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La Catalogne en question


Jeudi, 04-Jan-2018
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Revue de Presse
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Les peuples naissent, fusionnent, se scindent car ils sont des organismes vivants, réagissant à l'environnement. Pour former un nouvel état-nation, il faut insuffler à sa population la volonté d'un avenir commun justifié par le rejet de l'ancienne communauté nationale, la croyance en des mythes fondateurs et fédérateurs, et l'espoir d' un avenir meilleur. Des catalans tentent leur chance, et c'est toute l'Europe qui se sent menacée.

 

 

La nation en question

Les nations sont des ensembles artificiels, au gré des conquêtes, des alliances, les régions sont passés d'une main à l'autre, quand une princesse se mariait, elle apportait en dote des régions, voir des pays. Qu'y a t-il de naturel à réunir en France des Champenois, les Bretons, des Alsaciens, et des Corses ? 

C'est souvent la langue qui réunit, mais pas toujours, les alsaciens n'ont ils pas choisi la France ?  c'est surtout le sentiment d'appartenance à une communauté, et ce sentiment se renforce face à une menace commune, ou se crée par l'adhésion à une mythologie commune. 

Les peuples sont en général inventés, et pour souder, on développe des mythes fondateurs. Selon les historiens, tel fut le rôle de la bible, qui a diffusé au VII ième siècle un récit où le peuple juif se trouvait un rôle éminent, entre la Mésopotamie et l'Égypte. De même la France doit beaucoup à Jeanne d'Arc et à Jules Michelet, éminent historien qui a su apprendre à tous les petits enfants à admirer et à aimer leur pays.
Mais pour que la nation française existe et soit forte, il fallait écraser les autres nationalités possibles, il était interdit de cracher par terre et de parler breton.

Shlomo Sand avait écrit un livre qui a fait scandale, "Comment le peuple juif a été inventé" et il expliquait le processus tout à fait artificiel de la transformation d'une communauté religieuse en peuple, avait-il pensé que ce processus se retrouvait chez tous les peuples de la terre ? 

Les nationalistes catalans ont bâti un mythe en se basant sur la capitulation de Barcelone, sous Louis XIV afin de s'auto-persuader qu'avant ce drame et l'autoritarisme de Philippe V, il existait une Catalogne indépendante, et que cette dernière a été niée et brimée par une Espagne autoritaire.

Riche de cette histoire adaptée aux besoins, les indépendantistes ont travaillé sur la langue, si les catalans ne comprenaient plus l'espagnol, le lien national se dissoudrait, il suffirait alors de quelques violences policières et militaires dont Madrid a le secret, pour souder tout le monde autour de la nouvelle identité, et la population ne se sentirait plus appartenir à l'Espagne oppresseur, mais au peuple Catalan.

Les Corses aussi peuvent utiliser le même stratagème, travailler la langue, même si elle n'est plus parler, on peut la faire renaître, l'hébreu en est un bel exemple, et puis provoquer des réactions si possible excessives des forces de l'ordre afin de souder le peuple contre la répression, et le tour est joué. Les mythes de la résistance Corse à l'invasion française sont bien sûr appelé en renfort.  La même stratégie peut jouer en Bretagne, en Ecosse, en Bavière, en Toscane, en Flandre ou ailleurs.

Seulement, dans le cas de la Catalogne, la population est majoritairement de centre droit, et ne souhaite pas l'aventure. Lors des prochaines élections les Catalan devront dire ce qui est plus important pour eux :

  • Une économie de centre droit ouverte sur l'Europe, fer de lance de l'Espagne, avec l'appui de la finance internationale. Une foi nommés, les ministres ne pourraient se mettre d'accord sur une éventuelle indépendance.
  • Un indépendance où les intérets nationalistes supplanteraient la cohérence économique européenne, une fois nommés, les ministres ne pourraient se mettre d'accord sur la politique économique à choisir.

L'opinion est divisée en quatre quart, le gouvernement serait obligé de travailler avec des adversaires soit sur le plan économique, soit sur le plan nationaliste.

 

L'Espagne en question

L' Espagne, une des plus grandes puissances européennes depuis des siècles, est riche d'une  histoire tourmentée. Conquise par Rome qui lui a donné sa langue, puis par les Wizigoths et les Vandales (d'où le nom d'Andalousie => Vandalousie), prise par les berbères arabisés au VIII ième siècle, et ensuite ronconquise par étape par les chrétiens. Elle fut à la tête d'un immense empire en Amérique, et le pays s'est enfoncé dans l'autoritarisme et intolérance. L'Espagne a abordé le XX ième siècle avec un grand retard.

