendra longtemps – comme souvent dans ce pays exposé à quelque fragilité de gouvernance politique, économique et sécuritaire – avec davantage de retard que d’élan.

Au printemps 2015, Islamabad et Pékin annoncent un projet conjoint pharaonique – au moins au niveau de ses ambitions, chiffres et investissements projetés. Ils impulsent enfin un élan décisif à la valorisat      ion de Gwadar avec le China–Pakistan Economic Corridor (CPEC). Au printemps suivant débute notamment la construction de la coûteuse Gwadar Special Economic Zone (GSEZ), dont la matrice générale s’inspire du modèle des zones économiques spéciales (ZES) développées depuis les années 1980 par la Chine. Comme le précise Courrier International*, si le port, encore en chantier, à Gwadar appartient à son Autorité portuaire, une entité publique pakistanaise. En revanche, sa gestion quotidienne ces quatre prochaines décennies incombe à la China Overseas Port Holding Company.

Le CPEC et ses 3 000 km relient à grand renfort de nouveaux axes routiers et ferroviaires, jalonnés de centrales électriques, Kashgar dans le Xinjiang, province du Nord-Ouest chinois, à Gwadar, à travers l’Himalaya, le Cachemire, les plaines et des déserts.

Un coup d’œil rapide sur Gwadar via Google Maps nous offre une idée assez précise du type de développement envisagé par les promoteurs du CPEC pour cette ville portuaire : complexes résidentiels haut de gamme, centres commerciaux, clubs divers et variés, complexes sportifs, zones commerciales et financières, une (smart) zone urbaine. Soit un puzzle élitiste amenant à s’interroger sur l’identité de ses véritables destinataires.

A-t-on pensé ici un seul instant aux habitants « ordinaires » de Gwadar ? De toute évidence, non. Alors que ce type de projet devrait générer des emplois – pour la population locale en premier lieu – et donc apporter mécaniquement, par redistribution, de la prospérité à toute la province du Baloutchistan, les plans concernant le « Gwadar 2.0 » ne semblent pas faire de place aux populations locales. Cette option « sélective » expliquerait les manifestations que les Baloutches organisent régulièrement à Gwadar et en d’autres lieux de la province. Gwadar et ses divers chantiers, symboles concrets et disputés du partenariat sino-pakistanais, cristallisent la rancœur des groupes séparatistes baloutches et subissent leurs attaques meurtrières* et destructrices, à l’image de l’attentat qui a fait 5 morts au printemps 2019 contre l’hôtel Pearl Continental – prisé notamment par les cadres chinois œuvrant sur ces chantiers. En décembre dernier, des informations selon lesquelles les autorités avaient décidé de clôturer la ville portuaire** ont été interprétées par la population locale comme une véritable tentative d’expulsion, pour servir en priorité l’avancée – laborieuse jusqu’alors – des chantiers et projets du CPEC***.

*Dont le détail peut être consulté ici.
**La composition de ce lieu de détente select est accessible sur son site internet.

GWADAR ET LA MARINE CHINOISE

Gwadar est important pour la Chine en ce qu’il permet notamment de relier le Xinjiang chinois enclavé à l’océan Indien. De plus, il se dit du côté de Gwadar que le port pourrait être utilisé pour l’accostage des bâtiments de la marine chinoise et que les pistes et infrastructures de l’aéroport international de Gwadar, en construction, pourraient quant à elles être ouvertes aux appareils de la Force aérienne chinoise.

Souhaitant lui aussi tirer des dividendes sonnants et trébuchants du développement de Gwadar, et ne pas laisser les bénéfices à la seule Chine, le gouvernement pakistanais s’emploie à attirer des investissements directs étrangers (IDE) dans les différents projets prévus pour la ville portuaire. À cette fin, la China Pakistan Investment Corporation (CPIC) Global Gwadar a été créée, avec des bureaux à Karachi, Londres et New York. « Nous sommes spécialisés dans les opportunités immobilières au sein du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) de 62 milliards de dollars, en particulier le port de Gwadar, qui se développe rapidement », annonce le site Internet de cette entité hybride. Il est intéressant de noter que le conseil d’administration du CPIC* compte notamment un général retraité de l’armée pakistanaise et un contre-amiral. Tout sauf un hasard, naturellement.

Du reste, des irrégularités existeraient dans l’octroi des autorisations pour les complexes résidentiels en construction à Gwadar. Certaines entreprises de travaux publics, qui œuvrent sur ces chantiers, ont des liens avérés avec l’armée pakistanaise. Cela n’a rien de vraiment surprenant, alors que le président de l’autorité du CPEC est un officier de l’armée pakistanaise, un lieutenant-général à la retraite. Il est par ailleurs notoire que la Chine est globalement mécontente du rythme de l’avancée de certains projets prioritaires du CPEC, dont celui de Gwadar. Cependant, juge Pékin juge, si ces projets sont gérés par des officiers supérieurs de la Pakistan army, la probabilité de les mener à terme est d’autant plus forte. Dans ce registre très « militaro-militaire », même les projets mineurs, tel ce Gwadar Club – « Le prestige n’a pas de prix », clament ses promoteurs -, révèlent une présence plus que substantielle des hommes en uniforme, des généraux étoilés essentiellement**.

