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Un Référundum au Kurdistan


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UN APERÇU DE L'HISTOIRE DES KURDES

par Kendal NEZAN
Président de l'Institut kurde de Paris

Qui sont les Kurdes ?

D'où viennent-ils ? Les historiens s'accordent généralement pour les considérer comme appartenant au rameau iranien de la grande famille des peuples indo-européens. Aux temps préhistoriques, des royaumes ayant pour nom Mittani, Kassites, Hourites ont régné sur ces territoires montagneux situés entre le plateau iranien et le cours supérieur de l'Euphrate. Au VIIème siècle av. J.C., les Mèdes, qui sont aux Kurdes ce que les Gaulois sont aux Français, fondèrent un empire qui en l'an 612 av. J.C. conquit la puissante Assyrie et étendit sa domination à tout l'Iran ainsi qu'à l'Anatolie centrale. Cette date de 612 est d'ailleurs considérée par des Kurdes nationalistes comme le début de l'ère kurde.

Le règne politique des Mèdes s'achèvera vers le milieu du VIème siècle av. J.C., mais leur religion et leur civilisation domineront l'Iran jusqu'à l'époque d'Alexandre le Grand. A partir de cette date et jusqu'à l'avènement de l'islam, le destin des Kurdes, que les géographes et historiens grecs appellent Carduques (ou Kardoukhoy) restera lié à celui des autres populations des empires qui se succèdent sur la scène iranienne: Séleucides, Parthes et Sassanides.

Islamisés mais pas arabisés

Après avoir opposé une résistance farouche aux invasions arabo-musulmanes, les Kurdes finirent par se rallier à l'islam, sans pour autant se laisser arabiser. Cette résistance s'étala sur près d'un siècle. Pour des raisons plutôt sociales que religieuses les tribus kurdes résistaient aux tribus arabes. Pour amadouer les Kurdes et les convertir à l'islam, tous les moyens furent utilisés, même la stratégie matrimoniale. Par exemple, la mère du dernier calife omayade, Merwan Hakim, était kurde.

A la faveur de l'affaiblissement du pouvoir des califes, les Kurdes qui jouaient déjà un rôle de premier plan dans le domaine des arts, de l'histoire et de la philosophie, commencent à affirmer dès le milieu du IXème siècle leur propre puissance politique.

En 837, un seigneur kurde du nom de Rozeguite fonde sur les bords du lac de Van la ville d'Akhlat et en fait la capitale de sa principauté théoriquement vassale du calife, en fait pratiquement indépendante. Dans la deuxième moitié du Xème siècle le Kurdistan est partagé entre 4 grandes principautés kurdes. Au Nord, les Chaddadites, (951-1174), à l'Est, les Hassanwahides (959-1015) et les Banou Annaz (990-1116) et à l'Ouest les Merwanides (990-1096) de Diyarbékir.

L'une de ces dynasties aurait pu, au fil des décennies, imposer sa suprématie aux autres et bâtir un Etat englobant l'ensemble du pays kurde si le cours de l'histoire n'avait pas été bouleversé par les invasions massives des peuplades déferlant des steppes de l'Asie centrale. Après avoir conquis l'Iran et imposé leur joug au calife de Bagdad, les Turcs seldjoukides ont annexé une à une ces principautés kurdes. Vers 1150, le sultan Sandjar, le dernier des grands souverains seldjoukides, créa une province du Kurdistan.

Jusque-là le pays des Kurdes était appelé la Médie par les géographes grecs, le "Djibal", c'est-à-dire la montagne par les Arabes. C'est donc un sultan turc qui, en hommage à la personnalité propre du pays kurde, lui donne le nom du Kurdistan.
La province du Kurdistan formée par Sandjar avait pour capitale la ville Bahâr (c'est-à-dire le Printemps), près de l'antique Ecbatane, capitale des Mèdes. Elle comprenait les vilayets de Sindjar et de Chehrizor à l'ouest du massif Zagros, ceux d'Hamadan, Dinaver et Kermanshah à l'est de cette chaîne. Dans l'ensemble cette appellation ne recouvrait alors qu'une partie méridionale du Kurdistan ethnique. Une civilisation autochtone brillante se développait autour de la ville de Dinaver - aujourd'hui ruinée - à 75 km au nord-est de Kermanshah, dont le rayonnement fut partiellement remplacé ensuite par celui de Senneh, 90 km plus au nord

L'empire de Saladin et les Nestoriens

A peine une douzaine d'années après la disparition du dernier grand seldjoukide, une dynastie kurde, celle des Ayyoubides (1169-1250), fondée par le fameux Saladin émerge et assume le leadership du monde musulman pendant près d'un siècle, jusqu'aux invasions turco-mongoles du XIIIème siècle. La haute figure de Saladin et ses exploits face aux Croisés sont suffisamment connus en Europe. Son empire englobait, outre la quasi-totalité du Kurdistan, toute la Syrie, l'Egypte et le Yémen. C'était un peu comme l'Empire romain germanique prétendant regrouper peuples, royaumes et principautés de l'Europe catholique. C'était le temps des croisades, de l'hégémonie du religieux sur le politique et le national. Saladin n'était donc pas plus patriote kurde que Saint Louis ne fut un nationaliste français.

Emergence du Kurdistan comme entité géographique reconnue, la suprématie d'une dynastie kurde sur le monde musulman, la floraison d'une importante littérature écrite en langue kurde, le XIIème siècle est assurément une période riche en événements de l'histoire kurde. C'est également au cours de ce siècle que l'église nestorienne, ayant son siège métropolitain au Kurdistan, prend un essor extraordinaire. Ses missions essaiment à travers toute l'Asie, jusqu'au Tibet, le Sin Kiang, la Mongolie et le Sumatra.

Le plus spectaculaire succès de ces missions a été la conversion du grand khan mongol Gouyouk en 1248. Egalement en 1253, Saint Louis lui envoyait Guillaume de Rubrouck, qui joua un rôle important dans ce que l'on appela la "croisade mongole" sur Bagdad. En 1258, quand le Mongol Houlagou, influencé par ces missions, prend Bagdad, il fait mettre à mort le calife mais veille à ce qu'un palais soit donné au catholicos nestorien. A la fin du XIIIème siècle, l'islam l'emporte chez les Mongols et les Nestoriens sont massacrés. Le siège de leur patriarcat, change de lieu au fil des siècles mais demeure toujours au Kurdistan.

Dans la deuxième moitié du XVème siècle le pays kurde finit par se remettre des effets des invasions turco-mongoles et par prendre forme comme une entité autonome, unie par sa langue, sa culture et sa civilisation mais politiquement morcelée en une série de principautés. Cependant, la conscience d'appartenir à un même pays est vive, au moins parmi les lettrés. Un poète du XVIème siècle, de la principauté du Bohtan, Melayé Djaziri, considéré comme le Ronsard kurde se présente en ces termes:   

  Je suis la rose de l'éden de Bohtan
  Je suis le flambeau des nuits du Kurdistan.

Les Kurdes autonomes protégeaient l'empire Turc.

Au début du XVIème siècle le pays kurde devient l'enjeu principal des rivalités entre les empires ottoman et perse. Le nouveau chah de Perse qui a imposé le chiisme comme religion d'Etat en Iran cherche à le répandre dans les pays voisins. De leurs côtés, les Ottomans veulent mettre le holà aux visées expansionnistes du chah, assurer leur frontière iranienne pour pouvoir se lancer dans la conquête des pays arabes. Pris en tenailles entre les deux géants, les Kurdes, politiquement morcelés, n'avaient guère de chance de survivre en tant qu'entité indépendante.

En 1514, le sultan turc infligea une défaite cuisante au chah de Perse. Craignant que sa victoire reste sans lendemain il cherchait les moyens d'assurer en permanence cette difficile frontière iranienne. C'est là que l'un de ses conseillers les plus écoutés, le savant kurde Idrissi Bitlissi, lui a présenté l'idée de reconnaître aux princes kurdes tous leurs droits et privilèges antérieurs en échange de l'engagement de garder eux mêmes cette frontière et de se battre aux côtés des Ottomans en cas de conflit perso-ottoman. Le sultan turc Selim Ier donna son aval au plan de son conseiller kurde, lequel est allé voir un à un les princes et seigneurs kurdes pour les convaincre que l'intérêt bien compris des Kurdes et des Ottomans était de conclure cette alliance.

