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La place de l'homme dans la société
a travers le prisme du Judaïsme


Lundi, 05-Jui-2017
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        Pour le centenaire du Lyon's Club international, j'ai été invité à parler de la Place de l'homme dans la société au travers du prisme des principales religions monothéistes à Chaumont en Haute Marne.  La société juive selon la tradition religieuse ancestrale, se considère un peu comme une île, en face d'un monde non Juif continental qu'on ne contacterait qu'en cas de nécessité. La réalité contemporaine est tout autre, beaucoup de juifs occupent une place éminente dans la société, et on le leur reproche parfois !   La plupart d'entre eux sont ignorants de la spiritualité de leurs ancêtres, pourtant, leur comportement en est imprégné.

    Plutôt que de parler d'une société originale très rare en France, j'ai opté pour la réalité française, voici donc des réflexions sur la place de l'homme juif contemporain dans notre société.
 

La place de l'homme dans la société, n'est pas facile à trouver, car le monde est immense, et chacun a sa place.  La mienne n'est pas tienne. Nous ne pouvons pas tous avoir la même place, notre navire coulerait si tout le monde se mettait en avant et à bâbord  ! 

Le bébé est né à une place qu'il n'a pas choisi. Dès sa naissance, il possède un héritage issu de l'histoire familiale, un inconscient, des coutumes, des dits et des non-dits venus des parents et du cercle familial, et des silences qui remontent parfois aux temps obscures. Il va être formé et déformé par les discours qui l'entourent, et ses gènent véhiculent aussi une  histoire très très ancienne.
Puis il va grandir, en tous les sens du terme, et nous lui souhaitons de réussir, de trouver et d' occuper SA place, celle où il pourra devenir un des rouages indispensable, qui permet à notre société de vivre. Il devra devenir un homme ou une femme.
Le Talmud insiste : "La où il  n'y a pas d'homme, efforces toi d'en être un". (Pirké Abot II-6)

Parler de la place de l'homme dans la société en général n'a donc pas de sens, de quel homme parlons nous ?     de quelle place parlons nous ?  nous ne sommes pas interchangeables, je vous parlerai donc d'une petite fraction de la société, des miens, et je vous ferai partager mes réflexions, Qui sommes nous ?  Comment partager un particularisme qui par définition n'est pas partageable ?

  Tristan Bernard par Toulouse Lautrec (source Wikipedia)

Ce que sont les juifs 

 

« J'appartiens à ce peuple qu'on a souvent appelé élu… Élu ? Enfin, disons : en ballottage. »

Ainsi Tristan Bernard définissait-il son appartenance au peuple juif vers 1942, mais peut-être avait-il tort, le peuple juif n'est pas en ballotage, il a bien été élu, et c'est pour cela qu'il lui arrive des malheurs.

Ayez une pensée émue pour Abel, son sacrifice a été agrée, mais il n 'en a pas profité, il s'est évaporé. Force est de constater que notre élection, ressemble à un sacrifice, dont nous serions nous même les victimes.

Nous sommes célèbres, et même mythique. Nous étions réputé dans les campagnes bretonnes pour avoir une queue et des cornes. A l'armée combien de paysans n'ont ils pas été surpris encore au début du XX ième siècle de voir que nous n'en avions pas ?   alors comment nous reconnait-on ?   ?                                                         

  • Sommes nous ceux qui croient et pratiquent la religion juive ?
    Dans notre monde contemporain, les croyants sont de plus en plus minoritaires, et ceux qui partagent mes origines, sont comme les autres français. Beaucoup sont athées, ils n'en revendiquent pas moins haut et fort leur appartenance au judaïsme.
  • Sommes nous de la race juive ?
    On sait que tous les êtres humains sont des sangs mêlés, et vue la tête des juifs éthiopiens et la mienne, j'ai du mal à envisager une majorité d'ancêtres communs.
  • Sommes nous un peuple ? 
    Shlomo Sand a écrit un livre à succès "Comment le peuple juif a été inventé". Il a raison, ce peuple a été inventé, comme tous les autres. Comme le peuple français, corse ou algérien. Au cours des siècles, le peuple juif a été identifié sous divers noms, par exemple "la nation juive" sous l'ancien régime. Faire partie d'un peuple est un sentiment d'appartenance, qui comme tous les sentiments est comparable à une flamme, qui s'élève, s'éteint, s'assoupit et se réveille. Au fait appartenons nous au peuple français ?  juif  ?  Corse  ? Européen ? à la race humaine ?
  • Sommes nous simplement une culture ? 
    Pour beaucoup être juif c'est simplement partager une histoire, des traditions (surtout culinaires),  une sensibilité, un inconscient, sans que cela n'implique les liens indispensable à la constitution d'un peuple, ces liens et ces solidarités se renforcent surtout lorsque le danger s'avance.

