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La première guerre mondiale
Cent ans après


Mercredi, 21-Nov-2018
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trefle
Cent ans après la fin de la première guerre mondiale, l'Allemagne et la France sont amis, et ceux de ma génération se souviennent les échos de la fureur meurtrière qui a ravagé les corps et les âmes il y a cent ans. Toutes les passions ne sont pas encore morte, car certains ont encore tenté de réhabiliter le Maréchal Pétain.
 

Mivy a connu les témoins de la grande guerre

Cette guerre a été un cauchemar pour ceux qui l'on vécu. Permettez moi de rendre un hommage à Gaston Lévy, mon grand père, rappelé sous les drapeaux à quarante et un ans, il s'est battu dans l'Artois, et m'a raconté ses souffrances, alors que j'avais treize ou quatorze ans.
      Âgé de plus de quatre vingt ans, il ne pouvait plus marcher que de son bureau à sa chambre à coucher, il avançait en poussant une chaise devant lui, on ignorait, à l'époque le cadre de marche. Devenu aveugle suite à une cataracte qu'on ne savait pas soigner, il restait toute la journée, assis à son bureau, à tenter de prier, avec un vieux livre bourré de marque pages. Gaston ne pouvait plus lire, et se servait de bouts de carton, pour lui indiquer à quelle page se trouvait la prière qu'il souhaitait dire et qu'il devait imaginer.

Cet ardent patriote, m'a appris toutes les paroles des sonneries du clairon militaire :

  • "C'est pas d'la soupe, c'est du rata, c'est pas d'la merde, mais ça viendra" (A table)..

      

    .
  • "Soldat, lève toi, Soldat, lève toi bien vite, Soldat, lève toi, soldat lève toi bien tôt. Si tu peux pas t'lever, fais toi porter malade, mais si t'es pas r'connu, t'aura huit jours de plus" (Réveil)
  •   

  • "Rassemblement des anciens combattants, de la guerre de cent ans" ...(Rassemblement)

      

 il me parlait des juifs allemands, qui étaient "plus boches que les boches", il ma parlait des tranchées, ou il avait été gazé, enterré vivant, blessé et finalement rapatrié sans trop de séquelles. Il me montrait fièrement le certificat de bonne conduite qu'on lui avait donné à sa démobilisation, il avait fini la guerre soldat de seconde classe. Comme il m'avait appris tous les grades de la hiérarchie militaire, dans l'infanterie et la marine, j'en ai déduit que sa progression dans la carrière militaire n'avait pas été particulièrement rapide. Il n'a jamais remis en cause la légitimité de son combat, ni son amour pour la France, ni le respect pour l'armée et pour ses chefs. Il était Radical Socialiste et ne faisait état de ses opinions politiques qu'à ses petits enfants. Un commerçant n'a pas d'idées, disait il, il est de l'avis de son client.

Le onze novembre de mon enfance

Le onze novembre, dans mon souvenir, c'est Colmar dans le brouillard, et dans le froid. J'avais dix ans, j'habitais chez ma maman, je fréquentais le petit lycée, et le jour de l'armistice était un jour de congé. Je me levais tôt le matin pour assister au défilé militaire et aux cérémonies patriotiques. Je me souviens de l'humidité et du froid qui me transperçait, et j'avançais dans une ville déserte où toutes les maisons étaient pavoisées avec des drapeaux, les uns plus ornés que les autres. Tout à coup une musique éclatait au bout de la rue, ou plus loin encore, d'où venait ce son de trompette ? je courrais en brisant la brume, je ne sentais plus le froid sur mes jambes nues, j'arrivais en retard, comme d'habitude, et le roulement du tambour succédait aux cuivres. Enfin, sur la place, je voyais les soldats, et la foule qui les admiraient, bien vite la musique avançait, et à travers toute la ville, on les suivait, en rêvant à cette force virile qui guidait nos pas. " Vous n'aurez pas, l'Alsace et la Lorraine, Vous l'aurez pas, et quoi que vous fassiez  !  Vous avez pu germaniser la plaine, mais notre coeur, vous ne l'aurez jamais. "

Derrière les militaires, défilaient en rangs serrés, des messieurs d'âge mûr, la poitrine pleine de médailles, avec des drapeaux, c'était les anciens combattants de 14-18, puis des jeunes gens, ayant la quarantaine, souvent moins qui marchaient hardiment, c'était les anciens de 39-45... très fiers d'être à Colmar, l'armée Rhin et Danube, du Général de Lattre, qui venait du Tchad, avait pris pour écusson celui de Colmar, la dernière ville française libérée tard en 1945.

 

 

 

La guerre de 14 était alors encore très présente dans les Vosges, quand on se promenait en famille entre les vallées de Munster, et de Kaysersberg, on passait près du col du Linge, on voyait alors très nettement les tranchées, creusées il y a quarante ans, on voyait des abris, des fils de fer et des objets métalliques dont il fallait plutôt se méfier....

 

 

Sommes nous revenus en 1914 ?

Des chroniqueurs se plaisent à comparer la situation actuelle à celle qui prévalait avant la seconde guerre mondiale, ils voient une montée des nationalismes, du racisme, la fermeture des frontières et l'augmentation des risques de guerre.