Placés devant le choix d'être un jour ou l'autre annexés par la Perse ou d'accepter formellement la suprématie du sultan ottoman en échange d'une très large autonomie, les dirigeants kurdes optèrent pour cette seconde solution et ainsi le Kurdistan ou plus exactement ses innombrables fiefs et principautés entrèrent dans le giron ottoman par la voie de la diplomatie. La mission d'Idrissi Bidlissi a été facilitée par le fait qu'il était un savant connu et respecté et surtout par l'immense prestige de son père, le Cheikh Hussameddin qui était un chef spirituel soufi très influent. Bidlissi est également l'auteur du premier traité de l'Histoire générale de l'Empire ottoman, intitulé Hechte Behechte (Huit Paratis), retraçant le règne des huit sultans ottomans.

Ce statut particulier assura au Kurdistan près de trois siècles de paix. Les Ottomans contrôlaient quelques garnisons stratégiques sur le territoire kurde mais le reste du pays était gouverné par des seigneurs et princes kurdes. Outre une kyrielle de modestes seigneuries héréditaires, le Kurdistan comptait 17 principautés ou hukumets jouissant d'une large autonomie. Certaines d'entre elles comme celles d'Ardelan, de Hisn Keif, de Bohtan et de Rowanduz étaient dotées des attributs de l'indépendance; elles frappaient monnaie et faisaient dire la prière du vendredi à leur nom.

Malgré des ingérences de temps à autre du pouvoir central, ce statut particulier fonctionna sans accroc majeur jusqu'au début du XIXème siècle à la satisfaction des Kurdes et des Ottomans. Ces derniers, protégés par la puissante barrière kurde face à l'Iran pouvaient concentrer leurs forces sur d'autres fronts. Quant aux Kurdes, ils étaient pratiquement indépendants dans la gestion de leurs affaires. Ils vivaient certes en vase clos et leur pays était morcelé entre une série de principautés, mais à la même époque l'Allemagne comptait quelques 350 Etats autonomes et l'Italie était bien plus émiettée que le Kurdistan.
Chaque cour kurde était le siège d'une vie littéraire et artistique importante. Et dans l'ensemble, malgré le morcellement politique, cette période constitue en fait l'âge d'or de la création littéraire, musicale, historique et philosophique kurde. En 1596, le prince Chéref Khan achève de terminer sa monumentale "Chérefnameh ou Fastes de la nation kurde". Les écoles théologiques de Djezireh et Zakho sont réputées dans tout le monde musulman, la ville d'Akhlat dotée d'un observatoire est connue pour l'enseignement des sciences naturelles. Des maîtres du soufisme comme Gulsheni et Ismail Çelebi sont vénérés même à Istanbul pour leur enseignement spirituel et leur génie musical. Certains Kurdes ambitieux comme les poètes Nabi, Nefi, écrivent en turc pour gagner la faveur du sultan.

L'idée d'état nation est récente

A l'exception de quelques esprits visionnaires tel le grand poète classique kurde du XVIIème siècle Ehmedê Khani, les lettrés et princes kurdes semblent croire que leur statut va durer éternellement et n'éprouvent guère le besoin de le changer. En 1675, plus d'un siècle avant la révolution française qui répand en Occident l'idée de la Nation et de l'Etat-nation, le poète Khani, dans son épopée en vers "Mem-o-Zin", appelle les Kurdes à s'unir et à créer leur propre Etat unifié. Il ne sera guère écouté ni par l'aristocratie ni par la population. En terre d'islam, comme d'ailleurs en pareille époque dans la chrétienté, la conscience religieuse prime généralement la conscience nationale.
Chaque prince est préoccupé par les intérêts de sa dynastie, et les dynamiques familiales, claniques ou dynastiques prévalent souvent plus que toute autre considération. Il n'était pas rare de voir des dynasties kurdes régner sur des populations non kurdes. Au XIème siècle, par exemple, le Farsistan, province persane par excellence a été gouvernée par une dynastie kurde; de 1242 à 1378 le Khorassan, province iranienne du Nord-Est a également eu une dynastie kurde, et de 1747 à 1859 ce fut le cas pour le lointain Béloutchistan qui fait partie aujourd'hui du Pakistan. Aussi le fait que telle ou telle proportion du territoire kurde soit gouvernée par des dynasties étrangères ne devait pas sembler inacceptable aux contemporains.

L'idée de l'Etat-nation et du nationalisme est un avatar de la Révolution française. Elle a rapidement trouvé un terrain particulièrement propice dans deux pays morcelés et en partie asservis: l'Allemagne et l'Italie. Ce sont des penseurs allemands comme Goerres, Brentano et Grimm qui posèrent le postulat selon lequel les frontières politiques, géographiques et linguistiques devaient coïncider. Ils rêvaient d'une Allemagne regroupant en un Etat la kyrielle de ses petits Etats autonomes. Le pan-germanisme a par la suite inspiré d'autres mouvements nationalistes comme le pan-slavisme et le pan-turquisme. Ces idées parviendront avec quelque retard, vers 1830, au Kurdistan où le prince de Rewanduz, Mîr Mohammed, se battra de 1830 à 1839 au nom de ses idées pour la création d'un Kurdistan unifié.

En fait, jusque là, tant qu'ils n'avaient pas été menacés dans leurs privilèges, les princes kurdes se contentaient d'administrer leur domaine, tout en rendant hommage au lointain sultan-calife de Constantinople. En règle générale, ils ne se soulèveront et tenteront de créer un Kurdistan unifié que lorsque, au début du XIXème siècle, l'Empire ottoman s'ingérera dans leurs affaires et cherchera à mettre fin à leur autonomie.

Des guerres pour l'unification et l'indépendance du Kurdistan, jalonnent la première partie du XIXème siècle. En 1847, s'effondre la dernière principauté kurde indépendante, celle de Bohtan. Signe des temps, les forces ottomanes, dans leur combat contre les Kurdes, sont conseillées et aidées par les puissances européennes. On remarque, par exemple, la présence dans les rangs ottomans de Helmut von Moltke, alors jeune capitaine et conseiller militaire.

De 1847 à 1881, on observe de nouvelles insurrections, sous la conduite de chefs traditionnels, souvent religieux, pour la création d'un Etat kurde. Elle seront suivies jusqu'à la Première Guerre Mondiale de toute une série de révoltes sporadiques et régionales contre le pouvoir central, toutes durement réprimées.

Les causes de l'échec de ces mouvements sont multiples: émiettement de l'autorité, dispersion féodale, querelles de suprématie entre les princes et féodaux kurdes, ingérence des grandes puissances aux côtés des Ottomans.

Après avoir annexé une à une les principautés kurdes, le pouvoir turc s'employa à intégrer l'aristocratie kurde en distribuant assez généreusement des postes et prébendes et en mettant sur pied des écoles dites tribales destinées à inculquer aux enfants des seigneurs kurdes le principe de fidélité au sultan. Cette tentative d'intégration à la Louis XIV fut en partie couronnée de succès. Mais elle favorisa également l'émergence d'élites kurdes modernistes. Sous leur houlette se dessina, à Constantinople, une phase moderne du mouvement politique tandis que se multiplient associations et sociétés de bienfaisance et patriotiques tentant d'introduire la notion d'organisation et d'implanter un mouvement structuré dans la population kurde.

Il faut préciser que dans cette fin du XIXème siècle l'Empire ottoman étant en proie à de vives convulsions nationalistes, chaque peuple aspirait à créer son propre Etat-nation. Après avoir tenté vainement de maintenir ce conglomérat en vie par l'idéologie de pan-ottomanisme, puis de pan-islamisme, les élites turques elles mêmes étaient devenues pan-turquistes et militaient en faveur de la création d'un empire turc allant des Balkans à l'Asie centrale.

La guerre de 1914 et l'indépendance manquée

La société kurde aborda la Première Guerre Mondiale divisée, décapitée, sans projet collectif pour son avenir. En 1915, les accords franco-britanniques dits de Sykes-Picot prévoyaient le démembrement de leur pays. Cependant les Kurdes étaient en conflit sur le devenir de leur nation. Les uns, très perméables à l'idéologie "pan-islamiste" du sultan-calife, voyaient le salut du peuple kurde dans un statut d'autonomie culturelle et administrative dans le cadre de l'Empire ottoman. D'autres, se réclamant du principe des nationalités, des idéaux de la Révolution française et du président Wilson des Etats-Unis, combattaient pour l'indépendance totale du Kurdistan.

Le clivage s'est accentué au lendemain de la défaite ottomane face aux Puissances Alliées, en 1918. Les indépendantistes formèrent une délégation dépéchée à la Conférence de Versailles pour présenter "les revendications de la nation kurde".

