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L'Assassinat de Sarah Halimi
Revue de Presse


Jeudi, 06-Jul-2017
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trefle
   
 

Chronologie des dernières minutes de vie de Madame Halimi


 

 

 

La Police et l'assassinat en direct de Sarah Halimi.
Pour répondre à vos questions ,

Police secours a été appelée à 4h25.
4h28: 3 policiers de la BAC 64 sont sur les lieux: la famille leur jette les clés par la fenêtre.
4h35: ils sont rejoints par 3 autres de la BAC 64.
Ils sont 6 et appellent en renfort la BRI. Des voisins appellent aussi la police.
4h55: Arrivée de 22 hommes de la BRI: les voilà à 28.
28 hommes qui se posteront, après avoir erré pour certains : 
derrière la porte de la famille Diarra. 
Dans la cour pour deux d'entre eux. 
5h35 l'assaut est donné pour investir l'appartement, arrêter Traoré, et passer chez Sarah Halimi où ils découvrent la scène du carnage.
5h35: Sarah Halimi tombe aux pieds de la police dans la cour.
Des policiers entrent dans l'appartement de l'assassin pour y "chercher un drapeau de Daesh".
Pendant ces 70 minutes, une femme a hurlé, a appelé au secours, son assassin récitait des sourates: un enregistrement audio et tous les témoignages attestent des faits. 
Parfois il y a un zeste de rocambolesque dans le tragique. 
Une indignité suprême dans la lâcheté collective. 
"Ils attendaient donc des "ordres" qui ne seraient pas venus."

 

Cette vieille dame assassinée qui panique la communauté juive et dont on parle peu

Ce crime, perpétré à Paris, a suscité de vives réactions dans la communauté juive, pourtant, l'enquête n'a pas encore révélé s'il était de nature antisémite.

FRED TANNEAU / AFP

Lucie Attal-Halimi, que l'on connaissait dans la communauté juive orthodoxe comme Sarah Halimi, est morte mardi 4 avril au matin, peu après 5 heures, après avoir été poussée par la fenêtre de son appartement par un voisin. Elle habitait rue de Vaucouleurs, près du quartier de Belleville, dans le XIe arrondissement de Paris. Elle a été enterrée jeudi à Jérusalem. Elle avait 66 ans.

Vendredi matin, le procureur de Paris François Molins a reçu les responsables de la communauté juive de France pour leur assurer que ce drame, en l'état de l'enquête, n'est pas un meurtre antisémite, mais que cette piste sera aussi explorée, dans l'instruction qui s'ouvre. La scène en elle-même est étonnante. Le Grand Rabbin de France Haim Korsia, le Président du Consistoire central Joel Mergui, le Président du Fonds social juif unifié Ariel Goldman, le directeur général du Crif Robert Ejnès, reçus par l'autorité judiciaire pour être informés d'une enquête en cours, à laquelle rien ne les lie, sinon la confession de la victime? 

Le glissement de la République vers une gestion communautaire de la société se confirme: la mort récente d'un père de famille, Shaoyo Liu, tué chez lui par des policiers, avait été traité comme une affaire «chinoise», les autorités recevant des «représentants des communauté asiatiques»; désormais, à nouveau, les juifs, par leurs responsables représentés.

Mais il faut cela, pourtant, tant les communautés juives sont habitées d'une quasi-certitude: après Ilan Halimi, les morts de Toulouse et ceux de l'Hyper Cacher, l'antisémitisme a tué à nouveau en France. La mort de Mme Attal-Halimi est omniprésente dans les réseaux communautaires juifs, sur des sites spécialisés, et sur Facebook et Twitter. Rarement l'isolement du judaïsme français n'aura été aussi palpable: la presse généraliste parle à peine de ce drame, un fait divers de plus, que l'opinion publique ignore largement. Les juifs se retrouvent pour ainsi dire seuls avec une peur, dont ils ne peuvent douter, mais dont il n'est pas sûr qu'elle soit avérée.

Des rumeurs à démentir

L'affaire se déroule dans le XI arrondissement, dans un quartier populaire et cosmopolite. Le meurtrier s'appelle K.T., 27 ans, d'origine africaine, musulman. Il a un passé chargé de délinquance. Dans la nuit de lundi à mardi, après une dispute familiale, il laisse exploser sa rage dans son immeuble. Il pénètre chez des voisins, semble-t-il maliens, qui, effrayés, se barricadent dans une pièce de leur appartement. K.T. passe alors par le balcon pour entrer chez Lucie Attal-Halimi. Il va la défenestrer avant 4 heures du matin.

