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Référundum en Turquie
Revue de Presse


Jeudi, 04-Mai-2017
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En Turquie, victoire étriquée pour l'hyperprésident Erdogan

 

 

Le oui au référendum ne l'a emporté qu'avec 51,3 % des voix, consacrant la coupure en deux de la Turquie. L'opposition conteste la validité du scrutin.

LE MONDE | 17.04.2017 à 06h41 • Mis à jour le 17.04.2017 à 10h32 |Par Allan Kaval (Diyarbakir, envoyé spécial), Marie Jégo (Istanbul, correspondante) etMarc Semo (Ankara, envoyé spécial)

C'est une victoire étroite, lourde d'inconnues, que celle remportée par Recep Tayyip Erdogan dimanche 16 avril lors du référendum , donnant au chef de l'Etat des pouvoirs sans précédent, lui permettant de contrôler l'exécutif mais aussi très largement le législatif et le judiciaire. Le oui l'a emporté avec 51,3 % des suffrages,  selon des résultats non encore définitifs. Loin du plébiscite escompté il y a encore quelques mois par celui que ses partisans appellent « reis » (le chef) et qui se sentait renforcé après l'échec du coup d'Etat militaire de juillet 2016. Près de 25 millions d'électeurs turcs ont voté pour les dix-huit amendements à la Constitution, soit 1,5 million de plus que ceux qui les ont rejetés.

S'adressant à plusieurs centaines de ses supporteurs réunis devant son palais de Tarabya, sur la rive européenne du Bosphore, M. Erdogan a évoqué une « victoire historique » en insistant sur le rôle « décisif » du vote des Turcs de l'étranger. « Le 16 avril est une victoire pour la Turquie pour ceux qui ont voté oui et pour ceux qui ont voté non », a-t-il clamé.

« Le pays a pris une décision historique », s'est félicité le chef de l'Etat, tout en mettant en garde tous ceux qui contesteraient le résultat de la consultation. « Tout le monde devrait respecter la décision de notre nation, en particulier nos alliés », a-t-il inisté alors que les Européens n'ont pas caché leurs inquiétudes sur une réforme constitutionnelle qui remet en cause nombre des principes de l'Etat de droit et notamment la séparation des pouvoirs.

Divisions internes accrues

Le caractère pour le moins étriqué de la victoire du oui représente un véritable camouflet pour l'homme fort de la Turquie. Le non gagne en effet dans les grandes villes du pays, à commencer par Istanbul, dont M. Erdogan fut le maire, et Ankara. C'est un signal fort car ces deux villes votent majoritairement depuis 1994 pour les partis islamistes, d'abord le Parti de la prospérité (Refah, dissous en 1998), puis, depuis 2002, pour le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan.

Les habitants de plusieurs quartiers d'Istanbul acquis au non – entre autres à Besiktas, du côté européen du Bosphore, à Kadiköy et à Maltepe, côté asiatique – sont descendus dans la rue pour protester contre la victoire du président. A Sisli et à Cihangir, d'autres partisans du non se sont livrés à un concert de casseroles depuis leurs fenêtres et leurs balcons, peu après l'annonce des résultats.

Ce retournement représente un avertissement pour le leader de l'AKP, qui disposait déjà d'un pouvoir sans équivalent depuis Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque. L'AKP et le MHP – le parti de la droite ultranationaliste dont le chef, Devlet Bahçeli, appelait aussi à voter oui – avaient rassemblé, lors des scrutins de novembre 2015, 63 % des électeurs d'Ankara et 62 % de ceux d'Istanbul. A peine 48 % des électeurs de ces deux métropoles ont voté pour le oui, soit une perte de plus de 10 points. Au sein même de l'AKP, cette concentration du pouvoir entre les mains d'un seul homme a suscité une réelle inquiétude.

Le référendum a accru les divisions du pays et la polarisation, toujours plus forte, entre partisans et adversaires de M. Erdogan. « Il a gagné officiellement, mais il a perdu politiquement », relève l'universitaire Ahmet Insel, directeur de la prestigieuse revue Birikim. Si, légalement, le président peut et va mettre en œuvre sa réforme constitutionnelle, sa légitimité est sérieusement écornée par le résultat du vote. « Une réforme d'une telle ampleur qui bouleverse les fondamentaux de la république ne peut s'appuyer sur une si courte majorité, de surcroît contestée », relevait, sur les ondes de CNN Türk, Murat Yetkin, directeur du quotidien Hürriyet Daily News.

La « légitimité du vote » en cause

L'étroitesse de la victoire du oui attise les polémiques sur les irrégularités du scrutin de la part de l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, laïque) et le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde). Le CHP, principale force de l'opposition, a annoncé qu'il allait demander un nouveau décompte de la moitié des bulletins en dénonçant des « actes illégaux ». La controverse porte sur les bulletins de vote non tamponnés par les scrutateurs présents dans les bureaux.

Quand le décompte a commencé, le Haut Conseil électoral (YSK) a fait savoir que les bulletins dépourvus de tampons seraient considérés comme valides, contrairement à ce qui prévalait jusqu'ici. Cette décision, véritable entorse à la pratique habituelle, a été prise « à la demande de représentants de l'AKP », a précisé Sadi Güven, le président du YSK. « Plus d'un million et demi de votes douteux ont ainsi été validés », a accusé Erdal Aksunger, un des vice-présidents du CHP. « Celui qui a pris le cheval est déjà parti », a lancé M. Erdogan, laissant entendre, par le biais de ce proverbe populaire, qu'il était trop tard pour contester quoi que ce soit.

Dans le sud-est du pays, à majorité kurde, et notamment dans les bastions historiques du HDP, le non l'emporte sans surprise mais sans éclat, avec des scores contrastés allant, selon les provinces, de 57,2 % à 72,6 % deLe scrutin de dimanche intervient après une série de bouleversements majeurs dont le mouvement kurde ne s'est pas relevé. En deux ans, il a eu à subir l'échec des guérillas urbaines menées par sa branche armée, qui s'est prolongé par la destruction ou la mise sous coupe réglée par les forces de sécurité de villes qui lui étaient acquises, des vagues d'arrestations massives au sein de son encadrement, l'emprisonnement du leader du HDP, la vitrine politique du mouvement kurde, le très populaire Selahattin Demirtas, et la perte de 80 des 102 municipalités kurdes dont il s'était emparé par les urnes au profit d'administrateurs nommés par l'Etat.

