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Affaire Weinstein
Revue de Presse


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Comment le New York Times a fait tomber Harvey Weinstein

 

 

 

Isaac Chotiner, traduit par Bérengère Viennot — 13.10.2017 - 14 h 06,

Harvey Weinstein à Cannes, le 24 mai 2013 | ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

La journaliste Jodi Kantor raconte comment elle et ses collègues ont transformé un secret de polichinelle à Hollywood en article dévastateur publié dans le New York Times.

 

Un entretiens retranscrit et traduit

Cet article est traduit à partir de la retranscription d'un entretien entre le journaliste de Slate.com Isaac Chotiner et la journaliste du New York Times Jodi Kantor dans le podcast «I Have to Ask».

Dans l'épisode de mon podcast cette semaine, j'ai parlé à Jodi Kantor, journaliste d'investigation pour le New York Times et contributrice de CBS News, qui a dévoilé l'affaire Harvey Weinstein au grand jour la semaine dernière.

Kantor et sa collègue Megan Twohey ont d'abord publié un gigantesque récit relatant le long passif d'agressions et de harcèlement sexuels commis par Weinstein. Elle et Rachel Abrams ont poursuivi cette semaine en révélant de nouveaux cas de harcèlement par Weinstein de Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie et d'autres femmes. Pendant ce temps, le New Yorker publiait un article de Ronan Farrow, qui a fait beaucoup de bruit, et où l'on peut lire des témoignages de plusieurs femmes affirmant avoir été violées par Weinstein, qui a quitté sa société et va probablement devoir affronter des conséquences judiciaires.

Nous abordons les évolutions de l'enquête de Kantor sur l'affaire Weinstein, les raisons pour lesquelles le comportement de Weinstein n'avait pas fait l'objet de rapports détaillés dans la presse jusqu'à aujourd'hui, celles qui ont poussé tant de femme à enfin prendre la parole et l'éventualité que Hollywood puisse vraiment changer.

Isaac Chotiner: Racontez-moi un peu comment vous en êtes venue à raconter cette histoire. Quand avez-vous commencé, et qu'est-ce qui vous y a poussée?

Jodi Kantor: Le New York Times s'est vraiment attaché à dénoncer les affaires de harcèlement sexuel cette année. Mes collègues Emily Steel et Michael Schmidt ont écrit l'article sur Bill O'Reilly et Katie Benner a fait des reportages vraiment saisissants sur les femmes dans la Silicon Valley. Donc, en gros, nous nous sommes dit qu'en tant que journalistes d'investigation, on pourrait jeter un œil à cette thématique dans sa globalité et ne pas se concentrer uniquement sur l'expérience individuelle d'une seule femme. On s'est demandé si ça s'inscrivait dans un motif plus large, sur une longue période.

Les rédacteurs en chef sont venus nous voir et nous ont demandé: à votre avis, quelles sont les plus grosses affaires dont personne n'a parlé ? J'ai fait quelques recherches, quelques comptes rendus et, vous savez, l'affaire Weinstein, c'était impressionnant. Il était clair que beaucoup de gens avaient essayé de le faire au fil des années. C'était vraiment nimbé d'un brouillard de rumeurs. C'était très curieux parce que, d'un côté, c'était un genre de secret de polichinelle, mais, de l'autre, il n'existait quasiment aucune trace là-dessus.

Vous dites que c'était un secret de polichinelle—on comprend que «tout le monde savait», ou que tout le monde dans les médias savait, ou que tout le monde à Hollywood savait—mais quand vous avez commencé à travailler sur cet article, est-ce que c'en était seulement au stade de la rumeur?

Je vais vous dire quelque chose qui paraît vraiment bizarre aujourd'hui. Dans l'industrie du cinéma, il n'y a rien de plus important que les Oscar, pas vrai? Alors regardez la cérémonie des Oscar de 2013, on voit l'humoriste Seth MacFarlane qui annonce les noms des nominées…et qui dit: «Félicitations mesdames, vous n'avez plus besoin de faire semblant de trouver Harvey Weinstein séduisant.» J'ai écouté l'enregistrement et on entend beaucoup de gens rire. En quelque sorte tout le monde à Hollywood riait de ce qui était de notoriété générale.

Mais ensuite, à mesure que nous avancions dans notre enquête, nous avons découvert qu'il y avait vraiment des accusations graves qui ne dataient que de 2015. Alors c'était un peu comme si les gens riaient de ça ouvertement alors que les agressions supposées étaient toujours en train de se produire en coulisses.

Combien de temps avez-vous passé sur cette histoire, au total?

À peu près quatre mois.

Est-ce que vous avez consacré ce temps à vérifier toutes ces histoires dont vous aviez entendu parler, ou est-ce qu'il s'agissait de convaincre les gens de parler publiquement et non plus de manière officieuse et confidentielle? En gros, qu'est-ce qui a été le plus difficile pour transformer votre enquête en article susceptible d'être publié par le Times?

