Journal 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2020, 2021, 2022, 2023, 2024, 2025
Dernière mise à jour
30-Sep-2026
Pour m'écrire, ou pour s'abonner à la liste de diffusion
Naza est coproduit par le journal The Guardian, JW Filmset le réalisateur Jonathan Glazer, et distribué en France et à l’international par mk2
Le documentaire s'appuie sur des enquêtes préalablement publiées par le magazine +972, Local Call et "20" The Guardian. Ces reportages portaient sur la surveillance israélienne, la collecte de renseignements et les systèmes automatisés ou assistés par l'intelligence artificielle utilisés pour identifier de suspects agents du Hamas et du Jihad islamique palestinien.
Parmi eux figure , un système qui aurait été utilisé pour passer au crible d'immenses quantités de données de renseignement et identifier ou prioriser des membres présumés d'organisations terroristes.
Selon son synopsis officiel, ce documentaire « dévoile en détail les mécanismes qui sous-tendent le massacre systématique et prémédité de civils palestiniens à Gaza par Israël »
Les réalisateurs du film et journalistes d'investigation, Yuval Abraham et Rachel Szor ont mis trois ans pour le réaliser. Ils avaient déjà réalisé en 2024 « No Other Land », parlant aussi du drame palestinien, qui avait obtenu un Oscar et aussi une très longue standing ovation. On remarque que c'est la coutume d'applaudir les reproches faits à Israël. Par exemple le 22 septembre 2026, Emmanuel Macron a fait à la tribune de l'ONU un tour du monde des plaies et des bosses, il a parlé de l'Ukraine, du Golf, de l'Afrique, de Trump, Poutine, et des chinois... et il a été interrompu une seule fois par des applaudissements, lorsqu'il a parlé de la Palestine .
Yuval Abraham et Rachel Szor, ont appelé leur film Naza. « Nous voulions entendre, avec le plus de détails possible, à quoi ressemblaient les mécanismes de mise à mort à Gaza, comment ils fonctionnaient », avait expliqué à l’AFP Yuval Abraham. NAZA a obtenu le 12 septembre le Prix spécial du jury.
« Naza » est l'abréviation militaire hébraïque dérivée de nezek agavi, qui signifie « dommages collatéraux ». Dans le processus de ciblage décrit dans le film, un chiffre « naza » représente une estimation des civils qui pourraient être blessés par inadvertance lors d'une attaque contre une cible militaire.
Signification littérale : En hébreu, nézek (נזק) signifie « dommage » ou « préjudice », et agavi (אגבי) signifie « accessoire » ou « incident ». L'expression complète se traduit donc littéralement par « dommage accessoire ».
Pour faire ce film, les réalisateurs ont montré 24 témoins anonymisés, composés de militaires et d'agents du renseignement israélien. On ne connaît ni leur nom, ni leur voix, ni leur visage. Le film entremêle ces entretiens anonymes avec des images d'archives, des discours officiels et des vidéos tournées par des civils palestiniens dans l'enclave. Mais ce n'est pas le fruit d'une enquête. On ignore où et quand ces drames se seraient produits.

Le documentaire "Naza" qui expose les crimes israéliens sera diffusé gratuitement en ligne en novembre, annonce fièrement Nouvelle Aube, média proche d'Erdogan, président turc très hostile à Israël. Mais le cas turc n'est pas unique le journal Haaretz annonce qu'il sera offert dans cinquante pays gratuitement en streaming. France2 avait aussi offert en son temps, le film commenté par Charles Enderlin sur l'éventuelle mort du petit Al Dura afin de justifier et d'encourager la seconde intifada, qui avait tué une foule d'innocents et conduit l'extrême droite au pouvoir en Israël.
En Israël ce film a été considéré comme une trahison. Des Juifs Israéliens ont craché sur Tsahal et sur le pays, ils sont des traitres ! l'opinion israélienne a été profondément choquée. Il faut savoir que Tsahal, l'armée de défense d'Israël. Contrairement à l'armée Française pendant l'Affaire Dreyfuss, est composée surtout d'appelés et de réservistes. C'est vraiment l'armée du peuple qui a un grand prestige, une réputation d'honnêteté qui manque cruellement au monde politique.
Le chef d'Etat major de Tsahal, Eyal Zamir, ordonne une consultation concernant le film "Naza" suite aux allégations portées contre Tsahal : "D'après ce qui a été publié jusqu’à présent, ce film ne critique pas l’armée israélienne et ne cherche pas à établir la vérité. Il repose sur des accusations de crime rituel, des distorsions délibérées de la réalité et de graves accusations mensongères contre des soldats et des commandants de l’armée israélienne."
Tsahal se plaint qu'on n'ait pas coopéré avec elle, qu'on ait diffusé le film sans qu'elle ait pu prouver que certaines allégations étaient fausses. En même temps une enquête interne sera menée non pas pour sanctionner les responsables d'éventuels crimes de guerre, mais pour connaître et punir les lanceurs d'alerte. Faut-il rappeler que si Tsahal exige la vérité il a interdit la présence des journalistes à Gaza ? Eyal Zamir, a ordonné d’examiner une éventuelle divulgation d’informations classifiées et d’envisager des suites juridiques contre les personnes impliquées. L’Associated Press rapporte qu’il a promis de retrouver les soldats qui ont coopéré au film.
Des manifestations très violentes ont eu lieu devant le domicile des parents des cinéastes, et sur Facebook en hébreu on a pu lire de nombreuses menaces de mort contre eux plus ou moins explicites.
En pleine campagne électorale, aucun parti n'a pris le risque de défendre ce film. Benjamin Netanyahu a annoncé vouloir promouvoir deux projets de loi : l’un afin de permettre le retrait de la citoyenneté à quiconque « diffame » les soldats israéliens, l’autre afin de multiplier par vingt les dommages‐intérêts susceptibles d’être demandés dans des actions en diffamation. « Nous les frapperons à la fois au portefeuille et dans leur citoyenneté, car ils n’ont pas leur place parmi nous ».
Par contre, à l'extrême gauche de nombreux cinéastes israéliens, plus de 1500, ont signé une pétition pour s'opposer à toutes les atteintes à la liberté de création parmi eux Nadav Lapid, Ari Folman ou encore Hagai Levi. Ils pensaient aux menaces de Miki Zohar, ministre de la cuture de retirer la nationalité israélienne à Yuval Abraham et Rachel Szor par ce que « Leur haine de soi brûlante constitue une trahison envers l’État »,
Sans attendre cette loi, les tentatives pour exclure ceux qui ne plaisent pas se multiplient, mettant en danger la liberté d'expression. Des requêtes sont été déposées pour interdire les listes électorales hors-normes. Contre les listes arabes qui ont été exclues par la commission électorale, contre les travaillistes, et la liste d'extrême droite des nationalistes religieux. A ce jour deux candidat député n'ont pas été admis à se présenter, il s'agit de Sami Abu Shehadeh et Ofer Cassif des arabes accusés de soutenir un soulèvement contre la République. La cour suprême devrait permettre à toutes les listes et à Ofer Cassif de concourir, elle tranchera sur le cas de Sami.
Tout cela montre bien que la majorité parlementaire du jour oriente le pays vers une démocratie illibérale, mais que ses tentatives sont entravées par l'obligation de conformité aux lois fondamentales. Retirer la nationalité ne sera pas facile légalement.

Michel Lévy