K.T. a été interné en psychiatrie après son arrestation, on attend sa déposition. On ne sait rien, en attendant, de sa folie ou de sa motivation. Pourtant, la nouvelle se répand vite, et avec elle la stupeur, la frayeur, et bientôt les rumeurs.

Lucie Attal-Halimi a travaillé pour la communauté juive orthodoxe qui s'organise autour de la synagogue de la rue Pavée, dans le Marais. La tradition religieuse veut que les enterrements aient lieu le plus rapidement possible après le décès; elle s'oppose aussi aux autopsies, par respect pour le corps de la personne disparue. C'est pour cette raison que des rabbins contactent d'abord Joël Mergui, président du Consistoire, l'instance religieuse de la communauté, pour qu'il intervienne auprès de la justice et de la police afin que le corps soit au plus vite rendu à sa famille. On ne peut éviter l'autopsie, inévitable en cas de meurtre. Mais chacun s'empresse pour que Lucie Attal-Halimi puisse être enterrée deux jours après son décès.

On pourrait en rester là, et attendre qu'une enquête judiciaire éclaircisse la tragédie. C'est impossible. On parle déjà de la malheureuse, dans la «judéosphère», et l'on s'interroge. En fait, on ne s'interroge pas. On est persuadé. Monsieur Mergui prévient les responsables politiques:

«Il faut que vous donniez des réponses, aussi vite que possible. L'inquiétude est telle qu'il faudra une parole officielle, forte pour dire ce qui s'est passé. Sinon, la communauté va penser que l'on cache la vérité.»

L'emballement 

La vérité? En quelques heures, une version s'installe, sans qu'aucun élément de l'enquête ne la corrobore. K.T. aurait été radicalisé. Il aurait lardé sa victime de coups de couteau. Il aurait crié «Allah Akbar» pendant le supplice. On parle, sur internet, d'un terroriste. C'est, pour ceux qui écrivent, une évidence. Le député Meyer Habib, qui représente notamment à l'Assemblée nationale les français d'Israël, relaie la rumeur sur sa page Facebook, parle d'un «voisin musulman (djihadiste?)» et glisse ainsi des condoléances aux amalgames: «On dit l'auteur déséquilibré. Évidemment! Un homme qui défenestre une femme l'est par définition. Mais il n'est pas irresponsable pour autant! Est-il djihadiste? Animé par l'antisémitisme qui gangrène une partie de la population arabo-musulmane? J'en ai peur (…). Onze ans après la mort d'Ilan, avec Sarah, le nom "Halimi" devient hélas un symbole dans la France de 2017. Celui d'une haine antisémite djihadiste qui tue. La même haine islamiste qui tue aussi des militaires, des policiers, des journalistes, des prêtres ou simplement, des Francais.»

De site en site, l'affaire s'installe ainsi, virale, validée par un élu, par des responsables, des journalistes. Elle ruisselle jusqu'en Israël, et, parallèlement, vers l'extrême droite en France. «Il ne fait plus guère de doute sur deux points, relaie ainsi le site Dreuzqui se revendique comme "pro-israélien". Premièrement, il s'agit bel et bien d'un assassinat motivé par un antisémitisme islamique et, deuxièmement, les autorités françaises font tout pour étouffer cet aspect pour des raisons évidentes à deux semaines du premier tour de l'élection présidentielle». «Au cri de "Allah Akbar" il tue une femme juive de 67 ans en la jetant du 3ème étage», titre ainsi le site ultra breton breizatao.com. «NOUS NE LÂCHERONS RIEN NOUS AURONS LA VÉRITÉ, TOUTE LA VÉRITÉ, QUE LA VÉRITÉ», proclame un activiste juif sur Facebook.