Leur action contribuera à la prise en compte, par la Communauté Internationale, du fait national kurde. En effet, le Traité International de Sèvres conclu le 10 août 1920 entre les Alliés, dont la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis et l'Empire Ottoman préconisait dans sa section III (art. 62-64), la création sur une partie du territoire du Kurdistan d'un Etat kurde. Ce traité restera cependant lettre morte, le rapport de forces sur le terrain empêchant son application.

Pour sa part, l'aile traditionnelle du mouvement kurde, dominée notamment par des chefs religieux, bien implantée dans la société kurde cherchait à "éviter le péril chrétien à l'Est et à l'Ouest" et à créer dans les territoires musulmans libérés de l'occupation étrangère "un Etat des Turcs et des Kurdes". L'idée était généreuse et fraternelle. Une alliance est conclue avec le chef nationaliste turc Mustafa Kemal venu au Kurdistan chercher de l'aide auprès des chefs kurdes pour libérer l'Anatolie occupée et "libérer le sultan-calife virtuellement prisonnier des chrétiens". Les premières forces de la guerre d'indépendance de Turquie furent en fait recrutées dans les provinces kurdes.

Jusqu'à sa victoire définitive sur les Grecs en 1922, Mustafa Kemal n'a cessé de promettre la création d'un Etat musulman des Turcs et des Kurdes. Il était ouvertement soutenu par les Soviétiques, et plus discrètement par les Français et les Italiens mécontents des appétits excessifs du colonialisme britannique dans la région. Après la victoire, à la Conférence de paix réunie à Lausanne, les délégués turcs affirmeront parler au nom des nations soeurs kurde et turque. Le 24 juillet 1923, un nouveau traité fut signé dans ce contexte entre le gouvernement kémaliste d'Ankara et les puissances alliées. Il rendait caduc le Traité de Sèvres et sans apporter aucune garantie en ce qui concerne le respect des droits des Kurdes consacrait l'annexion de la majeure partie du Kurdistan au nouvel Etat turc. Auparavant, par l'accord franco -turc du 20 octobre 1921 la France avait annexé à la Syrie placée sous son mandat les provinces kurdes de la Djezireh et de Kurd-Dagh. Le Kurdistan iranien dont une bonne partie était contrôlée par le chef kurde Simko vivait en état de quasi-dissidence par rapport au pouvoir central persan.

Restait encore en suspens le sort de la province kurde de Mossoul très riche en pétrole. Turcs et Britanniques la revendiquaient tandis que sa population au cours d'une consultation organisée par la Société des Nations, s'était prononcée dans une proportion de 7/8 en faveur d'un Etat kurde indépendant. Arguant que l'Etat irakien ne saurait survivre sans les richesses agricoles et pétrolières de cette province, la Grande-Bretagne finit par obtenir le 16 décembre 1925 du Conseil de la S.D.N. l'annexion de ces territoires kurdes à l'Irak placé sous son mandat. Elle promettait néanmoins la mise sur pied d'un gouvernement kurde autonome, promesse jamais tenue ni par les Britanniques, ni par le régime irakien qui a pris la succession de l'administration britannique en 1932.

Ainsi fin 1925, le pays des Kurdes, connu depuis le XIIème siècle sous le nom de "Kurdistan", se trouvait partagé entre 4 Etats: Turquie, Iran, Irak et Syrie. Et pour la première fois de sa longue histoire, il allait être privé même de son autonomie culturelle.

En effet, les conquérants et les empires de jadis s'étaient contentés de certains avantages et privilèges économiques, politiques et militaires. Nul n'avait entrepris d'empêcher la population d'exprimer son identité culturelle, d'entraver la libre pratique de sa vie spirituelle. Nul n'avait conçu le projet de détruire la personnalité kurde, de dépersonnaliser en le coupant de ses racines culturelles millénaires tout un peuple.

Ce projet fut celui des nationalistes turcs qui ont voulu faire de la Turquie, société éminemrnent multiculturelle, multiraciale et multinationale, une nation une et uniforme; il fut repris plus tard par l'Irak et l'Iran. On peut s'étonner avec Nehru "qu'un nationalisme défensif se transforme en un nationalisme agressif, et qu'une lutte pour la liberté devienne une lutte pour dominer les autres." Victime de sa géographie, de l'Histoire et aussi sans doute du manque de clairvoyance de ses propres dirigeants, le peuple kurde a été sans doute la population qui a payé le plus lourd tribut, qui a souffert le plus du remodelage de la carte du Proche-Orient.

 

 

 

Le génocide des Kurdes : la campagne d'Anfal de Saddam Hussein ou le silence sourd de la « communauté internationale »...

16/03/2011 à 17h42 - Huffington post

 

 

 

Halabja est une ville de 60 000 habitants située au sud du Kurdistan irakien, à quelqueskilomètres de la frontière iranienne. Halabja  est l'une des villes les plus importantes dans l'histoire du Kurdistan. Voici son histoire...

Depuis septembre 1980, la guerre entre l' Irak et l'Iran fait rage. Les Kurdes sont les principales victimes de cette guerre, car ils vivent au-delà de la frontière irakienne et iranienne. Le 15 mars 1988, la ville Kurde de Halabja est délivrée des mains du régime de Saddam Hussein, par les pêshmergas (maquisards Kurdes) de l'UPK, l'union patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani, avec notamment le soutien des Gardiens de la révolution iranienne.

Le 16 mars 1988, une attaque est faîte contre la ville d'Halabja. Les habitants ont d'abord cru qu'il s'agissait de représailles classiques de l'armée irakienne. Certains se sont réfugiés dans des abris de fortune, d'autres ont tenté de fuir, mais les bombes chimiques que les Mirages et des Mig irakiens ont déversé sur leur propre population (lesMirages et Mig vendus à Saddam par Jacques Chirac à l'époque) n'ont épargné personne.

Une odeur nauséabonde envahit Halabja. Les raids aériens ont duré toute la nuit. Un spectacle épouvantable est découvert le lendemain, les premières images parvenues l'ont été grâce à des reporters et correspondants de guerre iraniens.

Les images de ce massacre font le tour du monde, des rues jonchées de cadavres, des bébés dans les bras de leurs parents morts, des vieillards, des femmes, des enfants gazés... L'histoire de l'Humanité n'avait jamais rien vu de tel depuis le génocide des juifs. 

Le bilan est très lourd, en moins d'une heure, il y a eu 5 000 morts, dont 3 200, n'ayant plus de famille, qui ont été enterrés dans une fosse commune.

Il faut savoir que l'usage de l'arme chimique est formellement prohibé par la convention de Genève de 1925 (seule l'Italie de Mussolini a eu recours durant la guerre d'Abyssinie ainsi que l'Allemagne d'Hitler avec les chambres à gaz contre les juifs et tziganes).

Revenons quelque temps en arrière, afin d'expliquer les évènements.

Début avril 1987, un certain Hassan Ali Al Majid, cousin de Saddam Hussein, est nommé chef du bureau des affaires du Nord (c'est-à-dire le Kurdistan). Le 29 mars 1987, grâce au décret n°160, il investit les pleins pouvoirs pour orchestrer toutes les mises en œuvre à la « solution finale » au problème kurde.

L'opération destinée à éradiquer définitivement le « problème kurde » est baptisée Anfal ( Anfal est le nom du huitème chapitre du Coran et signifie le "butin")

Il est ainsi décidé d'évacuer tous les villages kurdes afin de les détruire, de regrouper leurs habitants, et d'éliminer cette population considérée comme hostile au régime irakien. C'est dans ce cadre, que l'usage de l'arme chimique a été envisagé.

Le 15 avril 1987, c'est-à-dire deux semaines après sa nomination, Hassan Ali Al Majid a décidé de mener les premières expériences chimiques dans les provinces de Suleymanieh et d'Erbil qui font des centaines de morts. Le 17 avril qui suit, une autre attaque chimique fait 400 morts dans la vallée de Balisan, 286 survivants ont tenté de se rendre à Erbil pour se soigner, mais ils se sont faits arrêter puis abattre cruellement par l'armée Irakienne.

Il est important de noter que les services irakiens avaient été formés par les spécialistes de la Stasi est-allemande.