Mais c'est inexact, il n'y pas un empire idéologiquement raciste et dominant menaçant le monde, par contre on voit davantage de similitudes avec la situation qui existait avant la première guerre mondiale. La multiplication des agitations nationalistes, des visées impérialistes dans un monde multipolaire, et des jeux d'alliance parfois paradoxaux. Les grandes puissances risquent de s'affronter au moyen Orient, ou l'impérialisme turc a déjà conquis une partie de la Syrie, tandis que l'impérialisme Iranien vise à déployer ses troupes à travers l'Irak et la Syrie pour asseoir son emprise sur le Liban. Les armées Russes et des États Unis sont sur place, pèsent sur des régimes au statut proche d'un protectorat informel.

La Russie inquiète aussi en Europe, ou après avoir démembrer la Georgie, annexé l'Ukraine, phagocyté le Donbass Vladimir Poutine menace les pays Baltes. Le même Poutine qui étant sa zone d'influence sur la Syrie et pèse de tout son poids sur la Turquie et l'Iran. Il est peu probable que les États Unis le laisse faire indéfiniment.

En un mot, on a peur d'une étincelle, car tout ce beau monde risque de s'étriper en vertu d'alliances formelles ou tacites.  On est reparti comme en 14  !  !

L'armistice de 1918 a cent ans

C'est dans ce contexte que le Président Emmanuel Macron a tenu à célébrer le centième anniversaire de l'armistice de 1918. Le président est mal placé dans les sondages, car sa politique très libérale fait des dégâts, et comme il est un partisan enthousiaste de l'Union Européenne, c'est l'image de l'Europe qui trinque avec lui.

L'Europe c'est la paix, et surtout la réconciliation avec l'Allemagne, pour cela la commémoration de l'armistice sera franco-allemande, et sans défilé militaire. Il n'est pas question de glorifier une victoire militaire qui s'est terminée par un armistice calamiteux, et qui pourrait humilier l'Allemagne. Les alliés en 1918, comme les israéliens depuis 1948 ont su gagner la guerre, mais pas la paix. Donc nous avons bénéficié d'une visite présidentielle sur les principaux champs de bataille de la Grande guerre, d'une cérémonie officielle dans la forêt de Compiègne (où l'armistice de 1918 a été signée) en compagnie de la chancelière allemande Angela Merkel, et d'un beau discours en Français au Bundestag en présence des plus hauts dignitaires de la république fédérale.

L'armée n'a pas été très heureuse de ce choix, elle avait prévu d'organiser aux invalides une cérémonie officielle pour rendre hommage a tous les maréchaux de la première guerre mondiale et parmi eux, on trouvait un certain Philippe Pétain.

L'affaire de l'hommage au Maréchal Pétain

Le Président Macron dans un premier temps n'a pas souhaité s'associer à la cérémonie, mais a laissé faire. Cependant prévoir de rendre hommage à tous y compris au maréchal Pétain est très mal passé dans l'opinion. Le mercredi 7 novembre, Emmanuel Macron avait jugé « légitime » de rendre hommage au maréchal Pétain, en soulignant que le dirigeant du régime de Vichy avait été « pendant la première guerre mondiale un grand soldat », même s’il a « conduit des choix funestes » pendant la seconde.

  Mais la polémique a enflé, les partis de gauche, et le CRIF entre autre, ont déploré un hommage à Philippe Pétain, car on ne pouvait pas honorer quelqu'un qui avait été condamné à l'indignité nationale.

   

Devant les levées de boucliers, un hommage solennel a été rendu dans la cour des invalides aux seuls maréchaux qui y reposent : Foch, Lyautey, Maunoury, Franchet d'Espèrey et Fayolle. La presse n'avait pas été conviée, et le Maréchal Galliéni, mort en 1916 et qui repose près de son épouse à Saint Raphaël n'a pas plus été honoré que le Maréchal Pétain.

Le Maréchal Pétain a-t-il été vraiment le héro de Verdun ?

L'image du Maréchal Pétain était celle du héro de Verdun, il a terminé la première guerre mondiale dans le respect et l'admiration de tous.

Alors qu'à l'école de guerre, on apprenait que l'offensive à outrance était la clé de la victoire, Philippe Pétain, avait compris que l'offensive avait des chances de réussir uniquement si elle bénéficiait de l'effet de surprise, ou à défaut si elle était déclenchée avant que l'ennemi n'ait eu le temps de se préparer. 

En conséquence, il a fortifié les positions françaises afin qu'elle puissent résister aux offensives allemandes, et a évité d'envoyer à la mort des foules de pauvres soldats, qui auraient été immanquablement fauchés par la mitraille allemande.

C'est par ce que ses rivaux militaires français, les généraux Nivelle et Mangin ont été déconsidérés par leurs initiatives meurtrières inutiles que le Maréchal Pétain s'est acquis une réputation de général humain et efficace.

En fait, si Verdun n'a pas été pris dès la première attaque allemande, c'était grâce au Général Calstelnau, Pétain était en route, malade et perdu dans la neige loin du front pendant la bataille. Il n'a été commandant de Verdun que quelques mois, et c'est Nivelle qui a fini par écoeurer les allemands.

Spécialiste de la logistique, il savait que la ressource humaine était rare et précieuse, il a donc économisé la vie de ses soldats, mais ce n'est pas pour cela qu'il était humain, il a fait fusiller des centaines de soldats innocents pour l'exemple, et restait un détestable personnage, anti-républicain et antisémite.

Chouchou de la droite réactionnaire, ce n'est pas par hasard s'il a été choisi par elle pour remplacer le gouvernement républicain en 1940. Il a donc été un bon général, et un homme mauvais toute sa vie.

On a souvent trouvé dans l'histoire des personnages qui étaient de grands artistes et de parfaits salauds.

Michel Lévy

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