Les autorités juives accusées de masquer la vérité

Le pouvoir politique constate l'emballement. Joël Mergui et d'autres responsables juifs l'alertent. Matthias Fekl, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le Premier ministre, sont au courant. Que faire? Ne pas réagir serait alimenter l'idée que l'on cache quelque chose. Mais répondre officiellement aux responsables communautaires serait accréditer l'idée d'un acte anti-juif, ce que rien alors ne semble corroborer. Les autorités informent, elles démentent en off ce qui se raconte de plus horrible. Sont-elles entendues? Mercredi, le CRIF publie un communiqué pour combattre les rumeurs:

«Nous avons vérifié les informations concernant l'éventuelle radicalisation de l'auteur des faits, une intrusion dans la chambre à coucher de la victime et des coups de couteau donnés à Sarah Attal-Halimi auprès de la Préfecture de Police, c'est FAUX.»

Les lettres majuscules n'y font rien. Aussitôt, des internautes accusent le CRIF de se coucher devant le pouvoir, et de masquer la vérité. Certains commentaires sont immondes: «Le CRIF remplirait-il le rôle que le Judenrat tenait à une autre époque», peut-on lire dans la fachosphère, où l'on compare l'organisation aux conseils juifs mis en place par les nazis au temps de la Shoah.

Rien n'y fait donc. Les responsables de la communauté disciplinent leurs doutes: «On peut être à la fois un déséquilibré et un antisémite», soupire Mergui. Ils sont garants du calme et de la raison. «On a besoin d'une parole publique officielle», plaident-ils. 

Ils obtiennent la promesse d'une rencontre avec le préfet de Police, qui devient, après réflexion, un rendez-vous avec le procureur Molins, puisque la justice a pris le dossier. Ils y vont donc, sachant aussi que les plus anxieux des leurs refuseront de les croire, s'ils résistent à la panique ambiante. «L'enquête ne peut avoir lieu sur les réseaux sociaux», disent les représentants communautaires. En vain? Quinze années de «nouvel antisémitisme» et les morts du terrorisme ont eu raison de toute circonspection. 

Dans un terrible isolement, ignorée du reste de l'opinion, la communauté juive se persuade qu'il n'est que malheur. Dimanche prochain, une «marche blanche» se tiendra à Belleville, soutenue par les organisations communautaires juives, pour réclamer une vérité qui n'existe peut-être pas: que Sarah, Lucie Attal-Halimi n'est pas morte de la folie d'un voisin, mais d'une haine éternelle. Est-ce le cas? Vendredi matin, devant les responsables juifs, François Molins a confirmé qu'on a entendu K.T. dire «Allah Akbar» après la mort de sa victime. Le procureur ne confirme pas l'antisémitisme, ni ne l'exclut. Comment savoir? À quoi ressemble le ghetto, qu'est-ce qui vous enferme? Ceux qui vous haïssent, ou la peur qu'ils font naître en vous, qui devient vous?

L'article a été mis à jour le 7 avril 2017 avec des informations sur la rencontre des responsables de la communauté juive avec le procureur de Paris François Molins.

 

"Elle s'appelait Sarah"... Halimi

 

 11/04/2017 12:18 CEST | Actualisé 11/04/2017 12:26 CEST
Nos grands médias pourtant si bavards n'ont pas encore relaté ce terrible meurtre
commis mardi dernier à Paris.

YULIA-IMAGES VIA GETTY IMAGES
"Elle s'appelait Sarah"... Halimi.

st ce le résumé de tout ce que je veux écrire?

Est-ce un titre ? Un chapô, une prémonition, une conclusion, une chute?

Elle s'appelait Sarah Halimi et ces deux noms cognent un peu trop fort à nos mémoires.

Certains réclament vengeance, d'autres sont en prière. Peut être nous faut-il des mots, ceux qui manquent. Dramatiquement, incompréhensiblement. A ce jour, pratiquement seule la presse "communautaire " en a parlé. Dans la colère, voire l'outrance, souvent, hélas.*

Nos grands médias pourtant si bavards, si prompts à décrire les frasques sexuelles d'un homme politique ou les confidences aigries d'une femme trompée... Cette presse si friande de petits riens et autres phrases débiles glanées au milieu de discours politiques, ces médias dont beaucoup auront apporté leur pierre à cette drôle de "décivilisation" qui nous défait tous lentement mais sûrement, ceux-la n'ont pas encore relaté ce terrible meurtre commis mardi dernier à Paris dans le 11e arrondissement.