Le 26 mai 1987, Ali Hassan Al Majid déclare devant les membres du Parti Baas : « Dès que nous aurons terminé les déportations, nous commencerons à attaquer les pêshmergas de partout. (...) Nous les encerclerons alors en petites poches et les attaquerons avec des armes chimiques. Je ne les attaquerai pas avec des armes chimiques juste un jour, je continuerai de les attaquer pendant quinze jours.

Les opérations se décomposent en une série de huit Anfal. Les sept premiers Anfal ont pour cible la région où agit l'Union Patriotique du Kurdistan(UPK) tandis que l'« Anfal final » s'abat sur la région dominée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK).

Ainsi, on a les huit opérations suivantes avec leurs régions cibles :

  • Premier Anfal : Sergalou et Bergalou, du 23 février au 19 mars 1988. C'est lors de ce premier Anfal qu'Halabja est gazé.

  • Deuxième Anfal : Qara Dagh, du 22 mars au 1er avril 1988

  • Troisième Anfal : Germian, du 7 avril au 20 avril 1988

  • Quatrième Anfal : La Valleé du Zab, du 3 mai au 8 mai 1988

  • Cinquième, sixième et septième Anfal : Les Vallées de Shaqlawa et Rawanduz, du 15 mai au 26 août 1988

  • Anfal final : Badinan, du 25 août au 6 septembre 1988

200 000 soldats irakiens sont affectés à cette campagne de génocide qui a recours à des offensives terrestres, des bombardements aériens, des destructions systématiques de zones d'habitation civile, des déportations massives, la mise en place de camps de concentration, des exécutions sommaires et bien sûr l'utilisation massive d'armes chimiques, ce qui a valu à Ali Hassan Al-Majid le surnom d' « Ali le chimique ».

Au terme de cette longue opération génocidaire, 90% de 1000 villages kurdes ont été rayés de la carte, ainsi qu'une vingtaine de villes. Les campagnes ont été truffées de près de 15 millions de mines, pour rendre impropre toutes activités. Le territoire couvrant les 1000 villages a été décidé le 3 juin 1987, comme territoire où toute vie humaine ou animale devait être éliminée. Ce qui donnera lieu aux épisodes tragiques de la campagne d'Anfal (du nom d'un verset du Coran autorisant le pillage des biens des infidèles) entre février et septembre 1988. Il faudra attendre le cessez-le-feu entre l'Irak et l'Iran pour voire stopper ces actions. Les troupes irakiennes de retour (200 000 soldats, soutenus par l'aviation) mènent alors une dernière campagne dans la province kurde de Bahdinan, qui longe la frontière turque; un exode de près de 100 000 civils vers la Turquie aura lieu.

L'histoire de Halabja va de pair avec ces évènements où en juillet 1988, l'armée bombarda et rasa complètement la ville.

Si officiellement 5 000 personnes sont mortes le 16 mars 1988 à Halabja, des dizaines de milliers d'autres ont été contaminées ou blessées. Combien sont décédées depuis ? Nul ne le saura jamais.Entre 1988 et 1991, beaucoup de victimes ont été soignées en Iran. Nous découvrons chaque année de nouveaux cas. Au cours de la seule année 2006, dix-huit ans après le drame, 220 nouveaux cas ont été identifiés...

Avant les attaques, Ali le chimique affirmait « Je vais les tuer tous avec des armes chimiques ! Qui va dire quelque chose ? La communauté internationale ? Qu'elle aille se faire foutre ! »

LA COMPLICITE DE LA « COMMUNAUTE INTERNATIONALE »

Il ne fut pas nécessaire qu' "elle aille se faire foutre" car aucun pays n'a rien fait pour arrêter ce génocide. L'Irak était considéré comme un rempart laïque contre le régime islamiste de Téhéran. Saddam Hussein était soutenu par les USA, l'URSS, les pays occidentaux (Grande-Bretagne, France, Allemagne de l'Est, Belgique, Italie...), par l'Inde, l'Australie et par tous les pays arabes, sauf la Syrie son rival. Par conséquent, les états occidentaux lui ont fournis des armes et crédits monétaires, avec un partenariat spécial avec la France:vente de Mirage et d'hélicoptères avec emprunt d'avions et crédits. Par ailleurs, l'Allemagne a fournit une grande partie de la technologie des armes chimiques.

Le massacre de Halabja n'a pas soulevé de protestation de la part de la « communauté internationale ». Après l'attaque chimique, la France se contente d'un communiqué condamnant l'« usage d'armes chimiques où que ce soit ». L'ONU de son côté, dans un rapport rendu public le 26 avril 1988, note simplement que « des armes chimiques ont de nouveau été employées tant en Iran qu'en Irak » et que « le nombre de victimes civiles augmente ».

En août 1988, la sous-commission des droits de l'homme des Nations Unies estime à 11 voix qu'il n'y a pas lieu de condamnation de l'Irak.

Ce n'est à la fin de la guerre Irak-Iran que les choses ont commencé à changer, c'est-à-dire vers septembre 1988. Les États-Unis, à cette époque continuaient tout de même de financer Bagdad en accordant une ligne de crédit à hauteur de 1 milliard de dollars.  C'est à partir de 1990, lors de l'invasion du Koweït, que les États-Unis ont tourné  le dos à Saddam Hussein. Du côté de la France, François Mittérand, à l'époque président de la République Française, exprimait son inquiétude quant aux répressions employées à l'encontre de la population kurde en Irak.

CONDAMNATION

D'après le Tribunal spécial irakien, 182 000 civils ont été tués et plus de 2 000 villages détruits.

D'après Human Rights Watch 90 % des villages de la région cible ont été rayé de la carte et 1 754 écoles et 270 hôpitaux détruits.

En juin 2006, le tribunal spécial irakien annonçait la tenue prochaine du procès Anfal impliquant Saddam Hussein et six co-accusés. Le procès a débuté le 21 août 2006 et Saddam Hussein s'est présenté au tribunal en décembre 2006. Mais il a été exécuté le 30 décembre 2006 suite à sa condamnation à mort dans le procès de Dujail (Saddam est mort sans être condamné pour le génocide Kurde). Le procès Anfal a tout de même continué en l'absence de Saddam Hussein pour les co-accusés. Le 23 juin 2007, Ali Hassan al-Majid, Sultan Hashem Ahmed et Hussein Rashid Mohammed sont reconnus coupables de génocide et sont tous les trois condamnés à mort par pendaison. Farhan Jubouri et Saber Abdel Aziz al-Douri sont, eux,condamnés à la prison à vie. Enfin, le sixième accusé, Taher Tawfiq al-Ani, est acquitté faute de preuves. 

LE PROCES DE LA HAYE

Frans Van Anraat est un homme d'affaires néerlandais. Il a fourni au régime de Saddam Hussein des substances chimiques qui ont permis de produire les armes chimiques utilisées contre les Kurdes.
Il vivait à Bagdad quand l'offensive américaine a commencé en 2003. À la chute de Saddam Hussein, Van Anraat est retourné aux Pays-Bas. Le6 décembre 2004 il est arrêté pour complicité de crime de guerre et génocide.
Van Anraat est poursuivi par le tribunal de La Haye en vertu d'un jugement de la Cour suprême des Pays-Bas donnant aux tribunaux néerlandais compétence universelle pour juger les personnes suspectées de crimes de guerre et de génocide dès lors qu'elles résident aux Pays-Bas.
Le 23 décembre 2005, Van Anraat est reconnu coupable de complicité de crime de guerre et condamné à 15 ans de prison. La Cour ne le condamne pas pour génocide, car elle estime que Van Anraat ne pouvait pas connaître les « intentions génocidaires » du régime.
Elle affirme cependant qu'un génocide a bien eu lieu contre les Kurdes lors de l'opération Anfal.

Avec ce jugement, le gazage des Kurdes est pour la première fois qualifié officiellement de génocide par un tribunal.

23 ANS APRES...

Le 16 mars 2011, au parlement Irakien, les partis politiques Kurdes ainsi qu' Irakiens ont tenu une minute de silence pour rendre hommage aux victimes de l'Anfal.
Un discours a été fait par le président du parlement et par d' autres partis politiques. Il a été décidé que durant la semaine à venir, un vote allait être fait pour soutenir et faire écho à la décision de la Cour Pénal International (CPI) qui reconnaît la campagne d'Anfal comme étant un génocide.

 

« Les conditions pour une guerre civile au Kurdistan irakien sont réunies »

 

LE MONDE | 30.09.2017 à 11h35 • Mis à jour le 01.10.2017 à 06h36 |Propos recueillis par Romain Geoffroy

 

Adel Bakawan, sociologue franco-irakien, né au Kurdistan irakien, chercheur associé à l'Ecole sociale des hautes études en sciences sociales (EHESS) analyse la crise qui oppose l'Irak à sa région autonome, après la large victoire du oui lors du référendum interdit sur l'indépendance. 