Je crois que tout du long, nous avons cherché des preuves claires. Et cela peut prendre plein de formes différentes. Si vous regardez les deux grands articles qu'on a faits jusqu'à présent, c'est-à-dire l'enquête d'origine que nous avons publiée jeudi dernier et ensuite l'article que nous avons publié (mardi) sur la divulgation de la promotion canapé avec ces actrices célèbres, ils contiennent diverses formes de preuves.

Ils comportent des récits officiels de femmes, et ça c'est vraiment important, mais aussi des informations sur des accords à l'amiable. Il y a la trace financière de l'argent qui a été versé au fil des ans. Et puis il y a aussi des documents internes de l'entreprise, ce qui a été un élément vraiment important du premier article, parce que nous avons réussi à montrer que c'était des sujets brûlants au sein de la Weinstein Company.

Il y a une femme appelée Lauren O'Connor, c'était une jeune cadre. En 2015, elle a un écrit un mémo extrêmement long sur les accusations de harcèlement sexuel dans son entreprise. Il s'agissait d'incidents vraiment dérangeants. Une de ses collègues avait été forcée, raconte-t-elle, à faire un massage à Harvey Weinstein dans sa chambre d'hôtel alors qu'il était nu. Il y a une phrase inoubliable dans ce mémo: «L'équilibre des pouvoirs c'est moi: 0, Harvey Weinstein: 10.»

Les plaintes anciennes n'ont pas vraiment été suivi d'effet

Nous avons donc pu nous procurer ce document et nous rendre compte que ses plaintes n'avaient pas franchement été suivies d'effet. C'était une preuve très solide, et j'étais ravie que nous puissions mettre la main sur ces traces écrites parce que cela me donnait l'impression, dans un sens, que nous permettions à ces femmes de se faire connaître en subissant moins de pression. Et en tant que journaliste, je dis ça tout en étant très partagée. Parce que d'un côté, évidemment je crois qu'il faut que ces femmes parlent. Par de nombreux aspects, c'est tout l'objectif de ce projet. Mais d'un autre côté, il y a quelque chose de vraiment très injuste dans la dénonciation du harcèlement sexuel. Pendant l'enquête, certaines victimes supposées me disaient: «Comment ça se fait que ce soit à moi de faire ça? Moi je suis la victime. Je n'ai pas forcément envie que ça se sache. Je n'ai rien fait de mal. Pourquoi est-ce que je suis obligée de faire ça?»

Maintenant évidemment, en tant que journaliste, j'estime qu'il est important que les gens parlent. C'est mon métier de m'assurer qu'ils puissent dire la vérité en toute sécurité, mais leurs arguments sur le genre de pressions que subissent les victimes m'ont réellement touchée. C'est pour ça qu'on voulait un maximum de documents, de traces d'accords à l'amiable… et nous voulions que cela soit irréfutable, parce que très souvent ça se passe dans l'intimité d'une chambre d'hôtel, et nous ne voulions pas d'une histoire facilement démontable par Weinstein qui aurait juste pu dire: «Hey, j'étais le seul témoin, et moi je vous dis qu'il ne s'est rien passé, et ça s'arrête là.» Nous voulions d'autres formes de preuves de ce qui s'était produit, ou, devrais-je dire, de ce qui se serait produit.

Avez-vous le sentiment que vous avez pu aller plus loin dans cette affaire que les autres journalistes, vous et vos collègues et Ronan Farrow, à la suite d'un changement culturel, ou que, comme l'a suggéré un ami, les femmes ont peut-être accepté de parler parce que les histoires sur le président Trump ont créé le sentiment qu'il était particulièrement important, aujourd'hui, de prendre la parole?

Je vais vous dire ce qu'elles ont dit parce que je pense que leurs raisons sont plus importantes que les miennes. Certaines d'entre elles ont été vraiment encouragées par le fait que le Times avait récemment publié un bon nombre d'articles sur le harcèlement sexuel—par le fait que l'article sur O'Reilly avait fonctionné, que l'article sur la Silicon Valley avait fonctionné, et dans tous ces cas on avait cru ces femmes, il y avait eu un gros impact et des prises de responsabilité. Et ça leur a donné l'impression, j'espère, que nous savions ce que nous faisions et que nous avions l'expérience nécessaire pour gérer correctement ces histoires. Une autre raison qu'elles ont donnée, c'est qu'elles sentaient en effet que la culture avait changé d'une certaine façon, et que l'époque où l'on salissait les femmes lorsqu'elles portaient ce genre d'accusations était révolue, enfin au moins elles l'espéraient.

Pour être honnête, je pense que c'est en partie dû au fait que Weinstein était bien moins puissant à Hollywood que quelques années auparavant. Beaucoup, beaucoup de gens avaient peur de lui, et je ne veux pas minimiser ça. Mais on sentait davantage qu'il était en fin de carrière.

Et puis il faut que je vous dise autre chose, pour être honnête: quelques sources nous ont parlé parce que nous étions des journalistes femmes et que nous avions un long passif de reportages sur des femmes. Certaines sources qui n'avaient jamais parlé à des journalistes nous ont des dit des choses comme «Tous les autres journalistes qui m'ont approchée étaient des hommes, et moi je veux parler de ça à une femme

Avez-vous parlé à des personnes qui avaient tenté de raconter leur histoire à d'autres publications ou à d'autres journalistes et qui avaient eu l'impression que leur récit avait été mal géré ou ignoré?