 

Vers un rétablissement de la peine de mort ?

Malgré ce contexte défavorable et une campagne qui n'a pas été menée à armes égales contre le camp du oui, la carte du non dans le sud-est dessine encore un territoire cohérent, à majorité kurde. « La victoire du non dans des régions kurdes montre qu'elles conservent leur identité politique, que nous existons en tant que Kurdes et que le changement constitutionnel n'est pas légitime », estime Osman Baydemir, porte-parole du HDP, ancien maire de Diyarbakir, la capitale officieuse des Kurdes de Turquie.

Cependant, le rejet du projet constitutionnel ne se confond pas avec un vote d'adhésion pour le HDP et la persistance d'une enclave kurde hostile au pouvoir ne vaut pas sécession. Au sein même de cette zone et bien que la mesure des irrégularités qui ont entaché le scrutin ne soit pas encore connue, les scores du non restent inférieurs à ceux obtenus par le HDP lors des élections de novembre 2015.

Si M. Erdogan gagne, il n'en est pas moins politiquement affaibli, y compris sur la scène internationale. La campagne électorale a fortement dégradé les relations entre le président turc et plusieurs dirigeants européens, dont la chancelière allemande, Angela Merkel, qu'il a accusée de « pratiques nazies » pour avoir refusé aux officiels d'Ankara de mener campagne dans son pays. Cela n'a pas empêché M. Erdogan de relancer les hostilités.

Face à la foule de ses partisans qui, à Istanbul, scandait des slogans en faveur de la peine de mort, le président turc, accompagné par sa femme Emine, a promis de « discuter au plus vite de ce sujet avec le premier ministre [Binali Yildirim] ».« Nous pourrions organiser un référendum », a-t-il lancé. Le retour en vigueur de la peine capitale en Turquie donnerait le coup de grâce au processus d'adhésion à l'Union européenne, déjà plongé dans un coma profond.

 

AU LENDEMAIN DU RÉFÉRENDUM EN TURQUIE, LA MAJORITÉ DES ISLAMISTES MAROCAINS APPROUVENT






http://quid.ma/politique/au-lendemain-du-referendum-en-turquie,-la-majorite-des-islamistes-marocains-approuvent#

 

 

Si Erdogan et ses partisans justifient leur démarche par la nécessité de rectifier une constitution adoptée au lendemain du dernier coup d'état de 1980 pour garantir la stabilité de l'Etat, le reste du monde observe avec réticence cette nouvelle réforme sur l'extension des pouvoirs du président turc.

La victoire du « oui » au référendum a fait écho au Maroc, surtout chez les dirigeants islamistes qui  semblent, eux, accueillir avec faveur cette réforme. Dans une déclaration à « Lakome2 », Mustapha Moatassim, l'ex-secrétaire général de Al Badil Al Hadari (Alternative Civilisationnelle), parti d'obédience islamiste dissout en 2007, a déclaré que « la démarche de Recep Tayyip Erdogan ressemble à celle de Rouhoullah Khomeini lorsqu'il a paralysé les capacités de l'occident et a frappé l'Etat profond en neutralisant ses organes, surtout ceux de la sécurité et de la gestion ».

Mouatassim a expliqué que la réforme menée par le président turc est indispensable, malgré la crainte de voir le pays sombrer dans la dictature totale, car « tout État traversant une période de transition a besoin d'une dictature nationale, comme a été le cas dans d'autres expériences internationales ». Concernant les islamistes marocains, le locuteur a souligné que les relations entre le PJD et la Turquie sont au beau fixe. La Turquie a accueilli les enfants de plusieurs militants pjdistes, le parti envoie également sa jeunesse ainsi que ses cadres suivre des formations là-bas. Moatassim a affirmé, de surplus, que les membres de Al Adl Wa Al Ihssan (littéralement Justice et Bienfaisance) sont également en bons termes avec la Turquie, grâce à leur ouverture sur le modèle soufi, notamment celui de Saïd Nursî.  

De son côté, l'historien Mohamed Jabroun et membre du mouvement Tawhid Wa Al Islah (Unicité et Réforme) a, lui, noté que « la transformation politique en Turquie n'est pas démocratique, les derniers résultats ont démontré l'existence d'une scission quant au document censé préciser la nature du système politique ». Il a également déclaré à « Lakome2 » qu'Erdogan a échoué à créer une entente entre les différentes composantes du pays. L'historien a fait savoir dans ce sens qu'il n'a pas apprécié la façon avec laquelle le président turc a instauré la nouvelle réforme constitutionnelle, et ce en se référant à l'opinion public, qui était d'ors et déjà divisée.

Jabroun a également affirmé que le message d'Erdogan ne sert pas l'évolution politique des islamistes dans les pays arabes, car il leur a donné l'exemple du leader qui une fois arrivé au pouvoir, écarte tous ses opposants. Il a, de surcroît, souligné que « le modèle d'Erdogan n'est pas un modèle démocratique attrayant », avant d'ajouter que le président turc «  a, à son tour, opprimé un autre mouvement islamiste, à l'image de l'oppression qu'exercent les systèmes arabes contre les islamistes ». « Comme nous condamnons l'autoritarisme dans le monde arabe, nous condamnons les dérives autoritaires de Erdogan », a-t-il précisé dans ce sens.

Pour sa part, Mohamed El Hamdaoui, président du comité des relations externes au sein du mouvement Al Adl wa Al Ihssan, a, lui, salué dans une déclaration à « Lakome2 » le résultat du référendum en Turquie, notant que cette réforme va permettre au parti de la Justice et du développement turc de concrétiser et de mettre en marche son projet de développement social et économique.  « C'est vrai qu'il y a aujourd'hui des peurs de voir le système en Turquie se transformer en un système politique monolithique, mais le parti de la Justice et du Développement a, depuis 2002 et jusqu'à présent, achevé de grandes réalisations politiques et économiques ».

C'est effectivement dans ce climat de crainte et de réticence que le monde observe le grand changement que va connaître le paysage politique turc dans un pays instable au fil de l'histoire, qui a connu depuis 1960 quatre coups d'Etat. Les relations entre l'Union Européenne et la Turquie risqueraient également de se dégrader, surtout avec l'intention d'Erdogan de faire voter un nouveau référendum sur le rétablissement de la peine de mort, une ligne infranchissable pour Bruxelles.