Mettant son ultimatum à exécution, l'Irak a suspendu, vendredi 29 septembre, tous les vols internationaux en provenance du Kurdistan irakien et vers ses deux aéroports, celui d'Erbil, la capitale de la région autonome, et celui de Souleimaniyé.

Manifestation à l'aéroport d'Erbil (Kurdistan irakien), après l'annonce de la suspension par Bagdad des vols internationaux, le 29 septembre. SAFIN HAMED / AFP

Il s'agit de la première mesure de rétorsion concrète de Bagdad après le oui massif à l'indépendance des Kurdes irakiens obtenu lundi, à près de 93 %, lors d'un scrutin rejeté à la fois par l'Irak et les autres pays voisins comptant des minorités kurdes, l'Iran, la Turquie ou la Syrie.

Est-il envisageable que le Kurdistan irakien proclame unilatéralement son indépendance dans les prochains jours ?

Adel Bakawan : Avant le référendum du 25 septembre, on voyait déjà que, d'un point de vue régional, national et international, les conditions économiques, sociales et politiques pour une telle indépendance n'étaient pas présentes. A l'échelle internationale, le Kurdistan irakien est accepté en tant qu'acteur dans l'Etat irakien mais il ne le serait pas à l'extérieur de l'Etat irakien.

Malgré tous ces problèmes, sur place on remarque que les Kurdes veulent vraiment cette indépendance. L'Irak chiite devient plus fort jour après jour. Avec le retour en force de l'armée  irakienne, soutenue par les Etats-Unis et surtout par Téhéran, et des milices populaires chiites, la militarisation de la société irakienne est vue comme une vraie menace par le Kurdistan irakien [à majorité sunnite].

De plus, les hommes politiques arabes irakiensdiabolisent les Kurde dans un but électoraliste, faisant ainsi passer les kurdes pour des traitres, pour des amis d'Israël. Les Kurdes ont très peur de cette construction  politique et sociale de leur image.
Ils pensent qu'il y a un vrai risque que les nouveaux élus d'Irak leur fassent  une tragédie comme l'Anfal [lors de l'opération « Anfal », entre 1987 et 1988, 180 000 Kurdes avaient été tués par l'armée de Saddam Hussein].

Le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, assure qu'il est ouvert au dialogue avec l'Etat central irakien. Cela se vérifie-t-il dans les faits ?

Il est bien sûr ouvert au dialogue, un dialogue sur l'indépendance.
Or l'Irak ne veut pas entendre parler d'indépendance.

Selon mes informations, les acteurs politiques kurdes sont en train de proposer d'autres options. Le confédéralisme pourrait être une solution intermédiaire entre le fédéralisme et l'indépendance. La souveraineté y serait partagée [contrairement au fédéralisme actuel, dans lequel c'est l'Etat irakien qui prend les décisions souveraines] et ils évolueraient dans un cadre commun.

Le gouvernement régional du Kurdistan irakien [GRK] est totalement dans l'impasse à l'état actuel. Il vit une crise économique mortelle, une crise politiquemajeure [le mandat du président a été prolongé de manière contestée en 2015],et une crise militaire. Pour faire face à cette impasse, il a deux options : soit il retourne sous l'égide de Bagdad et fait partie intégrante de l'Irak, ce qui signifie la fin de son autonomie et serait donc catégoriquement rejeté par la société kurde ; soit l'Etat kurde, qui est étranglé, se transforme en autre chose.

Les députés irakiens ont demandé au premier ministre Al-Abadi l'envoi des forces armées de sécurité dans les zones disputées entre l'Irak et la région autonome, peut-on craindre une escalade ?

Les conditions pour une guerre civile sont réunies. Il y a clairement un risque.

Il suffit d'un événement tout banal, un meurtre ou une explosion entre deux brigades de l'armée irakienne ou des peshmergas [les combattants kurdes] et ça peut dégénérer.
Tout va dans le sens d'une guerre civile entre deux peuples, et non pas entre deux gouvernements.
Le problème étant qu'une guerre entre deux peuples est beaucoup plus dangereuse qu'entre deux gouvernements, car beaucoup plus difficile à résoudre.
Il y a aussi un risque de guerre civile entre le nord et le sud du Kurdistan irakien, partagés entre les deux factions politico-militaires : le Parti démocratique du Kurdistan [PDK] du président Barzani et ses rivaux de l'Union patriotique du Kurdistan [UPK]. 
L'Iran exerce énormément de pression, notamment économique, dans le sud de la région, dominée par l'UPK, et pourrait remettreen question toute l'unité du Kurdistan irakien en exacerbant les tensions entre les deux factions.
Le scénario le plus optimiste, c'est qu'on laisse encore une ou deux semaines pour que tout le monde respire et qu'ils prennent leurs distances avec les positions brutales des cultures les unes contre les autres, et que la logique politique reprenne son droit : négociation puis projet commun.

Faut-il craindre une intervention des pays voisins, alors que la Turquie, qui entretient jusqu'ici de bons rapports commerciaux avec Erbil, a mis en garde contre un risque de « guerre ethnique et confessionnelle » ?

 

En Turquie, vous avez deux genres de discours politiques : celui qui s'appuie sur l'idéologie et les sentiments d'un homme qui se contrôle rarement, à savoir le président turc [Recep Tayyip] Erdogan ; et un autre plus raisonnable, fondé sur les intérêts nationaux turcs [incarné par exemple par le vice-président turc ou le vice-président de l'AKP].

Ces derniers savent que la Turquie ne peut pas se mettre à dos leur partenaire du Kurdistan irakien. D'abord pour une raison économique : les échanges entre Erbil et Ankara représentent 15 milliards d'euros par an.

Ensuite il y a la raison sécuritaire : un Etat kurde irakien pourrait mettre fin à ce « pan-kurdisme », c'est-à-dire qu'il serait un allié stratégique pour la Turquie contre le Parti des travailleurs du Kurdistan [PKK].

Enfin, les Turcs se veulent les protecteurs des sunnites dans le monde et peuvent espérer empêcher la domination chiite en restant alliés avec le Kurdistan irakien. Ils pensent que la région peut être l'obstacle à l'expansion des chiites dans le monde, alors que ceux-ci ont déjà trois grandes capitales du monde arabe : Bagdad, Beyrouth et Damas.

D'une manière générale, je ne suis pas très pessimiste sur le volet international. Je ne pense pas que ça puisse aller plus loin dans les sanctions. Aujourd'hui, et malgré la crise avec Bagdad, le GRK est un partenaire de la coalition internationale contre Daech [acronyme arabe de l'organisation Etat islamique] et il est perçu comme un allié par Washington. Personne ne conteste pour le moment que les Kurdes d'Irak restent dans cette coalition, les peshmergas ont été décisifs dans plusieurs batailles et ont donné de nombreuses vies : 1 703 sont morts dans la lutte contre l'organisation Etat islamique et 10 000 ont été blessés.

 

 
Libération  — 4 octobre 2017 à 20:26

Au Kurdistan irakien, retour vers le futur 

 

 

 

Ce jeudi, le Premier ministre irakien, Haider al-Abadi, sera en visite à Paris. A l'Elysée, on s'entretiendra de l'ère nouvelle qui s'ouvre en Irak : celle de la reconstruction et de la stabilisation politique. De vastes marchés s'ouvrent et la France compte bien y avoir sa part, d'autant qu'en août, Paris a annoncé sa volonté de soutenir Bagdad dans la «phase de paix», avec un prêt de 430 millions d'euros. Un sujet sera en revanche tabou lors des rencontres de jeudi : celle du futur du Kurdistan irakien.

Le 25 septembre, lors d'un vote historique, un écrasant «oui», à plus de 92 %, s'est imposé en faveur de l'indépendance du Kurdistan irakien. Une victoire aux yeux des Kurdes d'Irak. Mais quel sera l'avenir de cet Etat, certes gorgé d'hydrocarbures, mais qui doit s'appuyer sur ses voisins pour exporter son pétrole ? Les tensions sont par ailleurs loin d'être inexistantes entre les Kurdes d'Irak eux mêmes et entre les chrétiens et les musulmans quant au futur gouvernement de cet état et aux relations avec les Kurdes des pays voisins.

