Mivy décoiffe, car il est fait par un chauve

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Derière mise à jour 30-Sep-2020
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Les accords d'Abraham

Les menaces iraniennes et turques poussent les dirigeants arabes à se rapprocher d'Israël, au grand dam des dirigeants palestiniens qui voient leur rêve d'un état à eux s'envoler. C'est peut être aussi l'espoir d'une nouvelle approche pour mettre fin à une occupation pénible pour tout le monde.

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Depuis les années 1990-2000, il existait des relations informelles entre les pays du golf arabo-persique, et Israël. Alliés commun des États Unis, menacés ensemble par l'impérialisme iranien, les pays du Golf avaient besoin de la technologie sécuritaire d'Israël, qui lui même est à la recherche de clients, et de désenclavement.

En mai 2019, Donald Trump lançais le projet "le marché du siècle", une vision de paix global au proche orient, qui devait apporter la prospérité et résoudre le conflit israélo-palestinien. De grands meetings de présentation, et des discussions ont eu lieu a à Manama au Barheïn. Il s'agissait de bâtir une paix régional en favorisant l'économie et la liberté de circulation. De nombreux hommes d'affaires étaient présents et se sont parlés. Malheureusement, ce projet semblait mort né, car s'il intéressait les alliés des États Unis, il était rejeté par les dirigeants palestiniens qui n'avaient même pas été invités Peu de chefs d'État arabe y avaient souscrits officiellement. Certaines délégations invitées étaient absentes ou symboliques.

Toutefois, ces discussions avaient brisé des tabous, on s'était parlé ouvertement entre hommes d'affaires, et entre dirigeants politiques. Les émirats avaient montré des signes d'ouvertures, par exemple en autorisant des équipes sportives israéliennes à participer à des championnats ou encore la décision d'Abou Dhabi d'accepter un pavillon israélien à la foire internationale de Dubaï en octobre 2020.

Le 13 Août 2020 un accord entre les Emirats Arabes Unis et Israël est annoncé.

Les Emirats Arabes Unis et Israël annoncent un accord de normalisation des relations auquel les Etats-Unis sont également partie prenante. L’« accord d’Abraham Cet accord, après de longues discussions tripartites, qui se sont accélérées récemment, a été conclu par téléphone entre Donad Trump, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le cheik Mohammed Bin Zayed, prince héritier d'Abou Dhabi.

Les deux pays vont établir des relations officielles et Israël suspendra l’annexion programmée de 30 % de la Cisjordanie (que prévoyait déjà le « plan de paix » de Trump).

Dès le premier jour on a entendu des divergences, par exemple, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane a affirmé : « Un accord a été trouvé pour mettre fin à toute annexion supplémentaire de territoires palestiniens », tandis que Benjamin Nethanyahu annonce dès le 17 Août qu'il suspend pour un certain temps son projet d'annexion. « This was an American demand to suspend the annexation of lands in the West Bank for a time being, and we agreed »

Le 02 septembre 2020, l'Arabie déclare "permettre le passage dans l'espace aérien du royaume des vols israéliens à destination et en provenance des Emirats arabes unis, de et vers tous les pays". Toutefois l'Arabie précise : "les positions fermes et permanentes du royaume à l'égard de la cause palestinienne ne changeront pas par l'autorisation du survol de son espace aérien".

Le 11 septembre le sultanat de Bahreïn annonce se joindre à l'accord d'Abraham, et va signer un accord de normalisation avec Israël.

Le 15 septembre, l'accord dit d'Abraham est signé en grande pompe à Washington. A cette occasion Donald Trump annonce que certains pays pourraient se joindre à l'accord, il pensait à Oman, au Qatar, au Soudan, au Maroc et même au Koweit et à l'Arabie Saoudite. Les émiratis ne désespèrent pas de voir les Palestiniens s'y résoudre aussi, mais ceci est une autre histoire.

Les intérêts nationaux avant la cause palestinienne

Cette évolution spectaculaire s'explique par des changements importants de l'environnement du XX ième siècle.