 

 

La dérive autoritaire et anti-européenne du néo-Sultan Erdogan

 

 

https://www.alexandredelvalle.com/

18, Avril 18, 2017

Le communautarisme turc s'est clairement exprimé lors des incidents du match de football Lyon-Besiktas, il ne faut pas le dissocier de la montée en puissance d'Erdogan. Car avec son referendum, plus que son pays, c'est bien l'Europe qu'il compte menacer.

En votant "oui" à la révision constitutionnelle, les électeurs turcs avancent vers un nouveau régime hyper présidentiel qui donne les quasi pleins pouvoirs au nouveau sultan adepte d'une synthèse islamo-nationaliste ».

Erdogan poursuit par là un triple objectif :

  • Achever ce qu'il a appelé lui-même le « changement de civilisation » de son pays, qui, en rompant avec la démocratie libérale et l'Occident « mécréant », va redevenir une Turquie autoritaire, islamique, néo-ottomane et réconciliée avec sa culture moyen-orientale;
  • Rester en place jusqu'à 2024 et être le dirigeant turc qui aura régné le plus longtemps à la tête de la Turquie, ceci afin de détrôner Atätürk, le père de la Turquie nationaliste moderne, dont il a démantelé progressivement, au nom des réformes européennes, tous les édifices laïques. 
  • S'emparer des pleins pouvoirs y compris judiciaires afin de bloquer définitivement les investigations judicaires concernant son implication (puis celle de son fils et de plusieurs ministres AKP) dans de graves affaires de corruption.  

Rappelons que ces investigations ont été l'œuvre de juges et policiers liés au mouvement de Fetullah Gulen, son ancien allié politique, qu'il a tenté de décapiter dès 2013 et qui s'est vengé en tentant un coup d'Etat en juillet 2016.

Le phénomène Erdogan autoritaire, qui a semblé décevoir et surprendre moult âmes européennes démocratiques n'est pourtant pas nouveau. Déjà, en juin 2013, lorsque les violents affrontements opposèrent les forces de l'ordre turques aux manifestants laïcs et de gauche qui dénonçaient un projet de réaménagement urbain d'Istanbul visant à détruire le parc Gezi de la place Taksim (haut lieu de rassemblement des démocrates et des minorités) pour y construire à la place la copie d'une ancienne « caserne ottomane », l'opposition laïque et progressiste, alors cible de plus de 2000 arrestations, dénonçait la dérive autoritaire d'Erdogan suspecté de poursuivre depuis des années son « agenda caché » islamiste. Atteint non seulement d'autoritarisme mais aussi de folie des grandeurs, Erdogan inaugura d'ailleurs, en octobre 2014, son palais présidentiel impérial sur mesure de 200.000 mètres carrés de style «néo-seljoukide» conçu pour rappeler la « grandeur du sultanat califat ottoman » qui couta aux contribuables turcs 500 millions d'euros. Depuis son ascension au pouvoir suprême au début des années 2000, le président turc n'a jamais caché son désir de devenir l'équivalent moderne d'un néo-sultan-calife, ni même son intention de faire réviser la constitution turque afin de s'auto-attribuer un pouvoir absolu.

    L'Europe concernée au premier chef  

Au-delà de l'enjeu crucial pour sa crédibilité et son leadership national et international, cet enjeu concerne l'Union européenne pour deux raisons au moins.  Premièrement parce que les dérives anti-démocratiques et répressions constatées en « représailles » au coup d'Etat manqué de juillet dernier (140 000 employés exclus de l'Administration, dont 40 000 en prison ; 55 députés objets de procédures judiciaires, 130 journalistes incarcérés ; Etat d'urgence permanent ; répression du parti pro-kurde HDP et de tous les opposants ; bombardements des régions kurdes ;  arrestations de milliers de professeurs, juges, militants des droits de l'homme, militaires, etc), ont achevé de persuader l'essentiel des pays-membres de l'Union européenne que l'adhésion de la Turquie à l'UE est de plus en plus improbable, sinon impossible.  Deuxièmement parce que la Turquie du sultan néo-ottoman Erdogan se comporte de plus en plus en « protecteur » des minorités turques en Irak, en Syrie, à Chypre, dans les Balkans, et même en Europe, où il a tenté ces derniers temps de mobiliser les Turcs et descendants de turcs afin qu'ils votent massivement pour lui lors du référendum, sachant que les électeurs turcs potentiels pro-Erdogan dans l'Union dépassent le millions et demi, ce qui peut faire la différence en cas de vote serré.  C'est dans ce contexte d'agenda électoral qu'a été déclenchée, il y a quelques semaines, la plus grave crise jamais survenue entre la Turquie moderne et l'Europe, lorsque des personnalités et ministres turcs pro-Erdogan venus prêcher (en Allemagne, Autriche, Suède ou Hollande) le oui au référendum sur les pleins pouvoirs d'Erdogan, ont été interdits de séjour ou de parole ou même reconduits à la frontière après l'annulation administrative de meetings.   

La colère du Grand Turc  

Frustré  de ne pas pouvoir mobiliser ses électeurs turcs européens, majoritairement pro-islamistes, le 7 mars 2017, l'homme fort de l'AKP (parti de la Justice et du développement, de tendance islamiste-nationaliste) au pouvoir depuis 2002, a répondu aux limitations européennes jugées « anti-turques », par l'invective, l'insulte, l'outrance et mêmes les menaces (« plus aucun Européen ne pourra sortir dans les rues en sécurité ».... Il accusa la chancelière allemande, Angela Merkel (pourtant plus que conciliante envers lui depuis l'accord sur les réfugiés syriens) de se « comporter comme les nazis » et « d'insulter la Turquie ». De même, lorsque le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlut Cavusoglu, a été interdit de discours aux Pays-Bas puis reconduit à la frontière de ce pays, le 13 mars 2017, alors qu'il venait plaider au sein de la diaspora turque en faveur du "oui" pour le référendum du 16 avril, Erdogan a répondu avec la même violence sur fond de propos anti-occidentaux en accusant la Hollande d'avoir des « pratiques nazies », « racistes et « islamophobes » et d'être la « capitale du fascisme, avertissant que les Hollandais « allaient en payer le prix »… Angela Merkel, qui a (contrairement à la France de François Hollande) exprimé sa solidarité envers La Haye et dont le pays a autorisé le 18 mars des manifestations kurdes pro-PKK, s'est vue à nouveau interpellée par Erdogan qui lui a lancé : « tu as à nouveau recours à des pratiques nazies », puis l'a accusé de « soutenir les terroristes » (sous-entendu les indépendantistes kurdes ayant trouvé refuge en Allemagne). Mieux, le néo-sultan irascible a carrément invité les Turcs et les musulmans d'Europe d'acheter de « belles voitures », de « faire beaucoup d'enfants », et de rester musulmans afin de devenir plus puissants encore en Europe, un « continent en train de pourrir »… ourtant, on sait bien que l'homme qui accuse la Vieille Europe d'être « nazie », « raciste » envers les musulmans ou « fasciste » est le protagoniste, depuis le milieu des années 2000, d'un radicalisme politique d'un type particulier, le « national-islamisme », qui emprunte systématiquement à la doxa d'extrême-droite la plus caricaturale : complotisme, xénophobie, antisémitisme, christianophobie, haine de l'Occident et des Kurdes. Par ailleurs, on ne rappellera jamais assez que le parti d'Erdogan est l'allié politique du parti néo-fasciste turc MHP (Parti d'Action nationaliste, pendant politique des très violents Loups Gris).  