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La Catalogne est donc au Nord Est de l'Espagne, dans l'ancien royaume d'Aragon.
La région proche de la France parle une langue latine, à mi chemin entre le français et le castillan, les idées libérales y ont toujours été plus fortes qu'ailleurs en Espagne, et pendant la guerre civile le Catalans se sont montré franchement Républicains. Ils se sont opposé tant qu'ils ont pu au fascisme de Franco qui a laissé dans la ville un souvenir détestable.

La Catalogne était une région autonome depuis 1932, lorsqu'en 1936 l'armée se souleva partout, y compris en Catalogne contre la République. Mais le Gouvernement Catalan réussit à vaincre au moyen de ses propres forces et avec le concours du peuple, les troupes insurgées. La Catalogne fit figure de pays indépendant pendant les deux premières années de la guerre civile où les dirigeants s'entendaient bien avec le gouvernement républicains. Malheureusement, des tensions très vives entre républicains catalans, (anarchistes, trotskystes, staliniens etc...), et la défaite militaire de la République fit que la Catalogne restait la seule zone hors de contrôle des fascistes. Le siège de la République se fixa à Barcelone, qui perdit de son autonomie et fut durement assiégée.
Enfin à la fin de la guerre, tous les dirigeants républicains, catalans ou non durent fuir pendant qu'une répression sans pitié s'abatit sur la région. La langue catalane fut interdite comme toutes les autres langues régionales.

Il a donc fallu attendre la fin du franquisme, après 1978 pour que l'Espagne se décentralise un peu, et qu'on donne aux régions une assez grande autonomie.
L'Espagne a réussi lentement à désamorcer le terrorisme basque, et a laisser se développer en Catalogne un sentiment national.

L'autonomie Catalane

La Catalogne a toujours été opposée à la violence, et les dirigeants autonomistes, voir indépendantistes ont lentement préparé le chemin en agissant sur le fond de la société.

Ils ont travaillé sur la langue, en rendant le Catalan obligatoire. Dans de vaste zones, le Castillan devient une langue étrangère. Ils ont instauré un drapeau et une fête nationale, le 11 septembre, en mémoire du 11 septembre 1714 . Ce fut pendant la guerre de succession d'Espagne, deux prétendants, Philippe d'Anjou, un Bourbon, et Charles d'Autriche, un Habsbourg se disputaient le trône. La France combattait pour Philippe, et l'Autriche pour Charles... Alors que plusieurs province dont la Catalogne combattaient au côté de Charles, en mars 1714 les deux prétendants font la paix, et laissent le pouvoir à Philippe. Une nuit, les troupes autrichiennes sont parties en douce, laissant les Catalans seuls contre les troupes de Philippe. Le 11 septembre, Barcelone capitule, et Philippe V impose sa dominatioin et son autorité absolue sur la région. Il ordonne entre autre que le catalan ne soit plus jamais utilisé dans aucun document public.

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La «Generalitat de Catalunya» enseigne et publie en Catalan, une année elle fut présente à la foire de Dijon, et distribuait des tracts en Catalan, que bien sûr personne ne pouvait comprendre. Cet enseignement a fini par mettre mal à l'aise, et les autres espagnols qui ont commencé à ne plus se sentir chez eux en Catalogne, tandis que les Catalans considéraient leurs compatriotes comme des étrangers. Ceci sur un fond de rivalité économique très forte entre les deux métropoles Madrid et Barcelone, sans parler des équipes de foot, le Réal Madric, et le Barça de Lionel Messi qui a eu le culot de gagner le dernier match (Le 23 décembre 2017  3 buts à 0). Lors du dernier attentat terrible qui a frappé Barcelone, toute l'Espagne s'est montré solidaire de Barcelone, mais le Roi Philippe VI venu apporter son soutien a été conspué par le foule.

Le Parti Populaire (de droite) craint le séparatisme catalan

Lors du retour au pouvoir du Parti Socialiste en 2004, un nouveau statut des autonomies est mis en chantier très favorable à la Catalogne, en particulier concernant la langue ; il est approuvé par référendum en 2006 mais le Parti Populaire entame des recours auprès du Tribunal Constitutionnel contre le statut de la Catalogne.

Le Tribunal constitutionnel, annule en juin 2010 des pans entiers du nouveau statut des autonomies, affaiblissant la politique linguistique. Dans son rapport il refuse que le catalan soit langue des administrations et qu'il ait une préférence sur le castillan. La réaction populaire est immédiate ; des milliers de Catalans défilent le 10 juillet 2010 à Barcelone.