Sans risque de se tromper, il est permis de penser la chose suivante : si le développement de la cité portuaire de Gwadar est un jour mené à son terme – sans garantie au vu des divers entraves (Sécuritaires, économiques, politiques, médicaux également avec la pandémie de Covid-19.) à cette entreprise -, davantage de Chinois que de Baloutches seraient bénéficiaires de l’opération, plus de généraux pakistanais, à la retraite ou non, que de pêcheurs du cru. Une aberration de plus, porteuse à terme de risques pour les autorités pakistanaises et la souveraineté nationale. Ce que ne sauraient naturellement ignorer Islamabad, siège du pouvoir politique, ni Rawalpindi, quartier général de l’armée pakistanaise.

Par Olivier Guillard

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Pourquoi je garde un œil sur Taïwan

 

Source : L'investisseur Tech <investisseur-tech@mail1.les-investisseurs.com>

Chers lecteur,

Lorsque les marchés boursiers sont en pleine effervescence et que je vois des valorisations qui n'ont pas beaucoup de sens, j'ai tendance à passer beaucoup plus de temps à réfléchir aux éventuels catalyseurs qui pourraient faire baisser les marchés.

Ce type de conditions de marché ne signifie pas que c’est imminent.

La réalité est que notre marché haussier peut se poursuivre pendant plusieurs années encore. Il est pratiquement garanti que nous aurons des niveaux records de stimulation (impression monétaire) au cours des trois prochaines années et que les taux d'intérêt resteront proches de zéro pendant cette période.

Les menaces de resserrement par la Réserve fédérale ne sont que des menaces. Elles n'ont aucun poids. Des mesures ne seront prises qu'en cas d'inflation galopante, point auquel il n'y aurait pas d'autre choix que de commencer à relever rapidement les taux d'intérêt dans l'espoir de maîtriser l'inflation. Les résultats d'une telle action seraient dévastateurs pour l'économie et les investisseurs.

Je ne pense pas que cela se produise dans un avenir proche, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'autres risques que nous devons surveiller.

L'un d'entre eux est Taiwan. La semaine dernière n'a pas été très encourageante.

Le week-end dernier, la Chine a marqué sa fête nationale en envoyant environ 80 avions de l'Armée populaire de libération (APL) pour sonder l'espace aérien de Taïwan. Et la semaine dernière, environ 150 vols militaires de l'APL ont pénétré dans la zone de défense aérienne de Taïwan.

Ce sont des niveaux records d'activité militaire. Ils sont provocateurs, déstabilisants, et très intentionnels. Et malheureusement, ils peuvent être un signe de ce qui est à venir.

Je mentionne ceci parce que si Taïwan devait être prise par la Chine, les ramifications pour l'économie mondiale et les marchés boursiers pourraient être dévastatrices. Taïwan est devenu un phare pour la paix en Asie et est absolument essentiel en ce qui concerne les chaînes d'approvisionnement technologiques et manufacturières.

L'industrie mondiale des semi-conducteurs s'appuie particulièrement sur Taïwan pour fabriquer des puces destinées à pratiquement tous les types d'appareils électroniques imaginables. Les semi-conducteurs fabriqués par Taiwan Semiconductor Manufacturing (TSMC) sont utilisés dans les smartphones, les montres, les ordinateurs portables, les consoles de jeux, les voitures et bien d'autres produits encore. Sans eux, ces produits ne pourraient tout simplement pas être fabriqués.

Et il n'y a pas que TSMC - il existe une longue liste d'autres entreprises taïwanaises qui sont des fournisseurs et des fabricants clés pour l'industrie des semi-conducteurs. Si des entreprises comme Apple, NVIDIA, Advanced Micro Devices (AMD), Qualcomm et bien d'autres ne peuvent pas obtenir leurs puces auprès de TSMC, le marché s'effondrera.

C'est pourquoi ces développements sont si critiques et préoccupants.

Je suis allé à Taiwan plus de fois que je ne peux m'en souvenir. Prendre un vol de l'aéroport Haneda de Tokyo à Taipei était pour moi aussi normal qu'un vol de Chicago à San Francisco. Quelques fois, j'ai même fait des excursions d'une journée à Taïwan lorsque mon emploi du temps le permettait.

Taïwan est un endroit fantastique, et j'ai toujours apprécié le temps que j'y ai passé. Une innovation technologique incroyable, une culture magnifique et des liens très étroits avec le Japon. Et le monde a besoin que Taïwan continue à prospérer et à innover de manière indépendante, sinon le risque systémique pour les chaînes d'approvisionnement mondiales sera tout simplement trop important.

Je suivrai cette affaire de près et, bien sûr, j'espère une issue pacifique. Mais je ne peux m'empêcher de penser que, du point de vue de la Chine, il n'y a jamais eu de meilleur moment pour frapper. Avec une administration américaine qui s'empresse de faire des courbettes au gouvernement chinois, la Chine voit certainement une opportunité.

Et Taïwan est sans aucun doute une prise qui apporterait non seulement plus de richesse et de croissance économique, mais aussi un pouvoir mondial et un contrôle absolu qui donnerait à la Chine un étau pour extraire ce qu'elle veut des pays du monde entier.

C'est pourquoi il est si important que la fabrication revienne à une structure décentralisée. Quels que soient les plans mis en place actuellement, ils doivent être accélérés. Sans cela, les risques sont tout simplement trop élevés.

Bibliographie