D'évidence, l'attaque envers la vieille Europe post-totalitaire dont il connaît les failles (culpabilité), participe d'une « accusation-miroir », typique de la désinformation et de la guerre psychologique. Il serait temps que les Européens soient plus fermes, rappellent leurs ambassadeurs à la moindre provocation et exigent des excuses d'Ankara, à l'instar de Vladimir Poutine qui a su se faire respecter par Erdogan après la crise des avions russes abattus par l'aviation turque à la frontière syrienne en novembre 2015. Depuis, autant le Sultan respecte le Tsar russe qui lui a résisté qu'il méprise la chancelière allemande qui s'était couchée devant lui à plusieurs reprises et n'a pas été payée de retour pour sa patience maternelle…. Outre le fait que la crise euro-turque autour du référendum et des meetings pro-Erdogan interdits dans plusieurs pays européens a révélé la division et la vulnérabilité de l'Union européenne, insultée au plus haut niveau par le président turc, incapable de riposter de façon solidaire, et soumise au chantage-racket sur les réfugiés - qu'Ankara menace de laisser passer illégalement vers nos pays si les Européens ne se soumettent pas aux exigences turques sur l'adhésion et les visas – on a pu réaliser à quel point la Turquie néo-islamiste d'Erdogan a renforcé depuis les années 2000 sa main-mise politico-religieuse et culturelle sur les minorités turques d'Europe. Ce phénomène est fort inquiétant, car le but de Recep Taiyyp Erdogan n'est autre que d'empêcher l'intégration des Turcs d'Europe et en général des musulmans dont il entretient la paranoïa (thème de « l'islamophobie » ) et qu'il veut conserver comme des sujets et pièces-maîtresse de l'extension de la « profondeur stratégique » de son pays au-delà de ses frontières, ce qui relève de l'impérialisme civilisationnel et géopolitique pur et simple. 

  L'OPA sur l'islam d'Europe et de France 

C'est dans ce contexte d'ingérence turque-islamiste en Europe que le franco-turc Ahmet Ogras, actuel vice-président du Conseil Français du Culte musulman (CFCM) et président du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), s'apprête à devenir le président du CFCM, donc de l'instance suprême de l'islam de France, en succession du Marocain Anouar Kbibech. Rappelons pour la petite histoire, pour comprendre qui est Ogras, que ce dernier prône l'obligation pour les musulmanes de se voiler et a insulté Manuel Valls de « malade » durant l'été 2016 lorsque l'ancien ministre avait dénoncé le voile islamique et la burka. Patron d'une agence de voyage spécialisée sur la Turquie, Ahmet Ogras est marié à la cousine de l'épouse du président turc Erdogan, et son beau-frère, Ali Hasal, est employé au palais présidentiel d'Ankara au service d'Erdogan... Ahmet Ogras, plus connu pour son nationalisme pro-Erdogan que pour ses compétences théologiques, a d'ailleurs été l'homme d'Erdogan en Europe au sein de l'Union des démocrates turcs européens (UETD), succursale de l'AKP au pouvoir à Ankara. Il n'a cessé de faire publiquement l'apologie de Recep T. Erdogan, « grand démocrate », et a même tweeté : « nous sommes tous des soldats d'Erdogan »… En fait, Ogras a été placé à la tête du CCMTF par d'Ankara dans le cadre d'une stratégie offensive d'entrisme visant à écarter son prédécesseur, Haidar Demirhurek, jugé hostile à Erdogan. Depuis, il s'est imposé et est devenu le relais d'influence communautaire de la DITIB, la structure pilotée par le gouvernement turc chargée de gérer les communautés musulmanes turques en Europe. 

  Alors que l'Autriche (également violemment invectivée par Ankara et Erdogan) a décidé depuis deux ans, de reprendre en main la gestion de ses mosquées, centres islamiques et association éducatives musulmanes, notamment en interdisant l'immixtion de pays comme la Turquie ou les pays du Golfe, trop hostiles à l'intégration, la France a quant à elle laissé Ankara et son islamisme subversif étendre leur emprise sur les communautés turques sunnites hexagonales.
De même que la France de François Hollande a refusé de se montrer solidaire  des pays européens récemment menacés et insultés par Erdogan et a même autorisé le ministre turc des affaires étrangères et d'autres représentants d'Erdogan de participer à des meetings électoraux en faveur de la réforme autoritaire de la constitution turque, la France s'apprête à livrer cette fois-ci non plus seulement ses Français d'origine turque mais l'ensemble de ses citoyens musulmans et l'islam de France aux instances turques pro-AKP qu'un fidèle d'Erdogan va prendre le contrôle sous peu aux termes d'une véritable stratégie néo-ottomane d'ingérence théocratique que la Turquie ne tolèrerait jamais dans le sens contraire.

Il suffit de rappeler que l'Etat turc oblige les (rares) prêtres turcs à n'avoir aucune nationalité étrangère ni allégeance envers un Etat étranger, et que le Séminaire grec-orthodoxe de Hakli qui forme normalement les prêtres orthodoxes est fermé depuis 1974 et n'a jamais pu être rouvert, malgré les protestations des instances internationales et des pays occidentaux ou de la Grèce depuis des décennies.