Sarah halimi, médecin et directrice de crèche a été assassinée dans la nuit de lundi, battue puis défenestrée vivante de son balcon du 3 e étage Que ceux qui croient revoir une triste scène du Pianiste de Polanski quittent la salle et rangent leur paranoïa ... à moins qu'avec de Niro, on puisse redire sa réplique "n'oublie pas que même les paranos ont des vrais ennemis..."

Et ces ennemis tuent encore. Son assassin est un jeune homme de 27 ans, un voisin "déséquilibré". Certains n'ont mentionné que sa religion "musulman" car, à leurs yeux, cela devrait immédiatement signer le crime... D'autres ont écrit un peu vite qu'il parlait arabe, ce qui est peu probable chez cet homme d'origine africaine. D'autres ont parlé de coran brandi, de coups de couteau, ce qui n'est pas avéré. Mais des voisins auraient bel et bien entendu Alalou Akbar, le fils de Sarah aurait évoqué d'autres agressions, des insultes antisémites répétées. Aicha une voisine de Sarah, rencontrée dimanche à la marche tient pourtant à me dire : "vous savez, on vit tous ensemble finalement" et elle me murmure : "c'était un drogué, il insultait tout le monde"... Une enquête est en cours. Le procureur de Paris, François Molins a répondu aux inquiétudes en acceptant d'échanger sur l'enquête en cours. Il a expliqué qu'à ce jour, il était "impossible" de savoir s'il s'agissait "d'un acte antisémite ou pas". Dans le "ou pas" se loge désormais la vigilance républicaine dont on doit se féliciter. Selon lui, rien ne permet de retenir le caractère antisémite et rien ne permet de l'exclure.

Avant d'entrer par le balcon de sa voisine, le meurtrier aurait d'abord tenté de pénétrer chez ses voisins maliens ... Voilà qui fragilise la thèse d'un meurtre antisémite prémédité. L'histoire devrait-elle pour autant s'arrêter là ? N'aurions-nous le choix qu'entre la "désinformation" et le silence? Quel est ce non lieu qui vient contrer les "rumeurs". Quel est ce nom "juif" qui toujours excède, un nom qui, s'il n'est pas crié doit vite être effacé? Et si la vérité était au milieu? Et si la judéité de Mme Halimi avait été une circonstance aggravante, un accélérateur de déséquilibre? La chose hélas ne serait pas nouvelle. Peut être n'en saurons-nous jamais rien. Pourtant même s'il s'agit d'une femme anonyme défenestrée par un assassin sans nom, ce crime atroce et pour le moins singulier aurait peut-être mérité une indignation et un traitement médiatique autre. Il m'est difficile d'oublier que la défenestration d'un chat, l'an dernier, avait alors bien davantage fait couler encre et larmes...

J'étais dimanche à la marche blanche, bouleversée par la dignité pleine de chagrin de ces Juifs du quartier pour la plupart. Étonnée et rassurée encore une fois de l'écart qui existe entre la "décence ordinaire" de ces gens dont parlait si bien Orwell et les gesticulations de certains "représentants" et autres irresponsables communautaires. Plus de mille personnes endeuillées ont défilé, la plupart tenaient une rose blanche que nous sommes allés déposer dans le jardin intérieur de l'immeuble, là où Sarah a trouvé la mort.

Certains portaient des pancartes : "Nous sommes trop gentils, souvenons-nous de Varsovie". Le passé est décidément trop lourd, la longue solitude juive que j'ai un peu racontée* trop présente encore pour que l'on puisse se satisfaire d'un entrefilet dans la presse. D'un "circulez y'a rien à voir".

Il y a à voir, à informer à essayer de comprendre, peut être même à y renoncer, il y a à s'interroger et surtout il y a à pleurer.

* Le Crif, face à de folles rumeurs aux relents parfois nauséabonds a choisi, avec une grande dignité, la prudence.

*Auteur de "Que sont mes amis devenus: les Juifs, Charlie puis tous les nôtres" aux éditions le bord de l'eau.