Il demeure que pour l'historien, ce référendum, malgré un futur plongé dans le brouillard, est un événement majeur : soixante ans après les accords Sykes-Picot, la carte du Moyen-Orient, dessinée par les puissances occidentales, semble en voie de remaniement. Tout se passe comme si une nouvelle cartographie était désormais en gestation à partir d'un acte démocratique rompant avec des modalités d'exercice de la politique longtemps marquées, dans la région, par la violence.

Au sein de ce vaste espace forgé par les puissances impériales européennes qu'est le Moyen-Orient, les Kurdes aspirent à un Etat national, preuve que l'Etat nation n'est pas un schéma totalement périmé. Avec toutes les conséquences en chaîne que l'on devine : un redécoupage des frontières moyen-orientales qui poursuivrait son travail de remise en question de la géopolitique. L'actualité semble faire du nouveau avec de l'ancien, car l'idée d'un Kurdistan indépendant n'est pas nouvelle.

Dans les années 1830, durant lesquelles le sentiment nationaliste kurde se renforce, des révoltes indépendantistes éclatent, écrasées par le pouvoir ottoman. Pour les Kurdes, avec l'effondrement de l'Empire ottoman et tandis que le président américain Woodrow Wilson exalte le «droit des peuples à disposer d'eux-mêmes», le rêve d'un Kurdistan indépendant renaît. Il demeure que les accords Sykes-Picot, conclus secrètement entre la France et la Grande-Bretagne en 1916, niaient totalement l'existence même de territoires appartenant aux Kurdes. Avec le traité de Sèvres d'août 1920, les alliés victorieux semblent promettre, dans les articles 62 à 64, la création d'un Kurdistan sur les dépouilles de l'Empire ottoman.

Ce futur Etat devait avoir, selon les vœux de Woodrow Wilson, comme l'Arménie, le statut de mandat et donc être placé sous la tutelle de la Société des nations. Jamais ratifié, Sèvres fut réécrit à Lausanne. Le 24 juillet 1923, le traité ne mentionne pas de Kurdistan indépendant. Et aujourd'hui l'histoire, au terme probable d'une formidable guerre civile moyen-orientale, revient comme sur ses pas. Un printemps kurde, après l'échec des printemps arabes ? Et quel devenir pour cette tentative de rejouer l'histoire au milieu des drames d'une guerre terrible ?

Guillemette Crouzet Chercheuse postdoctorale dans le département d'histoire de l'université de Warwick (Grande- Bretagne)

 

 

Kurdistan vs Palestine

 

François Margolin, le producteur des films «Peshmerga» et «La Bataille de Mossoul» de Bernard-Henri Lévy, pose la question : Pourquoi tant de gens sont-ils contre l'indépendance du Kurdistan mais pour un Etat palestinien?

La Règle du jeu

 

Deux poids deux mesures

Il est tout de même très étonnant que l'ensemble de la communauté internationale s'insurge ces dernières semaines contre le référendum qu'organise le gouvernement du Kurdistan irakien pour son indépendance, alors que, depuis des années, la même communauté internationale se bat pour imposer la création d'un Etat palestinien. C'est encore plus étonnant quand on constate que l'ensemble des pays arabes s'opposent eux-aussi à la création d'un Etat kurde, et que les centaines de milliers de militants pro-palestiniens à travers le monde ne lèvent pas le petit doigt pour les Kurdes.

Or, il s'agit, après tout, de deux causes tout-à-fait semblables: deux peuples sans Etat, dans la même région du monde, le Moyen Orient. Deux peuples qui ont été victimes de la répression des Etats sous la domination desquels ils vivaient: Egypte, Israël et Jordanie pour les Palestiniens, Irak pour les Kurdes, les Kurdes l'emportant haut la main pour avoir été, durant les années 80, victimes d'une véritable tentative de génocide de la part du régime de Saddam Hussein.

Deux peuples dont on sait pertinemment qu'en cas de vote, ils se prononceront à la quasi-unanimité pour leur indépendance.
Deux peuples chez qui le sentiment national existe depuis des décennies, les Kurdes ayant même une certaine avance puisque, si l'OLP (l'Organisation pour la Libération de la Palestine) a été créée au début des années soixante, la volonté d'acquérir un Etat de la part des Kurdes date, au minimum, de la fin du 19ème siècle et que cet Etat leur fut même promis durant quelques années par le Traité de Sèvres de 1920.
Pourquoi alors ce sentiment de "deux poids, deux mesures"? Pourquoi ce silence assourdissant? Pourquoi ces pressions de toutes sortes pour essayer d'empêcher l'organisation de ce référendum?

Des explications logiques

Le premier argument qui est avancé est que les Kurdes seraient divisés.

Ce n'est pas totalement faux car les haines sont tenaces entre les deux grands partis qui tiennent le Kurdistan irakien, le PDK des Barzani et le PUK des Talabani, et je ne parle pas des problèmes – qui tournent parfois aux affrontements armés – entre le PDK et le PKK, le parti le plus influent chez les Kurdes de Turquie, et du nord de la Syrie (où il se nomme YPG). Mais, honnêtement, on ne peut pas dire qu'il règne un grand amour entre le Hamas, qui dirige Gaza, et le Fatah de Mahmoud Abbas, qui est à la tête de l'Autorité palestinienne de Cisjordanie. Et il est extrêmement probable que, si un Etat palestinien voyait le jour, cela tournerait à la guerre civile entre les deux factions.

Le deuxième argument est que les Kurdes d'Irak ne représentent qu'une minorité du peuple kurde

Qui est lui-même réparti entre l'Iran, la Turquie, la Syrie et l'Irak. C'est aussi parfaitement vrai mais aujourd'hui il y a plus de Palestiniens dans le reste du monde (Jordanie, Liban, Syrie, pays du Golfe, Etats-Unis même…) que sur le territoire que revendiquent ces mêmes Palestiniens.

Le troisième argument est que la création d'un Etat kurde indépendant viendrait bouleverser l'équilibre déjà très instable des autres pays de la Région.

Or, pense-t-on sérieusement que la création d'un Etat palestinien, qui réunirait des portions des territoires de l'Egypte, de la Jordanie et d'Israël ne transformerait pas radicalement la donne géopolitique et militaire, et l'équilibre précaire qui règne dans la zone?

Le quatrième argument est que cet Etat kurde créerait un précédent inacceptable en défaisant un Etat,

L'Irak, qui existe depuis près d'un siècle, et qu'avaient souhaité les grandes puissances d'alors, France et Grande-Bretagne en tête, avec les accords Sykes-Picot. Mais, la création d'un Etat palestinien diviserait lui-aussi un Etat qui date de la même époque, la Jordanie, et surtout remettrait en cause un accord entre grandes puissances beaucoup plus récent – puisqu'il date de 1948 –, le vote de l'ONU, qui est à l'origine de la création de l'Etat d'Israël.

Le cinquième argument, sorti tout récemment de la poche de Donald Trump, est que la création de cet Etat favoriserait le développement du terrorisme (de Daech) dans la zone.

Au-delà du caractère grotesque de l'accusation – les combattants kurdes irakiens, les Peshmergas, ont été longtemps les seuls à résister à l'Etat Islamique et même à en venir à bout, avec le soutien de la Coalition internationale – et au-delà de son caractère presqu'insultant pour un pays qui connaît moins d'attentats terroristes que la France, on peut, hélas, parier que la création d'un Etat palestinien, non seulement ne ferait pas disparaître le terrorisme au Moyen Orient, mais, au contraire, le renforcerait, vu l'état d'esprit d'un certain nombre de jeunes Palestiniens à l'égard d'Israël.

Ce n'est donc pas cela le véritable problème.

Qui n'expliquent rien  !

Pour beaucoup, dans les pays arabes, il est clair que les Kurdes ne sont pas des Arabes et qu'ils n'ont donc droit à aucun autre statut que celui d'un peuple soumis à l'arabisation de la Région, comme c'est le cas depuis des siècles. On peut même dire, sans trop de risque de se tromper, qu'après avoir participé à la disparition de la plupart des minorités dans la région, qu'elles soient chrétiennes, yézidis, zoroastriennes, turkmènes, etc. et à l'uniformisation de la plupart des pays de la zone sous la bannière de l'Islam, les gouvernements arabes ne soutiennent le peuple palestinien que parce qu'il est arabe, comme eux, et de plus en plus influencé par l'Islam, souvent radical.
Et encore, on évitera de revenir sur une épineuse et lancinante question: l'utilisation, parfaitement hypocrite, de la "lutte du peuple palestinien" dans la propagande de ces mêmes gouvernements – depuis des décennies – pour éviter que soient abordés les problèmes de toutes natures qui hantent leurs sociétés.