La grande colère des dirigeants palestiniens

La communauté internationale, l'Europe, la France pense que la solution au conflit Israélo-Palestinien passe par un retour à la situation de 1967, et un état arabe unique dirigeant Gaza et la Cisjordanie avec Jérusalem Est pour capitale. Donc elle n'accepte pas que Jérusalem soit la capitale unifiée exclusivement d'Israël, ni les implantations juives au delà de la ligne d'armistice de 1949. Tous les plans de paix arabes et européens suppose un retour d'Israël aux frontières anciennes, et les leaders palestiniens ne peuvent pas accepter qu'on fasse la paix sans exiger la fin de la colonisation des terres arabes.

Au fil des années la cause palestinienne a pris un caractère religieux.
Ce qui a été confirmé par Abbas Zeki, membre du Comité central du Mouvement palestinien de libération nationale « Fatah », sous la direction de Mahmoud Abbas, "L'accord de normalisation entre les EAU et Israël signifie que les EAU renoncent à leur devoir religieux, national et humanitaire en faveur de la cause palestinienne." Le conseil National Palestinien dans un communiqué affirme également : "« La Déclaration tripartie israélo-émirato-américaine constitue une agression flagrante contre les droits de notre peuple et de sa Cause sacrée et à l’endroit des droits inaliénables de nos Nations arabe et islamique en Palestine et à la sainte mosquée d’al-Aqsa »

Samuel Huntington dans "Le choc des civilisations" émet l'hypothèse que dans le monde chrétien on rend à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César, alors que dans le monde chinois, César est Dieu, et dans le monde islamique, Dieu est César.
En acceptant cette hypothèse, et en considérant que la défense de la Palestine est le sixième pillier de l'islam, il est extrêmement dangereux pour un chef d'état arabe de négliger les palestiniens. Abdallah de Jordanie, et Sadate l'ont payé de leur vie.

Les états arabes sont divisés sur cet accord, L'Algérie est vent debout contre cet lui, la Tunisie condamne, beaucoup sont discrets et attendent avant de prendre clairement position, ces gouvernements insistent sur leur soutien à la cause palestinienne, et veulent s'assurer de ne pas passer pour des traîtres avant de saluer cette avancée vers une paix éventuelle, c'est le cas du Maroc, de l'Arabie, du Koweit, d'Oman, du Soudan, voir de l'Irak. Certains de ces pays pourraient adhérer, par exemple l'Arabie autorise désormais les avions Israéliens à traverser son territoire, des négociations sont en cours avec le Soudan, et probablement les autres états du Golf. Le silence syrien est paradoxal, Assad pourrait-il se rallier lui aussi face à la menace turque et vu la situation économique catastrophique de la Syrie d'après guerre ?

D'autres pays approuvent comme l'Egypte, ou la Jordanie, leurs dirigeants sont tout heureux de ne plus être seuls à avoir des relations avec Israël malgré les opposants islamistes très puissants en Jordanie. Un dessinateur jordanien risque la prison pour avoir publier ceci

Le Qatar intermédiaire habituel entre Israël et le Hamas pourrait signer à son tour.

Enfin, le Yémen la Lybie sont en pleine guerre civile, un camp est pour, l'autre contre, et le Liban ne peut se permettre de fâcher les États Unis et les Émirats compte tenu de sa situation financière désastreuse.

Toujours est-il que l'Autorité Palestinienne a demandé à la ligue arabe de condamner cet accord, et que la ligue ne l'a pas fait faute de majorité. Les Palestiniens ont décidé de boycotter la ligue arabe.

Par contre l'Iran et la Turquie ont condamné cet accord, la Turquie a même rompu ses relations diplomatiques avec les Emirats Arabes Unis. On voit que la guerre contre Israël n'est plus défendue par les arabes ! !
Sur le web, les caricatures venues du monde arabe, ou de la gauche européenne restent néanmoins violemment hostiles aux accords, anti israéliennes, et anti américaine.

Les arabes veulent-ils toujours d'un état palestinien ?