Rappelons aussi qu'en Turquie,

  • - un citoyen turc n'a pas le droit de quitter l'islam et de se convertir ; - que les missionnaires chrétiens y sont régulièrement pénalement poursuivis, expulsés ou tués ; - que deux prélats catholiques italiens y ont été tués (Mgr Luigi Padovese et Padre Santoro) ;
  • - que le leader intellectuel de la communauté arménienne de Turquie, Hrant Dink, a été assassinée ;
  • - et que les fondations chrétiennes spoliées par les lois iniques (verlek vargisi) de 1942 et autres pillages d'Etat n'ont jamais réussi à récupérer leurs biens mobiliers et immobiliers confisqués malgré les réformes démocratiques dans le cadre de la candidature turque à l'UE.  
  • Enfin, les Alévis, secte minoritaire proche du chiisme laïque, n'ont aucune reconnaissance légale cultuelle et les non-musulmans n'ont pas le droit d'accéder aux postes de hauts gradés militaires ou de ministres…

C'est donc un pays qui ne traite pas les chrétiens et non-musulmans en égaux ; qui interdit toute ingérence des pays chrétiens (Grèce, Arménie, UE) dans la gestion du culte chrétien en Turquie, et qui a toujours sanctionné pénalement la reconnaissance du génocide des Arméniens qui donne des leçons de morale anti-islamophobe à la Vielle Europe et va contrôler l'islam de France…  

Source : http://www.atlantico.fr/rdv/geopolitico-scanner/derive-autoritaire-et-anti-europeenne-neo-sultan-erdogan-alexandre-del-valle-3019110.html

Résultats du vote au référendum des turcs de l'étranger

Source : Wikipedia anglais :
 
Pays
Oui
Oui(%)
Non
Non (%)
total 
Total Outremer
831 208
59.09%
575 365
40.91%
1 406 573
Allemagne
412 149
63.07%
241 353
36.93%
653 502
France
91 266
64.85%
49 475
35.15%
140 741
Pays Bas
82 672
70.94%
33 871
29.06%
116 543
Frontière 
52 961
54.17%
44 816
45.83%
97 777
Belgique
54 083
74.98%
18 044
25.02%
72 127
Autriche
38 215
73.23%
13 972
26.77%
52 187
Suisse
19 181
38.08%
31 193
61.92%
50 374
Chypre Nord
19 225
45.18%
23 324
54.82%
42 549
Royaume Uni
7 177
20.26%
28 247
79.79%
35 424
États-Unis
5 296
16.20%
27 397
83.80%
32 693
Canada
3 247
27.92%
8 384
72.08%
11 631
Danemark
6 604
60.63%
4 288
39.37%
10 892
Luxembourg
5 987
62.86%
3 538
37.14%
9 525
Suède
4 367
47.09%
4 902
52.91%
9 269
Arabie Saoudite
4 475
55.06%
3 653
44.94%
8 128
Italie
2 135
37.94%
3 492
62.06%
5 627
Norvège
2 193
57.20%
1 641
42.80%
3 834
Russie
833
26.02%
2 368
73.98%
3 201
Emirats Arabes
395
13.31%
2 572
86.69%
2 967
Azerbaijan
1 024
38.31%
1 649
61.69%
2 673
Finlande
558
28.45%
1 403
71.55%
1 961
Roumanie
824
44.64%
1 022
55.36%
1 846
Kazakhstan
636
41.41%
900
58.59%
1 536
Australie
596
41.82%
829
58.18%
1 425
Espagne
172
13.32%
1 119
86.68%
1 291
Qatar
241
18.89%
1 035
81.11%
1 276
Bulgarie
365
28.65%
909
71.35%
1 274
Bosnie and Herzegovine
750
61.83%
463
38.17%
1 213
Pologne
302
25.61%
877
74.39%
1 179
Turkmenistan
510
43.74%
656
56.26%
1 166
Japon
416
36.11%
736
63.89%
1 152
Liban
1 058
93.88%
69
6.12%
1 127
Macedoine
618
57.97%
448
42.03%
1 066
Ukraine
341
35.74
613
64.26%
954
Hongrie
232
25.75%
669
74.25%
901
Chine
213
23.77%
683
76.23%
896
Kyrgyzstan
499
57.36%
371
42.64%
870
Irelande
173
19.93%
695
80.07%
868
Algerie
356
43.00%
472
57.00%
828
Kowait
191
23.38%
626
76.62%
817
Grece
176
22.62%
602
77.38%
778
Kosovo
404
57.14%
303
42.86%
707
Georgia
285
40.66%
416
59.34%
701
Israel
284
43.43%
370
56.57%
654
Singapoure
284
44.31%
357
55.69%
641
République Tchèque
73
12.54%
509
87.46%
582
Oman
138
24.04%
436
75.96%
574
Bahrain
69
13.56%
440
86.44%
509
Jordanie
349
75.87%
111
24.13%
460
Egypte
259
59.00%
180
41.00%
439
Albanie
153
41.80%
213
58.20%
366
Soudan
240
65.93%
124
34.07%
364
Iraq
119
34.59%
225
65.41%
344
Afrique du Sud
126
36.84%
216
63.16%
342
Uzbekistan
169
53.65%
146
46.35%
315
Iran
121
45.32%
146
54.68%
267
Thailande
27
12.92%
182
87.02%
209
Nouvelle Zélande
32
17.68%
149
82.32%
181
   

ERDOĞAN S'INSPIRE DE LA STRATEGIE DE POUTINE
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
   

Recep Tayyip Erdogan a pris exemple sur son modèle, Vladimir Poutine, qui a progressivement affaibli un parlement aux ordres et consolidé les pouvoir du président. Rien ne prédestinait cet homme à chausser les bottes d'un dictateur turc. Il s'était lancé dans la politique en démocrate attaché au pluralisme et à la paix. Il avait engagé des négociations avec les Kurdes du PKK, avait défendu l'État de droit et la démocratie dans son pays avec pour seule référence un nationalisme poussé au paroxysme, fondé sur le seul succès populaire.