Le rêve des dirigeants Catalans, Artur Mas et son successeur Carle Puigdemont est une indépendance pacifique, comme celle de la Slovaquie par exemple, et en même temps une adhésion à la communauté européene. Il ne s'agit pas d'une rupture avec "le système", ni même avec l'Espagne.
Le pari n'est pas gagné, car dès les premieres manifestations, les responsables de l'Union Européenne et les principaux chefs de gouvernement ont manifesté leur soutien à Mariano Rajoy premier ministre (Parti Populaire) Espagnol.

Toutefois, la peur n'évite pas le danger  !

Lire la suite des événements se lisent sur le tableau ci dessous en commençant par la droite...  Novembre 2014 lors d'une consultation symbolique...

Le 03 octobre le Roi Felipe VI fait un discours solennel, avec fermeté en assurant que l'Etat devait assurer l'ordre constitutionnel toutefois il a confirmé l'autonomie de la province.

Le 11 octobre, Mariano Rajoy lance un ultimatum aux leaders Catalans, soit ils se prononcent clairement contre l'indépendance, soit il inculpera  pour sédition les responsables catalans, voir suspendra l'autonomie de la «Generalitat».

Le 27 octobre Mariano Rajoy décide d'élections régionales anticipées fixées au 21 décembre.

le 29 octobre 2017 : Carle Puigdemont s'enfui en Belgique où il est soutenu par les nationalistes flamands, avec cinq de ses onze ministres, l'Espagne demande son extradition.
En même temps, la police mettait en prison Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, qui dirigent respectivement les deux principales associations indépendantistes de Catalogne : l'Assemblée nationale catalane (ANC), pour le premier, et Omnium Cultural pour le second. (*)

Le 21 décembre 2017 : Les élections se sont déroulées dans le calme avec un très fort taux de participation.

Pour l'indépendance 34 élus de centre droit, 32 de gauche, et 4 d'extrême gauche.
Dans le parlement précédant la coalition indépendantiste avait 62 élus elle gagne 4 sièges
par contre l'extrême gauche avait 10 élus, ils n'en ont plus que 6. Au total les indépendantistes perdent 2 fauteuils par rapport au dernier scrutin.

Pour l'unité de l'espagne, Podemos, gauche radicale perd trois sièges 8 contre 11, les socialistes passent de 16 à 17, Cuidadamos de centre droit est le grand vainqueur, avec 37 sièges en gagne 12, et le grand perdant est le parti populaire de Mariano Rajoy qui tombe de 11 sièges à 3  !

En siège, les indépendantistes ont une légère majorité, et en voix ils sont minoritaires, le découpage électoral privilégiait les zones rurales .

La majorité est de centre droit, les indépendantistes à la tête d'une majorité étriquée ne peuvent ignorer qu'ils ne parlent qu'au nom de la moitié des Catalans, et Puigdemont au nom de la moitié de cette moitié.

L'indépendance n'est pas acquise

Les troubles, les manifestations monstres pour l'indépendance ou pour l'unité de l'Espagne, la répression policière du premier référundum ont semé le trouble, et dès les déclarations d'indépendance, un nombre important de sièges sociaux ont fuit Barcelone, le monde des affaires et l'Union Européenne ont milité fortement pour l'unité de l'Espagne.

Il n'y a aucune confiance entre le gouvernement de Mariano Rajoy et la Catalogne, les exactions de la police ont évoqué le franquisme, et Rajoy représente tout ce que les Catalans détestent : l'autoritarisme et la répression. Les urnes ont parlé, si une faible majorité des catalans veulent rester en Espagne, les partisans de Rajoy se comptent.

Le grand perdant est donc le parti populaire, dont les attitude ont représenté tout ce que les catalans détestaient, l'autoritarisme et l'absence d'écoute et de compassion.

L'opinion espagnole n'est après tout pas si éloignée de l'opinion française, elle a tendance a rejeter les extrèmes, elle est fondamentalement de centre droit, et elle aspire à un gouvernement moderne et européen, ils sont en attente d'un homme comme Macron, et supportent difficilement Mariano Rajoi. Ce dernier doit composer avec une coalition fragile, et sa dureté de ton s'explique probablement surtout par sa faiblesse.

     Maintenir l'unité de l'Espagne ne sera pas chose facile, mais si Madrid se dotait d'un nouveau gouvernement populaire, rassurant et à l'écoute, on pourrait parier sur la continuité de l'unité espagnole.

 

Michel Lévy

 

 

 

 

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