Pour les grandes puissances, il est clair que le soutien permanent à la création d'un Etat palestinien est un facteur de stabilisation de la Région. Il permet de maintenir une pression politique et militaire sur Israël, sur le voisin égyptien et, bien sûr, sur les deux rivaux que sont l'Iran et l'Arabie Saoudite. N'oublions pas, par exemple, que le but (officiel) du régime mis en place en Iran par l'ayatollah Khomeiny est la conquête de Al Qods (Jérusalem, en arabe), qui ne peut se faire qu'avec la création de ce fameux Etat de Palestine.

Enfin, pour les militants de la "cause palestinienne", il est malheureusement de plus en plus évident – même si cela n'a pas toujours été le cas et si ce ne l'est pas pour tous ses militants– que la revendication palestinienne et l'adhésion à leur cause n'est souvent que le cache-sexe d'un antisémitisme qui n'ose s'avouer et qui permet de lutter contre Israël sans penser être "contre les Juifs".
Mais, de façon consciente ou inconsciente, il y a, bien sûr, l'idée que les Juifs n'ont rien à faire dans cette région – alors qu'ils s'y trouvaient déjà il y a 3000 ans – et qu'ils n'ont qu'à retourner dans leurs ghettos d'Europe Centrale d'où ils n'auraient jamais dû partir, s'il n'y avait eu le nazisme et la Shoah.

Le plus étonnant dans toute cette affaire est que le peuple kurde est le seul peuple de la Région qui a conservé – tout en étant très majoritairement musulman – une tradition de tolérance et d'authentique respect envers les autres religions et les minorités de toutes sortes. C'est au Kurdistan irakien, par exemple, que se sont réfugiés les Chrétiens qui fuyaient l'Etat Islamique. Ils étaient plusieurs millions.

Les Kurdes sont ainsi les seuls véritables héritiers de ce qui a fait la force, la renommée et la gloire de ce Moyen Orient qui fut – on a tendance à l'oublier – la partie du monde la plus développée quand s'y mélangeaient religions, minorités diverses et cultures venues de partout.
Il serait peut-être temps que, s'il veut réellement penser à l'avenir, le monde prenne les Kurdes en exemple, et les aide à reconstruire un Moyen Orient qui a terriblement besoin de retrouver sa splendeur d'antan.


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Légende de deux nations solitaires : Israël-Kurdistan

 

 
Le référendum sur l'Indépendance du Kurdistan d'Irak se déroule le 25 septembre 2017

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Au Kurdistan irakien, les autorités du Gouvernement Régional du Kurdistan (GRK) autorisent les masses à se rassembler autour des deux drapeaux réunis du Kurdistan et d'Israël.

Les manifestations à travers le monde pour l'Indépendance du Kurdistan, auxquelles les Kurdes ont participé, venus des quatre coins du Kurdistan historique, témoignent d'un nombre sans précédent de drapeaux israéliens flottant aux côtés des drapeaux du Kurdistan. Depuis les capitales du monde, à Washington, Bruxelles, Stockholm et Cologne, jusqu'aux villes du Kurdistan irakien, à Dohuk, Akre, Zakho et la capitale Erbil, les nationalistes kurdes ont agité le drapeau bleu et blanc, alors qu'ils entonnaient des chants nationalistes appelant corps et âme à l'indépendance.

Au Kurdistan d'Irak, les autorités ne mettent aucune barrière, en permettant aux masses de se rassembler alors qu'ils lèvent bien haut le drapeau israélien, même lors du plus grand rassemblement qui s'est tenu à Dohuk, la semaine dernière, où le Président Massoud Barzani a prononcé un discours devant une foule de plus de 200.000 personnes. On doit souligner qu'aucun de ces drapeaux israéliens flottant lors de ces manifestations n'a été fabriqué sur place. Il semble qu'ils aient été importés, peut-on présumer, d'Israël et que certaines personnes attendaient véritablement le bon moment pour déployer une forme de Sionisme non-Juif extraordinairement intéressante.

En tant que Kurde qui a vécu en Israël durant environ 6 ans et qui ai rencontré probablement toutes les délégations kurdes non-officielles qui se sont rendues en Israël, je devrais admettre qu'il n'y a pas de relations solides entre Israël et le Kurdistan semi-autonome d'Irak, ou si peu. Cela dit, beaucoup de gens, des deux côtés, investissent des efforts conséquents et quotidiens pour contribuer à ce que cette relation évolue, en partant d'une relation d'amour platonique de ces deux nations solitaires du Moyen-Orient, vers une réelle coopération, que ce soit sous les radars (clandestinement) ou de façon plus officielle et ouverte.

Pour les Kurdes d'Irak, des relations ouvertes avec Israël déclencheront l'ire de leurs voisins hostiles dans la région, alors qu'Israël comprend et respecte les inquiétudes kurdes. Mais, en fait, aucun des deux gouvernements n'a jamais contraint ses citoyens à éviter d'évoquer publiquement leur sympathie mutuelle, profondément enracinée. Le Kurdistan irakien, où la langue kurde est la langue officielle inculquée à l'école, est la seule entité au Moyen-Orient animée par un sentiment d'antisémitisme zéro dans son curriculum. En Israël, les institutions universitaires et les musées font référence au nord de l'Irak comme s'appelant le Kurdistan, un nom pour lequel les Kurdes ont donné leurs vies. Le nombre de combattants sacrifiés s'élève à bien plus que la population d'autres pays, pour mériter de finir par être, un jour, reconnu officiellement comme indépendant.

Les interprétations d'une telle empathie, de la part des individus des deux côtés racontent une histoire encore plus intéressante. Un Kurde résidant en Syrie m'a dit, une fois, qu'il considère les affinités des Kurdes envers Israël comme ressemblant aux sentiments romantiques d'un jeune garçon qui hésite à frapper à la porte de sa bien-aimée, craignant que son père ne l'attrape.

Un autre ami kurde, occupant une position quelque peu officielle, me rappelait sa rencontre avec un responsable israélien important, lors d'une conférence internationale dans une capitale occidentale : « Je l'ai approché en silence, je suis resté debout près de lui pendant un certain temps, comme si j'étais en train d'écouter les autres. Puis j'ai murmuré à son oreille, sans que les autres n'entendent : « Nous vous aimons ». Après un moment étrangement calme, il m'a murmuré en retour : « Nous vous aimons aussi ». Aucun des autres invités n'a su ce que nous venions d'échanger. Nous ne nous sommes même pas souri de façon à ce que les autres ne soupçonnent rien ».

En 2013, alors que je prenais mon vol d'Erbil à Tel Aviv par Amman, une charmante femme-agent de sécurité à l'Aéroport International d'Erbil m'a dit avec un beau sourire, après avoir regardé mon billet d'embarquement : « Dites-leur que nous serons nous aussi bientôt libres, tout comme eux! ».

« Je le ferai », lui ai-je dit. « Je raconterai cette histoire autant que je le pourrai en Israël ».

En Israël, où la totalité de la population a appris le nom du Kurdistan grâce à la courtoisie des Juifs Kurdes, longtemps avant que les autres, tout autour du monde, en aient jamais entendu parler, des histoires identiques existent parallèlement. En novembre 2010, quelques jours après être arrivé à BeerSheva, j'ai demandé à un vieil homme au supermarché, lequel des paquets blancs contenait du yaourt, la nourriture nationale des Kurdes. Alors que nous entamions une petite conversation, il a appris que je venais du Kurdistan. Il m'a attrapé par le bras et s'est immédiatement tourné vers les autres personnes qui se tenaient autour de nous et leur a dit : « Regardez-le, il est Kurde. Nous avons des Kurdes qui font la guerre avec nous ».

« Ces types sont forts, regardez, il n'a même pas froid et ne porte qu'un tee-shirt à manches courtes! ». Une autre fois à BeerSheva, cela devait être en 2012, un tenancier de bar a demandé à mon ami israélien pourquoi nous parlions en anglais.

Il lui a répondu que j'étais Kurde. Après plusieurs minutes, le barman a commencé à distribuer des coups gratuits à tout le monde assis dans le bar (y compris à lui-même), a levé son verre et a crié : « Kurdistan Libre! ». Toutes les femmes et tous les hommes qui recevaient des boissons gratuites l'ont répété après lui, bien qu'aucun d'entre eux ne savait qu'un vrai Kurde était assis avec eux.

