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Maroc : Le Rif en ébullition


Dimanche, 11-Jui-2017
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     En face de l'Espagne, le Rif a une longue tradition guerrière, la population largement berberophone a le sentiment d'être abandonnée  par le pouvoir royal qui n'a pas tenu ses engagements. Des manifestations puissantes et pacifiques secouent la région, et le Roi sait qu'il doit jouer en finesse pour sauver la stabilité du pays.
La devise du royaume est toute en autorité : Dieu, la Patrie, le Roi, la devise plait encore, et elle plaira toujours à condition que le roi réussisse à apporter la prospérité, et pour cela qu'il empêche les fous de Dieu d'imposer leur joug au pays.
 

Le Rif est une région montagneuse au Nord du Maroc, l'altitude  peut y dépasser 2400 mètres, la région est  peuplée de tribus berbères, Amazigh pour utiliser la terminologie actuelle.  Présents sur la côte depuis le XVI ième siècle, l'Espagne tente à partir des années 1900 de s'implanter dans le Rif, tandis que la France établit progressivement son protectorat sur le reste du Royaume du Maroc. Le Rif devient le Maroc Espagnol.

Toutefois la résistance à la présence espagnole devient de plus en plus violente, de 1921 à 1926 eu lieu la guerre du Rif. Le 20 juillet 1921 : à la bataille d'Annual l'armée espagnole venue mater des rebelles, subit une défaite humiliante, la plus grande défaite que les troupes coloniales n'ait jamais subit. Abd el Krim a alors crée l'éphémère "République" du Rif, ce qui a fâché le Roi Moulay Idriss, ami des français. Obligé d'attaquer la France et le Roi, Abd el Krim soutint une guerre terrible contre les Espagnols et les Français qui ont utilisés du gaz moutarde acheté aux Allemands. Le Rif vaincu est resté avant tout sous domination espagnole.

C'est naturellement dans le Rif que la guerre d'indépendance du Maroc a commencé au début des années 1950, et en 1955 le Maroc devient indépendant en conservant de bonnes relations avec la France. Mais cela ne suffit pas le Rif se révolte contre l'autorité royale, et en 1958 Moulay Hassan, le futur Hassan II réprime dans le sang toute véléité de contestation. Il y a eu des milliers de morts.  Le 19 janvier 1984, les habitants du Rif soulevaient contre l'injustice du régime Hassan II. C'était d'abord à Al-Hoceima quand les élèves manifestaient contre l'augmentation des frais de l'inscription et de scolarité, mais là les morts ne se comptent que par dizaine.

Les revendications sociales

Le 28 octobre 2016, la police saisi les poissons de Mouhcine Fikri. Il tente alors de les récupérer et se trouve lui même broyé dans la benne à ordures. Ce drame met le feu aux poudres, et des manifestations immenses se déroulent dans toute la région, surtout à Al Hoceima, capitale du Rif.

Les revendications sont avant tout sociales :  Le Roi Mohamed VI avait promis un hôpital à Al Hoceima avec un service d'oncologie, il n'a pas été construit, pourtant, al Hoceima est la ville du pays ou il y a le plus de cancer il faut aller très loin pour se faire soigner, il n'y a pas non plus d'université, un jeune d'al Hoceima doit faire 400km pour aller soit à Oujda soit à Tetouan. Al Hoceima est la ville ou la vie est la plus chère du pays. Le chômage y est le double par rapport à la moyenne national. Il manque des routes et des autoroutes, et la région a le sentiment d'être abandonnée, comme le Club Med d'Al Hoceima laissé à l'abandon.
« 60 ans plus tard, cette région n'a connue aucun changement. Elle est restée dans l'abandon pour des raisons que nous les rifains nous connaissons et que vous les "autres" vous vous forcez d'ignorer. Oui rien n'a changé à tel point que si l'armée française venait à revenir sur ces lieux elle serait choquée de voir le statu quo. À quoi a donc servi cette indépendance virtuelle pour les gens de mon village ?.» déplore un ancien combattant de l'indépendance.

Le Rif, région montagneuse donnant sur la Méditerranée, est traditionnellement producteur de cannabis utile à son artisanat, tel que le tressage de paniers. Le commerce du kif, de l'arabe kef qui signifie plaisir, génère vingt-deux milliards de dollars à l'année, à raison de 6 à 7 dollars le gramme. Le Maroc consacrerait en moyenne 150 000 hectares de terre à la culture du cannabis, principalement dans les montagnes du Rif et dans la région de Souss. Avec 130 habitants au km2, la population du Rif, très élevée pour ses conditions naturelles, vit essentiellement de la culture du cannabis.

Il y a aussi d'autres revendications plus politiques, que la monarchie ne soit plus absolue, on accuse le "makhzen", c'est à dire la cour, de s'accaparer l'économie marocaine, et les revenus des exportations de Phosphate des Mines d'or, de cobalt, et de fer. On dit que le Maroc n'est pas un pays pauvre, mais appauvri par la monarchie alaouite qui exploite la religion pour dominer le peuple et le faire taire…Le budget du ministre des affaires islamiques dépasse celui l'éducation et de la santé, il y a 57.000 mosquées au Maroc qui ont coûté des Milliards ! 