 

 

« Lettre ouverte à Gérard Collomb : d'Ilan à Sarah Halimi, la France indigne »


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SourceATLANTICO, 25 mai 2017. par Alexandra Laignel-Lavastine

« Dix ans plus tard, nous en sommes donc au même point. D'un Halimi à l'autre, d'Ilan à Sarah, nous sommes même devant un cas d'école auquel ceux qui scrutent l'inconscient collectif et ses pathologies seraient bien inspirés de s'intéresser. »

Monsieur le ministre,

Une femme juive, médecin, surprise dans son sommeil, est atrocement torturée pendant plus d'une heure. Elle a 65 ans et elle vit dans un modeste immeuble du XIème arrondissement de Paris, rue Vaucouleurs. Le meurtrier, qui s'introduit chez elle par le balcon, s'acharne avec une violence inouïe sur sa victime, provoquant une vingtaine de fractures au corps et au visage, avant de la défenestrer, agonisante, du troisième étage. Pendant ce temps, la police (aussitôt prévenue) est sur le palier. Les trois hommes armés n'interviennent pas.

Les voisins (plusieurs dizaines de personnes) entendent ses hurlements. Ils ne bronchent pas. Les médias nationaux sont alertés. Ils n'enquêtent pas et passent le meurtre sous silence. Elle s'appelait Sarah… Sarah Halimi.

Cette scène épouvantable ne s'est pas déroulée en 1942, avant ou après la Rafle du Veld'hiv, mais… dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 aux cris de « Allah Akbar », dans un minuscule HLM situé à quelques encablures du Bataclan. Une marche blanche à sa mémoire sera organisée le dimanche d'après à Belleville. Elle s'est heurtée à des « Mort aux Juifs ! » de la part de jeunes des cités avoisinantes, certains ajoutant : « On a nos kalach ! ». Dans la foulée, le procureur de Paris, François Molins, s'est empressé d'expliquer qu'il fallait attendre le résultat de l'enquête avant de se prononcer sur la nature du crime. Sait-on jamais : une femme juive âgée sauvagement massacrée par un vigoureux islamiste de 27 ans au lourd passé de délinquant (condamnations multiples pour trafic de drogue et violences) pourrait bien relever d'une simple querelle de voisinage… D'autant que le criminel, Kada Taoré, d'origine malienne, la traitait régulièrement de « sale juive », si bien qu'elle avait confié à son entourage la crainte qu'il lui inspirait. « Nous sommes en guerre », annonçait Manuel Valls le 13 janvier 2015, « pour que les musulmans n'aient plus honte et pour que les Juifs n'aient plus peur ». Remarquable bilan.

Vous venez donc, Monsieur le ministre, de prendre vos fonctions dans un pays où il est redevenu possible d'assassiner des Juifs sans que nos compatriotes ne s'en émeuvent outre mesure. À cet égard, vos prédécesseurs, de droite comme de gauche, ont eux aussi préféré ne pas regarder plus loin que le bout du balai avec lequel ils enfouissaient la poussière sous le tapis. Aucun n'a été à la hauteur. Le serez-vous ? Ce dimanche 21 mai, sur la chaîne de télévision i24News, le frère de Sarah Halimi déclarait avec une extraordinaire dignité : « J'ai attendu sept semaines avant de m'exprimer. Le silence de mort qui continue d'entourer l'assassinat de ma sœur est insupportable ». Un fait divers ? Même pas. Dans l'atmosphère déliquescente qui règne au pays de Dieudonné, pour qui « les Juifs sont des chiens » (on se tord de rire), il faut croire qu'un chien écrasé mérite effectivement plus d'attention qu'une Juive assassinée.

En votre âme et conscience, je sais, Monsieur le ministre, que vous partagez ce diagnostic. Je me souviens vous avoir accompagné en Roumanie au début des années 90, peu après la chute du communisme, pour y promouvoir la démocratie, en général assez peu compatible avec l'antisémitisme. À l'époque, nous nous inquiétions ensemble de voir certaines élites d'Europe de l'Est renouer avec leur vieille passion antijuive. Mais voilà que la judéophobie qui fait désormais couler le sang en Europe ne vient plus de l'extrême droite : elle est de facture musulmane.

Beaucoup plus embarrassant… Malgré cette mutation, je me prends à espérer que votre fermeté et vos convictions d'alors sauront arracher la France d'aujourd'hui à son somnambulisme. Car comme le remarque l'un des deux avocats de la famille Halimi, Maître William Goldnadel, « le meurtrier aurait été blond aux yeux bleus, toute la France serait descendue dans la rue. Il est islamiste, toute la France rase les murs ».