Mais en quinze années de pouvoir il a évolué pour s'ériger en nouvel Atatürk, non laïc et islamique, détenant le destin de son pays entre les mains. Le coup d'État raté de juillet 2016, avec 249 tués, l'a enjoint à faire tourner sa machine plus vite pour prendre de vitesse ses opposants et gouverner avec une main de fer. La manière forte est devenue son seul credo avec le renvoi de 97.000 fonctionnaires et la suspension de 37.000 autres, avec le placement en détention de 41.000 citoyens, l'ouverture de procès pour 1.094 prétendus mutins, la fermeture de 60 chaînes de télévision, de 19 journaux, de 29 maisons d'édition et de 5 agences de presse, accusés d'être favorables aux thèses de l'opposition. La presse libre a été neutralisée et ses membres réduits au chômage forcé. Cela a toujours été le rôle des dictateurs de museler leurs citoyens  mais, ce qui désole, la population suit les yeux fermés son leader et ce qui plus grave encore les Turcs vivant en Europe et pétris de démocratie ont voté en masse pour le nouveau dictateur. Il est vrai qu'ils sont eux bien à l'abri à l'étranger.

Son ancien premier ministre Ahmet Davutoğlu a mesuré le danger pour décider de rompre avec lui en février 2015. De manière indirecte, il avait proposé un projet de loi sur la transparence qui devait obliger tous les dépositaires de l'autorité à déclarer leurs ressources. Erdoğan était ainsi visé. 

Au cours du congrès de l'AKP, il s'est frontalement opposé à lui pour finalement démissionner. Des décisions importantes les ont séparés. Il n'avait pas admis l'ordre donné par Erdogan d'abattre l'avion de chasse russe. Dans un discours à Diyarbakır il marqua aussi un désaveu de la politique gouvernementale en déclarant que la question kurde ne pouvait être résolue uniquement par des moyens militaires..  


L'ancien président turc, Abdullah Gül, et l'ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu

En fait Erdoğit en 1993 en Russie lorsqu'il avait envoyé des chars tirer contre le siège du parlement soviétiquean, qui a fait tuer 249 turcs après le coup d'État manqué, s'est inspiré de ce que Boris Eltsine avait fa. Cela a permis aux Russes d'avoir un régime présidentiel autoritaire, ouvrant ainsi la voie à Poutine qui l'a consolidé.

      

Mais le referendum turc a prouvé la solitude du président. Sa soif de pouvoir l'a éloigné de ses amis historiques qui n'ont permis qu'une victoire étriquée, 51,4% des voix. Il aura du mal à réaliser toutes ses réformes constitutionnelles. Le Parti de la justice et du développement (AKP) est la force dominante de la politique turque depuis près de quinze ans, qui a compté de nombreux leaders mais qui ont en majorité décidé de se mettre en retrait de la politique d'Erdoğan.  Il n'est pas impossible qu'ils s'unissent à nouveau pour former un nouveau parti conservateur de centre droit, ce qui risque de gêner l'AKP pour le vote des amendements constitutionnels

  Un autre point fondamental a été constaté : le silence de l'armée pourtant garante de la Constitution. Elle a été décapitée et ses généraux emprisonnés. Elle n'a pas pris part à la campagne électorale. Le dernier coup d'État raté lui a enlevé toute crédibilité de pouvoir intervenir pour changer le cours de la trajectoire vers une dictature acceptée et vers des changements les plus radicaux dans l'histoire moderne de la Turquie, en particulier le rétablissement de la peine de mort qui sera appliquée aux officiers mutins. 

Erdoğan pourra dorénavant gouverner seul, nommer des ministres et des représentants du gouvernement, la moitié des membres de la plus haute juridiction du pays, d'émettre des décrets et de déclarer l'État d'urgence. Mais de nouveaux défis l'attendent en particulier avec les Kurdes. Le cessez-le-feu s'est effondré en 2015, et environ 2.000 personnes sont mortes depuis, dont près de 800 membres des forces de sécurité.
Erdoğan a perdu le soutien de la communauté kurde. Il aura besoin de son armée exsangue et de victoires décisives pour rehausser son prestige. Il risque de perdre le soutien des pays occidentaux qui voient d'un mauvais œil s'installer officiellement une dictature islamiste en Europe..

Israël considère ce vote comme une affaire intérieure à la Turquie et n'a pris de position officielle. La reprise des relations diplomatiques est toute fraîche pour la contrecarrer par des déclarations intempestives qui risquent de choquer les suceptibilités. En tout état de cause, les changements constitutionnels n'interviendront qu'en 2019 en Turquie. D'ici là, de l'eau aura coulé sous les ponts turcs. Wait and see

Jacques Benillouche

 

Ankara interdit les émissions TV de rencontres et congédie 4.000 fonctionnaires

29/04/2017      i24NEWS - AFP 
21:28:32
Écrit par   24NEWS - AFP
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours à Ankara, le 20 avril 2017
ADEM ALTAN (AFP/Archives)

"Ces programmes ne respectent pas l'institution de la famille et lui retirent sa noblesse et sa sainteté"

Le gouvernement conservateur turc a interdit les émissions télévisées de rencontres amoureuses et congédié près de 4.000 fonctionnaires, selon deux décrets publiés samedi en vertu de l'état d'urgence imposé après la tentative de coup d'Etat de juillet.

Ces décisions constituent les dernières actions dures des autorités à la suite de la victoire du président Recep Tayyip Erdogan lors du référendum d'avril qui lui a permis de renforcer ses pouvoirs.

Elles ont été annoncées aussi au moment où la Turquie a bloqué samedi l'accès à l'encyclopédie en ligne Wikipedia, selon Turkey Blocks, un organisme de surveillance en ligne.

Les 3.974 fonctionnaires révoqués comprennent un millier d'employés du ministère de la Justice et un millier d'autres dépendant de l'armée, selon le décret, qui donne le nom de tous les fonctionnaires concernés.

Parmi ceux qui sont révoqués de l'Armée de l'air, figurent plus de 100 pilotes. Près de 500 universitaires travaillant dans les institutions officielles ont aussi perdu leur travail.

Le 26 avril, la Turquie avait arrêté plus de 1.000 personnes et suspendu plus de 9.100 policiers dans le cadre d'une nouvelle purge contre ceux qui sont présentés comme des partisans du prédicateur réfugié aux Etats-Unis Fethullah Gulen, auquel Ankara fait porter la responsabilité du coup d'Etat avorté du 15 juillet dernier.

Au cours de l'état d'urgence mis en place depuis la tentative de coup d'Etat, 47.000 personnes ont été arrêtées et certains avancent que ces arrestations sont utilisées contre tous les opposants du président turc.