Ce que pourrait apporter la collaboration Kurdo Israélienne

En effet, on peut en dire long sur ce potentiel d'une alliance forte judéo-kurde et à quel point cela pourrait aider les Kurdes à transférer facilement vers leur propre pays, l'expérience riche d'Israël dans de nombreux domaines, qui s'étendent de l'agriculture à l'éducation. Le Kurdistan, en retour, pourrait être l'unique nation amicale envers les Juifs au Moyen-Orient et avec son économie en plein essor, ouverte aux Israéliens, il pourrait jouer le rôle d'un allié économique fiable. Grâce à une amitié vraie, solide, développée et déclarée envers Israël, le Kurdistan pourrait aussi renforcer sa démocratie laïque.

Les étudiants kurdes et les professionnels embauchés dans les institutions israéliennes pourraient constituer des ponts culturels entre Israël et le Kurdistan, où l'histoire juive qui a traversé les âges attend encore d'être découverte et enseignée. Je suis tout-à-fait sûr que beaucoup de Kurdes, en lisant cet article sont plus intéressés par les F-16 d'Israël que par son agriculture. Mais oui, Israël pourrait aussi un jour vous enseigner comment faire voler un F-16.

Les relations judéo-kurdes nécessitent encore beaucoup de travail pour se transformer en coopération concrète et fière d'elle-même, entre les deux nations. Il y a quelques jours, l'ancien Premier Ministre notoirement sectaire, extrémiste et violent, Nouri Al Maliki a dénoncé le référendum, en déclarant que l'indépendance du Kurdistan serait la création d'un deuxième Israël et que les Arabes feraient absolument tout pour empêcher que ce rêve ne se concrétise.

En fait, ces remarques acerbes ont été faites en l'absence de véritables relations officielles entre Jérusalem et Erbil. La question, cependant, c'est que si vous êtes déjà désigné comme le Second Israël, même si vous ne l'êtes pas encore, pourquoi ne pas oser revendiquer cette désignation, alors que vos futurs pilotes sont prêts à s'entraîner réellement sur les F-16 du Premier Israël?


En savoir plus sur http://www.jforum.fr/legende-de-deux-nations-solitaires-israel-kurdistan.html#FKWCSUJU44r46gg8.99

 

http://www.jforum.fr/erdogan-le-mossad-a-manipule-le-vote-au-kurdistan.html

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20171003-mort-jalal-talabani-peshmerga-devenu-president-irak

http://www.jforum.fr/lirak-ne-croit-pas-au-soutien-irano-turc-contre-les-kurdes.html

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/10/04/31002-20171004ARTFIG00114-pourquoi-il-faudrait-soutenir-l-independance-kurde.php

https://fr.sputniknews.com/international/201710041033328064-khamenei-referndum-kurde-nouvel-israel/

 

AFP, publié le vendredi 06 octobre 2017 à 15h39

https://actu.orange.fr/monde/3f76908f1649d8a4a6b68472b0ded1b3/une-foule-immense-rend-hommage-a-l-ex-president-irakien-talabani-CNT000000PGh8n/photos/jalal-talabani-09e2d6dadb116c2ba07c5e9fca3cf61f.html

Des dizaines de milliers de personnes, dont des dirigeants irakiens et kurdes, ont rendu un vibrant hommage à l'ex-président d'Irak, le Kurde Jalal Talabani, lors de ses funérailles vendredi au Kurdistan.

Portant des drapeaux verts de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK) avec l'effigie du fondateur du parti, Jalal Talabani, ils ont bloqué durant trois heures le cortège qui devait se rendre de l'aéroport à la grande mosquée de son fief de Souleimaniyeh, une province du Kurdistan dans le nord de l'Irak.

Des gens pleuraient, voulaient embrasser la voiture transportant le cercueil en criant "yekdaka" ("juste un moment" en kurde), qui a dû frayer son chemin pour parvenir à la mosquée.

Vétéran de la cause kurde, Jalal Talabani est mort mardi en Allemagne à l'âge de 83 ans, après y avoir été hospitalisé d'urgence.

L'avion d'Iraqi Airways transportant sa dépouille a atterri dans la matinée à Souleimaniyeh, en dérogation à l'interdiction des vols internationaux imposé au Kurdistan par le pouvoir à Bagdad pour riposter au référendum d'indépendance organisé fin septembre dans cette région autonome.

Le tapis rouge a été déroulé et une haie d'honneur s'est formée sur le tarmac de l'aéroport. La veuve de Jalal Talabani, Hero, est descendue de l'appareil accompagnée de ses deux fils.

Sous des tentes blanches installées à proximité ont pris place son vieil adversaire, le président du Kurdistan Massoud Barzani, le Premier ministre kurde Nechervan Barani, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif ainsi que représentants politiques kurdes de Syrie, d'Iran et de Turquie.

L'actuel président d'Irak, le Kurde Fouad Massoum, et le ministre irakien de l'Intérieur Qassem Al-Araji ainsi que le président du Parlement irakien, Salim al-Joubouri, étaient également présents, alors que le pouvoir central et le Kurdistan sont en crise ouverte depuis le référendum très controversé du 25 septembre.

Les personnalités ont déposé des couronnes de fleurs sur le cercueil recouvert du drapeau kurde, rouge blanc et vert avec un soleil au centre. Les hymnes nationaux irakien et kurde ont été joués. Le cercueil a été ensuite transporté à la mosquée.

C'est la première fois depuis la chute de la royauté en Irak en 1958 que l'enterrement d'un président a suscité une telle ferveur, car beaucoup de ses prédécesseurs sont morts exécutés ou en exil.

Affaibli par la maladie depuis plusieurs années, Jalal Talabani est mort en Allemagne où il avait dû être transporté juste, avant la tenue du référendum au Kurdistan, en raison de la détérioration de son état de santé.

Négociateur habile et politicien aguerri par de longues années de lutte pour la cause kurde, il a été le premier président kurde de l'Irak (2005-2014).

 

Une foule immense rend hommage à l'ex-président irakien Talabani

AFP
Modifié le 06/10/2017 à 15:40 - Publié le 06/10/2017 à 12:44 | AFP

Une foule immense rend hommage à l'ex-président irakien Talabani©AFP/ SHWAN MOHAMMED AFP

http://www.lepoint.fr/monde/kurdistan-arrivee-de-la-depouille-de-l-ex-president-irakien-talabani-06-10-2017-2162538_24.php

Des dizaines de milliers de personnes, dont des dirigeants irakiens et kurdes, ont rendu un vibrant hommage à l'ex-président d'Irak, le Kurde Jalal Talabani, lors de ses funérailles vendredi au Kurdistan.

Portant des drapeaux verts de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK) avec l'effigie du fondateur du parti, Jalal Talabani, ils ont bloqué durant trois heures le cortège qui devait se rendre de l'aéroport à la grande mosquée de son fief de Souleimaniyeh, une province du Kurdistan dans le nord de l'Irak.

Des gens pleuraient, voulaient embrasser la voiture transportant le cercueil en criant "yekdaka" ("juste un moment" en kurde), qui a dû frayer son chemin pour parvenir à la mosquée.

Vétéran de la cause kurde, Jalal Talabani est mort mardi en Allemagne à l'âge de 83 ans, après y avoir été hospitalisé d'urgence.

Jalal Talabani © Paul DEFOSSEUX AFP

L'avion d'Iraqi Airways transportant sa dépouille a atterri dans la matinée à Souleimaniyeh, en dérogation à l'interdiction des vols internationaux imposé au Kurdistan par le pouvoir à Bagdad pour riposter au référendum d'indépendance organisé fin septembre dans cette région autonome.

Le tapis rouge a été déroulé et une haie d'honneur s'est formée sur le tarmac de l'aéroport. La veuve de Jalal Talabani, Hero, est descendue de l'appareil accompagnée de ses deux fils.

Sous des tentes blanches installées à proximité ont pris place son vieil adversaire, le président du Kurdistan Massoud Barzani, le Premier ministre kurde Nechervan Barani, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif ainsi que représentants politiques kurdes de Syrie, d'Iran et de Turquie.

L'actuel président d'Irak, le Kurde Fouad Massoum, et le ministre irakien de l'Intérieur Qassem Al-Araji ainsi que le président du Parlement irakien, Salim al-Joubouri, étaient également présents, alors que le pouvoir central et le Kurdistan sont en crise ouverte depuis le référendum très controversé du 25 septembre.