Plus personne ne croit vraiment à un état palestinien, pacifique vivant dans des frontières sûres et reconnues au côté d'Israël. En Israël, le test Gazaoui est un échec, l'échange territoire contre paix a donné plus de missiles et de guerre que de paix, et les nationalistes n'arrêtent pas de construire et de s'implanter en Cisjordanie, créant des villages, des routes partout afin d'empêcher toute continuité territoriale. Les territoires autonomes ressemblent de plus en plus à des bantoustans, et le travail se trouve en Israël. La situation actuelle est difficilement vivable, les arabes subissent de nombreux check points, et personne ne sait comment faire évacuer une population juive qui aujourd'hui dépasse les 20 % de la population arabe.

Mohamed Dahlan est un ambitieux, citoyen Palestinien, autoritaire, militant nationaliste, il connaît les prisons israélienne et l'hébreu. Il s'est réfugié dans les Émirats Arabes Unis, car il représente un danger pour Mahmoud Abbas, le vieux chef vieillissant. On dit qu'il aurait pu contribuer à la rédaction des accords d'Abraham, et qu'il rêve d'occuper le fauteuil que Mahmoud Abbas ne veut pas lâcher. Plusieurs de ses soutiens viennent d'être arrêtés par l'Autorité Palestinienne.

Les accords d'Abraham ne parlent nullement d'un état palestinien :  les deux parties « s'engagent à poursuivre leurs efforts pour parvenir à une solution juste, globale, réaliste et durable du conflit israélo-palestinien », et à travailler ensemble « pour parvenir à une solution négociée au  conflit israélo-palestinien qui réponde aux besoins et aux aspirations légitimes des deux peuples, et pour faire progresser la paix, la stabilité et la prospérité globales au Moyen-Orient »

Des journalistes font remonter régulièrement des informations selon lesquelles un nombre croissant d'arabes palestiniens, au fond, ne tiennent pas tellement à avoir un état indépendant à eux, surtout, ils n'y croient plus persuadés qu'Israël fera tout pour l'empêcher de naître et de vivre. Alors ils se retourneraient vers un plan "B". Ils verraient d'un bon oeil une annexion, et se verraient volontiers citoyens israéliens, avec la même protection sociale, les mêmes salaires et enfin la liberté de bouger sans check point.

Mohamed Dahlan, qui n'est en aucun cas un ami des israéliens, aurait entendu cette rumeur, et se verrait bien chef des négociateurs pour avancer vers une sorte de confédération israélo-palestinienne permettant d'offrir aux arabes de Palestine une véritable chance de développement économique.

Il faut savoir que les Émirats ont cessé toute aide à l'autorité Palestinienne, que faute de ressources elle frise la faillite, mais qu'ils seraient favorables à ouvrir leur bourse qui est prodigieusement bien garnie pour créer des entreprises de haute technologie avec l'aide d'Israël à Jérusalem Est, Nazareth, Hebron ou Naplouse. Autrement dit assurer aux palestinien des emplois hautement qualifiés chez eux, et faire en sorte que les juifs et les arabes de l'ancienne Palestine partagent un même niveau de compétence et de revenus. Les optimistes pensent que l'opinion palestinienne finira par se raccrocher aux wagons.

Si les choses évoluaient dans ce sens, les nationalistes israéliens auraient du soucis à se faire, il serait dur de maintenir un état juif, alors que les arabes se battraient pour l'égalité. Mais ils l'auront voulu ! à force de vouloir empêcher la naissance d'un état palestinien, ils subiront les conséquences de leur réussite. Il sera difficile de s'opposer à ses nouveaux amis. Mon Dieu, protégez moi de mes amis, pour mes ennemis je m'en charge !

La diplomatie française et européenne semble de pas avoir compris

La diplomatie européenne, surtout française est restée en 1967, comme si l'histoire pouvait faire marche arrière. La description de ces accords dans des journaux comme "Le Monde" est pathétique. La diplomatie française semble sur le conflit israélo arabe s'aligner sur les turcs, donc sur les frères musulmans qu'elle combat partout dans le monde, ou sur les iraniens et le Hezbollah. Les nouvelles perspectives des accord d'Abraham lui échappent complètement.
Elle ne condamne pas franchement, mais est tout à fait mal à l'aise. Des journaux comme le Monde, et son caricaturiste Plantu restent malveillants vis à vis des États Unis d'Israël, et des espoirs de paix au Proche Orient.

La France reste hors jeu au Moyen Orient, faute de savoir évoluer.