C'est ainsi que de ce crime antisémite, il ne fut pas question pendant la campagne présidentielle. Quant aux journalistes, qu'on a vu autrement plus zélés dans l'« affaire Théo », tous se sont mis au garde-à-vous — une première ! — devant les appels à la prudence de Monsieur le procureur. Hormis la presse juive, seul un journal texan en a parlé. Or, le rapport de police vient de tomber et les avocats ont tenu une conférence de presse ce lundi 22 mai pour s'étonner de la « chape de plomb » qui pèse sur cette affaire. De fait, l'enquête confirme ce que nous savions déjà sur le calvaire de la malheureuse. En pire. Son bourreau l'a massacré en récitant des sourates du Coran et en la traitant de « Satan » en arabe (l'attaque a été enregistrée par un voisin). Après l'avoir achevée à la barbe des trois policiers de la Bac présents dans l'immeuble dès 4 heures, mais qui attendaient… des renforts, le tueur est repassé chez les voisins par le même balcon et s'est remis à prier. Les renforts sont arrivés. L'interpellation a eu lieu à 5 heures 35. L'homme n'a pas résisté. Sarah Halimi, elle, gisait, morte, sur le trottoir.

Ces faits sont gravissimýhes. Mais on trouve une fois de plus, contre vents et marées, le moyen de se rassurer à bon compte. Tout comme le massacreur de Nice, le djihadiste de Belleville serait « fou ». Ouf, on respire ! À ce titre, et parce qu'il était un peu « exalté », les policiers ne l'ont pas incarcéré, mais envoyé dans un hôpital psychiatrique où il est toujours soigné au frais du contribuable. Dans ce domaine, on ne lui connaît toutefois aucun antécédent.

Vous vous souvenez peut-être, Monsieur le ministre, que ce déni a déjà tué sur le sol français. Ou comment ne tirer aucune leçon des errements policiers durant la séquestration (23 jours) du jeune Ilan Halimi, kidnappé, martyrisé et assassiné parce que Juif par le Gang des barbares en 2006. Le quai des Orfèvres s'était entêté à suivre la piste, absurde mais moins dérangeante, d'un règlement de compte entre bandes. Le patron de la PJ lui-même n'en démordait pas, y compris après la capture de youssouf fofana qui s'était tranquillement enfui en Côte-d'Ivoire (où des agents du Mossad l'arrêteront) : Il n'y a pas et il ne saurait y avoir d'antisémitisme en France !. Pas de chance, la justice retiendra l'antisémitisme comme circonstance aggravante.

Dix ans plus tard, nous en sommes donc au même point. D'un Halimi à l'autre, d'Ilan à Sarah, nous sommes même devant un cas d'école auquel ceux qui scrutent l'inconscient collectif et ses pathologies seraient bien inspirés de s'intéresser. Vous aussi, M. le ministre, et de très près. Deux Juifs suppliciés dont la mort aurait pu être évitée avec un brin de jugeote, cela commence à faire beaucoup. Alors oui, c'est insupportable et c'est désormais votre affaire. C'est insupportable pour les Juifs, mais cela devrait l'être plus encore pour les non-Juifs.

Du moins dans une démocratie « normale » et bien portante. Car la recrudescence de l'antisémitisme constitue toujours un baromètre infaillible s'agissant d'évaluer la santé morale d'une société. Or, qu'avons-nous sous les yeux en 2017 ? La haine autorisée et le passage à l'acte décomplexé des uns. La cécité volontaire et l'approbation, silencieuse ou joyeuse, des autres. Et, last but not least, la tragique indifférence du plus grand nombre.

Il est vrai que si le bourreau n'avait pas le bon profil, la victime non plus. À cet égard, auriez-vous remarqué, M. le ministre, l'étrange phénomène que voici ? Aussi longtemps que nos barbares de fabrication locale ne tuaient que des Juifs — Ilan Halimi en 2006, les enfants de Toulouse en 2012, un couple au Musée juif de Bruxelles en mai 2014, des gens faisant leurs courses Porte de Vincennes en janvier 2015, la réplique de Copenhague juste après et déjà oubliée, ce n'était pas bien grave. Ils devaient quand même être un peu « coupables » puisque cela fait deux mille ans qu'on le dit. Dans le lot, il y avait certes quelques soldats « arabes » et autres journalistes « islamophobes » qui l'avaient peut-être un peu cherché. On n'allait pas en faire une histoire. Mais au Bataclan, des « Français innocents », pour reprendre le lapsus de Raymond Barre après l'attentat antisémite de la rue Copernic en 1980, c'était inacceptable ! Ce refrain, sans que ceux qui l'entonnent pensent nécessairement à mal, nous y avons eu droit sur tous les tons au lendemain du 13 novembre : « Mais pourquoi nous ? Pourquoi la France ? Pourquoi des innocents ? ».