Les revendications identitaires

Il y a aussi une revendication identitaire, sur les photos des manifestations que vous pouvez trouver sur "Google", vous verrez beaucoup les drapeaux rifains et Amazigh.

Le drapeau du Rif est rouge, comme celui du Maroc, au milieu un losange blanc dans lequel est inscrit le croissant symbole de l'islam, et l'étoile à six branches. C'est un symbole marocain très ancien, avant Lyautey, le drapeau du Maroc comportait cette étoile, et c'est le général français qui lui a substitué l'étoile à cinq branches représenant les cinq pilliers de l'islam. Est-ce le symbole de l'unité dans le royaume entre juifs et musulmans ?  cela me plairait beaucoup, mais à ma connaissance ce n'est pas établi, l'étoile à six branche étant aussi un motif décoratif très fréquent dans l'art islamique.

Sur la photo vous voyez aussi les manifestants brandir le drapeau Tamazigh, ou berbère,

C'est un drapeau culturel conçu dans les années 1970 et officialisé en 1998 au congrès mondial amazigh. Chaque couleur renvoie à un élément de Tamazgha, territoire où vivent les Berbères (correspondant au nord de l'Afrique) : le bleu représente la mer Méditerranée et l'océan Atlantique ; le vert représente les plaines et les montagnes verdoyantes ; le jaune représente le désert du Sahara. Le symbole central est la lettre Z de l'alphabet Tifinagh (), de par sa forme humanoïde, ce symbole de la résistance berbère représente l'homme libre.

Toutefois, si on suit les forums, les rifains semblent toujours très attachés à leur Roi, et ne revendiquent ni indépendance, ni autonomie, ce qui les distingue des mouvemnents Kabyles nettement plus nationalistes. 
       On constate cependant une défiance commune des Kabyles et des rifains, vis à vis de l'Arabité, de plus en plus souvent considérée comme étrangère à l'Afrique du Nord, et une solidarité des mouvements Kabyles envers les revendications de leurs frères marocains. Cette solidarité peut aussi parfois prendre des tournures politiques hostile au Roi du Maroc, d'autant plus que les relations entre le Maroc et l'Algérie ne sont pas au beau fixe. Le gouvernement d'Alger n'a toujours pas accepté la présence marocaine dans le Sahara qui fut espagnol et qui est considéré par la monarchie alaouite comme partie intégrante du Maroc.

La Réaction des autorités Royales

Le pouvoir marocain réagit autoritairement, il a emprisonné les leaders de l'opposition  du Hirak, (la mouvance), Nasser Zafzafi qui risquent la peine de mort, et les insultes pleuvent sur le mouvement contestataire du Nord.  Kabyles ou rifains subissent les mêmes accusations de la part du pouvoir. Tous ces troubles sont causés par la main de l'étranger, par l'Algérie par exemple.

M. Zefzafi était recherché par la justice pour avoir interrompu le prêche d'un imam à la mosquée Mohammed V, la principale de la ville d'Al-Hoceïma. Il était accusé d'avoir "insulté le prédicateur", "prononcé un discours provocateur" et "semé le trouble". Il fait désormais, avec les personnes qui l'accompagnaient au moment de son arrestation, l'objet d'une enquête pour "atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat et d'autres actes constituant des crimes en vertu de la loi", a précisé le procureur.

Le point à ce jour

La matinée du vendredi 9 juin a débuté par une série de perquisitions et d'interpellations dans les rangs des supporters du Hirak à Al Hoceima. Comme pour le reste des personnes appréhendées, détenues ou relâchées, les réseaux sociaux ont égrené leurs noms et photos comme autant de « martyrs » de la contestation populaire.
Il y a un consensus entre les manifestants et la police pour éviter les violences extrêmes, les mots d'ordre des contestataires sont non-violents, et si la police procède à de nombreuses arrestations, elle envoie entre autre des femmes policiers pour faire face aux manifestantes, pour tenter d'écouter et de calmer.

Sur le plan économique, le Maroc compte sur des délocalisations venues de France et des États Unis, en particulier Renault et Peugeot ont installé des usines conséquences à Tanger, où est prévu un "hub" maritime important pour faire concurrence à celui d'Algéciras en face en Espagne. Le Maroc compte sur les risques sécuritaires en Tunisie, et sur l'incertitude politique de l'Algérie pour attirer les investissements. La remise à l'ordre du jour de l'enseignement du français est à voir dans cette optique, le Maroc veut être un pont entre l'Europe et l'Afrique Noire.

Les autorités ont compris que la répression permet de calmer de jeu, mais sûrement pas de règler les problèmes, seul le développement économique apportera une solution satisfaisante pour les habitants du Rif, et le Roi peut encore compter sur le soutient d'une grande partie de l'opinion. Le Roi a donné des consignes fermes et strictes pour enquêter sur d'éventuels cas de torture ou de violence qu'auraient subi certains des membres du mouvement de protestation d'Al Hoceima interpellés et incarcérés.

La devise du royaume est toute en autorité : Dieu, la Patrie, le Roi, la devise plait encore, et elle plaira toujours à condition que le roi réussisse à apporter la prospérité, et pour cela qu'il empêche les fous de Dieu d'imposer leur joug au pays.

Michel Lévy

 

 

 

 

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