Dans un décret séparé publié au même moment, le gouvernement a décidé d'interdire les émissions télévisées très populaires de rencontres, en vertu de l'état d'urgence imposé après le coup d'Etat manqué de juillet. "A la radio et à la télévision, ce type de programmes dans lesquels les personnes sont présentées les unes aux autres pour trouver un petit ami... ne peuvent être autorisés".

Le gouvernement avait préparé ce type de mesures depuis plusieurs mois.

Le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus avait déclaré en mars que l'interdiction de ces émissions était en préparation, ces programmes ne respectant pas les traditions turques. "Il y a des programmes étranges qui mettent à la casse l'institution de la famille et lui retirent sa noblesse et sa sainteté", avait-il dit. "Si Dieu le veut, dans un proche avenir, nous allons y remédier grâce à des décrets d'urgence".

Les opposants du parti islamo-conservateur AKP (au pouvoir) expriment fréquemment la crainte que la Turquie penche vers un islam conservateur.

Mais les partisans de l'AKP répondent que les émissions télévisées de rencontres suscitent des milliers de plaintes chaque année et que l'interdiction est dans l'intérêt du public.

 

énigme Erdoğan

par Daniel Pipes
Australian
22 avril 2017

http://fr.danielpipes.org/17551/enigme-erdogan

Version originale anglaise: The Erdoğan Enigma
Adaptation française: Johan Bourlard

Je désigne le président turc Recep Tayyip Erdoğan comme étant le plus incohérent, le plus mystérieux et dès lors le plus imprévisible des grands dirigeants de la scène politique mondiale. La victoire qu'il a remportée lors du référendum de dimanche dernier le conforte officiellement dans ses prérogatives quasi-dictatoriales qui laissent la Turquie, le Moyen-Orient et le monde dans une incertitude plus importante que jamais.

Voici quelques éléments du casse-tête :


Le scrutin du 16 avril offrait une seule alternative : oui (Evet) ou non (Hayır)

Mystère 1 : la tenue du référendum. L'électorat turc a voté, le 16 avril, lors d'un référendum national extraordinaire qui n'a pas traité d'un sujet habituel – lancer un emprunt ou relancer un politicien – mais bien de changements constitutionnels fondamentaux affectant la nature même du gouvernement. Le pays doit-il continuer sur la voie de la démocratie défectueuse de ces 65 dernières années, ou centraliser le pouvoir politique au niveau de la présidence ? Selon la nouvelle configuration, le poste de Premier ministre disparaît et le président se retrouve détenteur d'un pouvoir immense surplombant le parlement, le gouvernement, le pouvoir judiciaire, le budget et l'armée.

D'une façon générale, les 18 changements constitutionnels proposés ont été vus par les Turcs comme une décision capitale. La célèbre romancière Elif Safak a dit ce que beaucoup de gens pensent en écrivant que le référendum turc « pourrait modifier le destin du pays pour les prochaines générations. » À l'issue du référendum, certains des opposants se sont mis à pleurer dans les rues. « La Turquie telle que nous la connaissons, c'est fini. C'est du passé. » écrivait Yavuz Baydar, un journaliste. La revue Defense & Foreign Affairs voyait le référendum comme ce qui serait peut-être « le changement le plus significatif et le plus transformateur pour l'Eurasie, le Moyen-Orient et certaines parties de l'Afrique depuis la chute de l'URSS en 1990-91. »


Certains Turcs opposés au référendum ont ressenti très durement leur défaite

Mais il y a un piège : voilà des années qu'Erdoğan détient les pouvoirs que le référendum est censé lui conférer. Il est le patron de la Turquie et peut faire plier le pays selon son bon plaisir. Quiconque – un caricaturiste, un patron de café, un Canadien – est accusé d'avoir « insulté le président » peut se voir infliger une amende ou se retrouver en prison. Un ancien Premier ministre ou président qui ose être en désaccord avec Erdoğan disparaît de la vie publique. Erdoğan est le seul à faire la pluie et le beau temps. Ce qu'il veut, il l'obtient. Qu'importent les subtilités constitutionnelles.

L'obsession d'Erdoğan de s'emparer officiellement d'une fonction présidentielle aux pouvoirs très étendus qu'il a déjà en pratique, cette obsession l'a poussé à voler une élection, à limoger un Premier ministre, à déclencher une quasi-guerre civile contre les Kurdes et à provoquer une crise avec l'Europe. Pourquoi dès lors s'est-il donné tant de mal pour si peu ?

Mystère 2 : les résultats du référendum

Erdoğan a exercé une pression énorme pour obtenir cette victoire capitale lors du référendum. Il a usé pleinement du contrôle qu'il possède sur la plupart des médias. Les mosquées ont été mobilisées. Selon les termes employés par une organisation internationale, des partisans du « Non » ont été, à plusieurs reprises, « confrontés à des interventions de la police alors qu'ils faisaient campagne, un certain nombre d'entre eux ont même été arrêtés sur l'accusation d'avoir insulté le président ou organisé des événements publics contraires à la loi. » Des opposants ont également perdu leur emploi, affronté le boycott des médias, subi des coupures d'électricité ou encore ont été passés à tabac. Une semaine avant le référendum, Erdoğan a même annoncé que ceux qui voteraient « Non » risquaient pour leur vie dans l'au-delà. Ensuite, selon une ONG suédoise, « la fraude électorale systématique et massive, les incidents violents et les mesures scandaleuses qui ont été prises » par la commission électorale « ont éclipsé le vote. »

Malgré cette situation, le référendum est passé avec un maigre et embarrassant 51,4 % de voix pour et 48,6 % de voix contre. Si le scrutin a été mené dans les règles, pourquoi Erdoğan a-t-il pris le risque de perdre et de réduire ainsi sa stature et son influence ? Si le scrutin a été arrangé – hypothèse tout à fait plausible quand on connaît les pratiques de son parti – pourquoi le vote favorable a-t-il été si bas et n'est pas monté à 60, 80 voire – pourquoi pas – 99 % ? La faible majorité de 51,4 % aurait pu d'une certaine manière inciter les partis d'opposition, soutenus par l'Union européenne et d'autres, à remettre en cause la légitimité du référendum, et à susciter des questions délicates dont Erdoğan aurait certainement préféré ne pas discuter.