Et pourquoi s'arrêter en si bon chemin au beau milieu du sanglant été 2016 ? Le 31 juillet, une tribune signée par une centaine de personnalités musulmanes procédait ainsi à une soustraction bizarre. Elles réclamaient une réorganisation de l'islam de France « après l'assassinat de caricaturistes, après l'assassinat de jeunes écoutant de la musique, après l'assassinat d'un couple de policiers, après l'assassinat d'enfants, de femmes assistant à la célébration de la fête nationale, aujourd'hui l'assassinat d'un prêtre célébrant la messe ». Cherchez l'erreur… Tous les attentats récents étaient énumérés, sauf ceux ayant visé des Juifs, collectivement massacrés ou individuellement poignardés et blessés. Sans doute par distraction. Des réactions outrées ? Si peu…

Que comptez-vous faire, Monsieur le ministre, pour secouer cette terrifiante apathie ? Il ne suffira pas, cette fois, de briser les avertisseurs d'incendie, forcément « néo-réactionnaires », pour que le feu s'éteigne de lui-même. Un tour de passe-passe où nos bien-pensants de service s'illustrent depuis 2002. À moins que vous ne choisissiez d'avoir tort avec les djihadistes plutôt que d'avoir raison avec les réalistes ? On ne s'en sortira pas non plus à pratiquer la pensée magique et à communier dans ce catéchisme antédiluvien selon lequel le Mal ne saurait en aucun cas surgir du camp du Bien, celui des anciens « damnés de la terre ».

Alexandra Laignel-Lavastine
Docteur en philosophie, historienne des intellectuels européens au XXème siècle face aux totalitarismes, spécialiste de la Shoah, universitaire, essayiste, traductrice,  longtemps critique au quotidien Le Monde, Alexandra Laignel-Lavastine a reçu le Prix de l'Essai européen en 2005 pour Esprits d'Europe (Calmann-Lévy 2005), un hommage aux dissidents de l'Est ; et le Prix de la Licra 2015 pour La Pensée égarée. Islamisme, populisme, antisémitisme : essai sur les penchants suicidaires de l'Europe (Grasset). Elle a, entre autres, enseigné à la Sorbonne, à l'EHESS, et à la NYU. Elle collabore aussi à plusieurs médias. Elle est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, la plupart traduits à l'étranger. Elle vit entre Paris et Jérusalem
 

Pétition d'intellectuels pour un procès équitable


L'affaire Sarah Halimi, car c'en est une, porte le témoignage tragique de notre époque qui ne veut ni dire ni voir certaines choses. Ce crime terrible n'a pas trouvé la place qu'il aurait dû dans les médias, en pleine campagne présidentielle. Il est plus que temps que non seulement justice soit rendue, pour la mémoire de Sarah et pour les siens, mais encore que toute la lumière soit faite sur notre aveuglement collectif, pour la France, pour la communauté nationale.

Merci à Naomi Hal et Alexandre Devecchio pour cette initiative à laquelle j'ai l'honneur de participer. Cette tribune sera publiée dans Le Figaro demain matin.

––

"Le 4 avril dernier, Sarah Halimi, Française de confession juive, âgée de 65 ans, mère de trois enfants et retraitée, a été torturée à son domicile aux cris d'«Allah Akbar» puis défenestrée. La victime vivait dans un HLM du quartier de Belleville depuis une trentaine d'années. Cette nuit-là, son voisin, Kobili Traoré, 27 ans, a pénétré chez elle vers quatre heures du matin, l'a agressée et a commencé ses sévices. «Le rapport de police confirme que ma sœur a subi des actes de torture pendant près d'une heure, il l'a massacrée. Les dégâts sont tels que ma décence ne me permet pas de vous donner des détails», expliquera William Attal, le frère de Sarah Halimi. Une partie de la scène a été enregistrée par un voisin.