Les juifs ont des particularités subtiles, et nous restons juifs aussi longtemps que nous en conservons la trace.

Pour simplifier les choses, les français sont mélangés et un grand nombre d'entre eux ont aujourd'hui un ou une ancêtre israélite, et ce n'est pas par ce qu'on aime ses racines bretonnes qu'on va rejeter ses autres racines.

« Par ce qu'il me plait de ne pas être réduit à un seul village, à une seule empreinte, à un seul sillon, et de défier ceux qui sont assez étroit d'esprit pour penser qu'être multiple, c'est nécessairement trahir, et pour plaindre ceux qui n'ont pas compris que la multi-appartenance est la seule façon de conquérir un peu de liberté en multipliant le nombre de nos prisons »  Jacques Attali

En résumé : les juifs sont multiples, ils ne sont pas que cela, et les autres sont parfois un peu juifs aussi.

L'homme juif traditionnel est méfiant vis à vis de la société non juive.

Historiquement, le judaïsme était une religion nationale, avec un dieu propre, celui du peuple hébreu, les rabbins très tôt ont fait l'impossible pour éviter l'assimilation aux autres peuples.

Ne pas imiter les moeurs des non juifs :

- Abraham détruit les idoles de son père, Rachel vole les idoles de son père.
- Les habitants de Sodome sont collectivement décrits comme des personnes abominables
- Il est précisé que les Cananéens sont chassés en raison de leur inconduite, et il est prévu que si les hébreux les imitent, ils seront à leur tour chassé de la terre promise.

Ne pas se mélanger aux peuples au milieu des quels les enfants d'Israël résident

Cette interdiction se trouve dans la torah écrite, et toute une série de lois et de règlement ont pour conséquence d'empêcher la convivialité.
Par exemple les coutumes alimentaires, et les règles de la nourriture cachère sont telles qu'il est quasiment impossible pour un non juif d'inviter un juif orthodoxe à sa table, même s'il peut se faire inviter lui même.

Les prières glorifient ce splendide isolement, et à la fin du shabbat, (le samedi); nous remercions le Seigneur Roi de l'univers, qui distingues le sacré du profane, la lumière des ténèbres, Israël des autres peuples, le septième jour des six jours ouvrables, béni Tu es, Hachem, qui distingues le sacré du profane.

Et c'est aussi celle de la libre pensée et de l'inquiétude      

Plus que le peuple du livre, le peuple juif est celui de la lecture, ou plutôt des lectures.  Le texte brut a toujours été étudié, a partir de la bible, considéré comme un message divin et intangible, chaque texte a quatre niveaux d'interprétation, et personne n'est absolument sûr d'avoir compris le texte.

« Nous sommes donc loin de la lecture autoritaire des dogmatiques, ou encore de l'idée que le texte contient le sens. A l'inverse, le sens du texte lui est conféré par le lecteur. » Georges Sarfati.   Parmi ceux qui étudient la Torah, celui qui trouve un "hidouche, une nouveauté d'interprétation,  a un grand mérite.

Notre tradition insiste sur l'égalité des hommes, tous descendant d'Adam, nous sommes tous crées à l'image de Dieu, nous avons donc une étincelle divine, et nous mêmes n'avons aucune supériorité, nous étions esclave, et nous devons nous le rappeler de façon rituelle tous les ans pendant le repas de Paques. "Souviens toi que tu as été esclave en Égypte", (Deut 5-14) "Tu ne contristeras point l'étranger ni ne le molesteras; car vous-mêmes avez été étrangers en Egypte" . il n'y a pas de sous-hommes dans le judaïsme.

Les juifs sont inquiets, rien n'est acquis, si la promesse d'un bon pays est répétée dans la bible, elle est constamment complétée par la menace de le perdre si le peuple se comportait mal. Cette menace est lue trois fois par jour, y compris avant de se coucher. Rien n'est sûr, la tradition veut qu'une maison ne soit jamais complètement terminée, comme cela, le jour où nous en serons expulsé, nous aurons moins de regret.
         Ce n'est pas nous qui scandons "Nous sommes chez nous ! "  
Nous sommes trop heureux d'être accepté et nous savons que cela peut changer et depuis Abraham, nous résidons ici ou là, et nous servons comme les abeilles, à poléniser les sociétés.