Bachar el-Assad a remporté les « élections » syriennes de 2014 avec un résultat satisfaisant de 88,7 % des voix, mais que personne n'a pris au sérieux.

Mystère 3 : Gülen.

Sans raison, Erdoğan a rompu une alliance clé avec l'islamiste Fethullah Gülen, faisant d'un allié solide un opposant d'envergure nationale déterminé, qui a contesté la primauté d'Erdoğan et révélé sa corruption. Dans sa guerre politique contre Gülen, religieux musulman âgé vivant dans la campagne de Pennsylvanie, Erdoğan a affirmé de façon invraisemblable que le mouvement de Gülen avait planifié et conduit en juillet 2016 un prétendu coup d'État. Il a alors organisé une répression contre les disciples de Gülen et contre toute personne suscitant son déplaisir. Résultat : 47.000 arrestations, 113.000 incarcérations, 135.000 licenciements ou suspensions de travail et l'ombre de la « mort sociale » pour un nombre bien plus grand encore. Erdoğan est allé plus loin en demandant à Washington d'extrader Gülen vers la Turquie et en menaçant de rompre les relations s'il n'obtenait pas ce qu'il voulait : « Tôt ou tard, les États-Unis feront un choix. Ce sera soit la Turquie, soit Gülen. »

Pourquoi Erdoğan a-t-il cherché querelle à Gülen, créant ainsi le trouble au sein des rangs islamistes turcs et mettant en péril les relations avec les États-Unis ?

 

Mystère 4 : le purisme sémantique. L'Union européenne a permis à contrecœur aux 75 millions de Turcs de voyager sans visa dans son immense zone Schengen, un privilège qui pourrait donner à Erdoğan la possibilité d'expulser les réfugiés kurdes et syriens indésirables, sans parler de l'augmentation de son influence dans des pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas. L'UE a toutefois fait dépendre cet accès d'une redéfinition des lois antiterroristes turques en demandant de « réviser la législation et les pratiques relatives au terrorisme conformément aux normes européennes. » Erdoğan aurait pu faire cette concession insignifiante et arrêter tous ceux qu'il voulait sur la base d'autres motifs. Mais il s'y est refusé (« Il est impossible de réviser la législation et les pratiques relatives au terrorisme », a tonné l'un de ses ministres) et s'est ainsi privé d'une opportunité extraordinaire.

Mystère 5 : habile ou mégalomane. Devenu Premier ministre en 2003, Erdoğan a gouverné pendant huit années avec prudence. Il a accompagné une croissance économique remarquable, a adouci la direction de l'armée qui détenait le pouvoir ultime dans le pays et a poursuivi avec succès une politique du « zéro problème avec les voisins ». Contrairement au malchanceux Mohammed Morsi, qui s'est maintenu à peine une année en tant que président de l'Égypte, Erdoğan a contrôlé ses faits et gestes avec une telle habileté que, par exemple, pratiquement personne n'a trouvé à redire quand, en 2011, il a maté l'armée.

Mais ça, c'était avant. Depuis lors, Erdoğan s'est créé des problèmes à plusieurs reprises. Sans raison il a fait de Bachar el-Assad alors son meilleur allié dans la région (il fut un temps où les deux présidents et leurs épouses passaient leurs vacances ensemble) un ennemi juré. Il a fait abattre un avion de chasse russe pour devoir ensuite s'excuser platement. Il a perdu le projet de gazoduc transportant le gaz de Méditerranée orientale vers l'Europe.

Les couples Erdoğan et Assad passant des vacances ensemble, en des temps plus heureux.

En toute illégalité, il s'est fait construire sur un terrain protégé un palais d'une immensité folle, le plus grand jamais construit dans le monde depuis l'épouvantable Palais du Peuple de Nicolae Ceausescu à Bucarest. Dans une mascarade particulièrement ignoble, Erdoğan s'est affiché lors des funérailles du boxeur américain Muhammad Ali souhaitant y tenir un discours, offrir des cadeaux et avoir sa photo avec les membres de la famille pour finalement voir toutes ses demandes rejetées et être renvoyé chez lui.

Partout où il va, Erdoğan se fait des ennemis. En Équateur, ses gardes du corps ont menotté trois Équatoriennes pro-kurdes et brutalisé un parlementaire qui essayait de les protéger. Interrogé sur cet incident, le vice-président du parlement équatorien a répondu : « Avant l'agression du député par des gardes du corps d'Erdoğan, la population équatorienne ignorait tout de la Turquie. Personne ne savait ce qu'était un Turc ou un Kurde. À présent, tout le monde sait et se range naturellement du côté des Kurdes. Nous ne voulons plus revoir Erdoğan dans notre pays. »

Quelques-unes des victimes des services de sécurité d'Erdoğan en Équateur.

Qu'est-il arrivé au dirigeant habile d'il y a dix ans ?

Les soutiens islamistes d'Erdoğan laissent parfois entendre qu'il est en passe de s'autoproclamer calife. Alors que le centenaire de l'abolition du califat centré à Istanbul approche, il pourrait tenter l'expérience. Selon qu'il utilisera le calendrier chrétien ou le calendrier islamique, cela pourrait se produire le 10 mars 2021 ou le 4 mars 2024. C'est ici que vous aurez entendu parler de ça pour la première fois.

On ne peut que déplorer les réponses lâches et confuses adressées à Erdoğan par l'Occident. Angela Merkel a accepté que le comédien Jan Böhmermann soit traduit en justice pour avoir ridiculisé Erdoğan. Donald Trump a félicité Erdoğan pour sa victoire tyrannique et l'a récompensé en programmant une rencontre le mois prochain. Quant aux Australiens, ils attendent la fin des commémorations de Gallipoli.

Jan Böhmermann a été traîné devant le tribunal pour s'être moqué d'Erdoğan sur la télévision allemande.

Il est temps de voir enfin Recep Tayyip Erdoğan sous son vrai visage, celui d'un maniaque égocentrique, dictatorial, islamiste et anti-occidental, et de protéger ses voisins et nous-mêmes des dégâts qu'il est déjà en train d'occasionner ainsi que des problèmes, plus grands encore, à venir. Le retrait de l'armement nucléaire américain de la base aérienne d'Incirlik serait un pas dans la bonne direction. Mieux encore, il conviendrait de signifier à Ankara que, sans un changement d'attitude radical de sa part, c'est sa qualité de membre actif de l'OTAN qui est mise en péril.

DanielPipes.org