La bande-son, que possèdent les enquêteurs, confirme le calvaire de Sarah Halimi. Les coups gratuits portés par l'agresseur sont d'une violence extrême. L'autopsie révélera plus d'une vingtaine de fractures sur le corps et le visage de la victime. Tandis qu'il s'acharne sur Sarah Halimi, le criminel la qualifie de «Sheitan» («démon» en arabe). Il déclame des sourates du Coran, crie «Allah Akbar» plus d'une dizaine de fois. Les hurlements retentissent jusqu'au rez-de-chaussée de l'immeuble. Personne ne vient en aide à Sarah Halimi. En revanche, des voisins appellent la police, qui se rend sur place, mais n'intervient pas.

En définitive, après l'avoir torturée pendant plus d'une heure, Kobili Traoré traîne sa victime par les poignées et la jette par la fenêtre du troisième étage. Puis, parfaitement calme, il fait une prière. Sarah Halimi elle, gît, morte, dans la petite cour intérieure de l'immeuble. Il est environ 5 heures et demie du matin. Les policiers présents sur place se décident alors à interpeller le criminel. L'arrestation se déroule sans heurt. Considéré comme inapte à être placé en garde à vue, le tueur est interné d'office en hôpital psychiatrique. En matière pénale, si la justice concluait à une «abolition du discernement» de l'auteur des faits, celui-ci serait déclaré irresponsable et ne comparaîtrait pas aux assises.

Pourtant, Kobili Traoré n'a pas d'antécédents psychiatriques. Il a le profil de beaucoup d'islamistes radicaux violents: un passé de délinquant, un casier judiciaire très lourd avec des condamnations multiples dans des affaires de drogues, plusieurs séjours en prison. La veille du meurtre, il avait passé sa journée à la mosquée de la rue Jean-Pierre Timbaud (XIe), connue pour être un foyer d'islamisme radical. Par ailleurs, Kobili Traoré ne pouvait ignorer la judéité de sa voisine. La retraitée était une femme pieuse qui portait la perruque caractéristique des juives orthodoxes. Ses petits-fils venaient lui rendre visite en kippa. L'une des filles de Sarah Halimi déclare avoir été, dans le passé, traitée de «sale juive» par une des sœurs de l'agresseur de sa mère.

Les faits que nous venons d'exposer ont pour source le rapport de police consacré à l'homicide. Une information judiciaire a été ouverte le 14 avril par le parquet de Paris pour «homicide volontaire». Le caractère antisémite du meurtre n'a pas été retenu. Le procureur de Paris, François Molins, a en effet considéré qu'il fallait attendre le résultat de l'enquête avant de se prononcer sur la nature du crime. Pour leur part, les avocats de la victime évoquent «une chape de plomb» et réclament que l'enquête retienne cette circonstance aggravante. Près de deux mois après les faits, la presse commence enfin à relater ce crime qui a eu lieu en pleine campagne présidentielle.

Tout laisse penser, dans ce crime, que le déni du réel a encore frappé. Une question parmi d'autres: pourquoi les policiers appelés sur place par des voisins ne sont-ils pas intervenus dans l'appartement? Auraient-ils eu peur? Nous demandons que toute la vérité soit établie sur le meurtre de Sarah Halimi. Que toute la vérité soit dite sur la profondeur des fractures françaises. Il faut que la politique de l'autruche cesse et que nos dirigeants prennent conscience de ce qui se passe dans le pays. Pour Sarah et sa famille, mais aussi pour la France."

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Signataires

Elisabeth Badinter, philosophe
Georges Bensoussan, historien
Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques
Pascal Bruckner, philosophe
Alain Finkielkraut, académicien
Marcel Gauchet, philosophe
Noémie Halioua journaliste à «Actualité juive»
Jacques Julliard, historien
Suzanne Julliard, professeur de lettres
Alexandra Laignel-Lavastine, philosophe
Barbara Lefebvre, professeur d'histoire-géographie
Jean-Pierre Le Goff, sociologue
Sonia Mabrouk, journaliste
Michel Onfray, philosophe
Céline Pina, essayiste
Michèle Tribalat, démographe