Leur condition, les juifs ne l'ont ni recherchée ni désirée. Elle est le fait des circonstances de l'histoire, ce qui lui donne une certaine pertinence sociologique. Cette condition a prédisposé les juifs à porter un regard décalé sur le monde et à se comporter en conséquence.
Pour vivre sans un centre territorial et politique, ni moyens de coercition pour imposer sa volonté ou faire valoir ses droits, pour durer comme ils l'ont fait, les juifs ont dû conserver l'espérance chevillée au corps. Qu'on l'appelle « espérance messianique » ou « utopie historique », peu importe, cette espérance venue de loin a connu des confirmations mais aussi bien des déceptions au cours de leur histoire.

La société doit quand même quelques grandes idées au peuple juif, l'unicité de l'humanité,   l'Histoire, un projet pour l'aventure humaine. C'est ce qu'on appelle usuellement le messianisme  Claude Riveline

Le projet messianique implique pour les Juifs une redoutable contradiction. C'est en effet un projet à vocation universelle, puisqu'il s'agit de réconcilier toutes les familles humaines, mais par le moyen d'un destin tribal caractérisé par des textes et des rites très particuliers qui les isolent de leurs voisins non-juifs.

Cette contradiction fournit une clé puissante pour comprendre la diversité des aventures qu'ont connues les Juifs dans leurs multiples exils, entre les phases sereines, les phases glorieuses, les phases de souffrance et les phases d'horreur.

La situation en France actuellement

Le mot France en hébreu se dit "Tsarfat" qu'on peut traduire par fusion, mélange, et la France a toujours eu pour but de s'assimiler les minorités.

Georges Brassens l'a très bien chanté, "les braves gens n'aiment pas ceux qui suivent des ch'mins qui n'mènent pas à Rome". Pour cela, depuis bien longtemps, en France, les juifs ont fait de grands efforts pour être invisibles, en 1880, rien ne distinguait un juif d'un chrétien ni dans la tenue vestimentaire, ni dans les prénoms donnés aux enfants. En Algérie, le désire de s'assimiler à la France était allé encore plus loin, dans les années 50 le vocabulaire était francisé, on parlait de baptème pour la circoncision.

Aujourd'hui, on sent d'une part, la dissolution des juifs dans la société.
Alors que le nombre de juif français fond comme neige au soleil, il y a de plus en plus de famille d'origine chrétienne qui compte une ou plusieurs personnes d'origine juive.
Parmi ceux qui restent fidèle à leurs racines, on constate une tendance à un retour à la pratique religieuse la plus stricte, qui se manifeste souvent par une volonté d'affirmer son identité de façon visible. On remarque ainsi des habits ostentatoires étrangers au judaïsme français, et l'adoption de prénoms israéliens, yiddish, ou bibliques.

La société se raidit également, et l'intolérance augmente, "on" se scandalise quand un juif demande à une dispense pour fête religieuse. Sous prétexte de souffrance animale, on veut interdire l'abattage rituel, et personne ne pense à interdire la chasse !
Certains pour notre bien veulent nous interdire la circoncision. D'autre trouvent normal d'imposer du porc à tous les repas dans les cantines etc...

Quelles sont les relations entre l'homme juif et la société ?

Par ce que notre tradition, notre histoire nous a placé dans des situations où nous n'avions pas d'autre choix que de réussir, un nombre plus que proportionel de juifs jouent un rôle moteur dans nos sociétés, pour cela nous avons toujours attiré convoitise, admiration, jalousie et détestation. .

Par ce que nous sommes distingués des autres et souvent méconnus, les complotistes nous prêtent une influence autant mystérieuse qu'imaginaire. Comme les sorcières aux pouvoirs diaboliques imaginaires ne pouvaient pas échapper à la cruauté bien réelle de leurs bourreaux, la puissance maléfique du complot sioniste imaginaire ne nous protège de rien. Nous ne pouvons vivre que grâce à la bienveillance du souverain, à la protection de la République.

La place éminente de beaucoup de juifs dans la société, cache mal une inquiétude à chaque turbulence de l'histoire. Nous sommes aussi un thermomètre de la tolérance, une boussole indiquant où va notre société.

Nous nous comparons souvent au colibri que les mineurs emportaient au fond des mines, lorsque le grisou menaçait, les malheureux oiseaux mouraient asphyxiés, quand les juifs vont mal, c'est très mauvais signe pour la santé de toute la société.

Hervé Bokobza rappel que la tradition juive indique bien que nous avons tous besoin les uns des autres, Rabbi Akiba dans le Talmud commente le verset "Ton frère vivra avec toi" (Lévitique 25, 36 ), ainsi : il vivra avec toi mais pas sans toi ! (Baba Metsya 62, a) ce qui signifie que nous avons tous besoin les uns des autres pour exister. Sans l'autre nous ne sommes plus rien.

Michel Lévy

Voir la Revue de presse, comprenant des articles dont je me suis largement inspiré.