[silence.] Je ... ne crois pas avoir grand-chose d'intéressant à vous raconter à ce sujet.

Vous êtes sûre?

Eh bien pour commencer, je n'entre pas dans les conversations confidentielles des sources. Je veux bien décrire de façon générale l'attitude des sources. Donc ça plus le fait de ne pas être sûre de leur—de ne pas être sûre de l'expérience des gens, ce n'est juste pas—

Laissez-moi reformuler la question. Avez-vous l'impression que le sentiment général chez les gens à qui vous avez parlé pour faire cet article, qu'ils soient des victimes ou non, c'est que la presse a raté l'occasion de demander des comptes à Harvey Weinstein au cours des dernières décennies?

Il faudrait que vous leur demandiez mais honnêtement je pense que beaucoup d'entre elles étaient plus rongées par les sentiments qui les habitaient. Nous avons parlé à de nombreux anciens cadres de Miramax et de la Weinstein Company qui étaient assez torturés par ces problèmes, et il y a un bon paquet de gens qui je pense ont fini par nous aider parce qu'ils n'avaient jamais réussi à prendre une décision quant à certaines choses qu'ils avaient vues et dont ils avaient été des témoins là-bas.

Aviez-vous des inquiétudes à l'idée de susciter des réactions négatives, ou à propos de certaines d'entre elles que vous avez subies? Je crois que la première dont j'ai entendu parler est l'article du Hollywood Reporter qui dit que Weinstein pourrait attaquer le Times et le New Yorker en justice. Est-ce que c'était un grand sujet d'inquiétude, quels ont été les retours de bâton et quand ont-ils commencé?

Je savais que nous allions avoir des retours de bâton. Je vais vous dire ce que je ressentais. Harvey Weinstein a rassemblé une très grande équipe de juristes pour s'occuper de nous. Donc les derniers jours de préparation de l'article, nous étions en communication avec Lanny Davis et en communication avec Lisa Bloom et avec Harvey et il a engagé ce très puissant avocat, Charles Harder. Et une partie de notre manière de conclure cette histoire a un grand rapport avec le fait que leurs réponses (étaient) très diverses et (qu'elles ne cessaient) de changer. Imaginez un piano, où à gauche du clavier il y a les excuses, et à droite du clavier le déni, eh bien ils jouaient des deux côtés à la fois et dans tout l'intervalle entre les deux, et ça n'arrêtait pas de changer. Donc je pense en qu'en ce qui concerne les retours négatifs, ce sur quoi je me concentrais en tant que journaliste c'était ce genre de question fondamentale comme «Est-ce qu'ils sont en train de nier ça? Ou est-ce qu'il est en train de s'excuser? Est-ce qu'il conteste les faits, là?» Parce que quelle que soit sa réaction, nous voulons la capturer correctement, mais nous entendons plein de réactions différentes de sa part.

C'est intéressant, parce que je pensais justement que c'était le problème de leur stratégie de relations publiques. On arrivait pas à voir clairement s'ils disaient: «Nous allons vous attaquer parce que tout ça ce ne sont que des conneries» ou s'ils disaient: «Nous sommes plutôt contrits mais pas complètement contrits non plus». C'était une stratégie publique assez déroutante, et comme stratégie privée aussi.

[Rire.] C'est vous qui l'avez dit.

Avez-vous eu le sentiment que les comportements du style de celui de Weinstein étaient un plus gros problème à Hollywood que vous ne l'aviez imaginé? Est-ce que les gens en ont parlé comme de quelque chose de plus ou moins courant que ce que nous pourrions penser, et est-ce que cela a changé votre façon de voir le secteur?

Oui. J'ai eu de nombreuses conversations avec des actrices sur le sujet, et voici comment je pourrais résumer ce que j'ai découvert. En me basant sur tout ce que j'ai appris, je pense que la mentalité de la promotion canapé n'est absolument pas morte à Hollywood. Elle persiste encore. Mais une grande partie est relativement banalisée. Beaucoup d'actrices vous diront: «Oui, il est arrivé quelques fois dans ma carrière d'avoir une main de producteur malvenue sur ma cuisse» ou «On m'a fait un commentaire déplacé et graveleux pendant une audition». Mais le harcèlement pratiqué par Weinstein semble avoir été d'une autre sorte. Et une partie du processus d'enquête pendant l'été a consisté à détecter et à comprendre qu'il y avait apparemment un système et une méthodologie.

Megan Twohey et moi, nous avons vécu un de ces moments de journalisme où vous avez une révélation, après avoir passé un certain temps à assembler les pièces du puzzle, et où vous commencez à vous rendre compte que vous êtes en train de découvrir un mécanisme à grande échelle. Ce dont nous avons été convaincues, et que nous avons tenu à documenter de façon sérieuse, c'est qu'il ne s'agissait pas d'une histoire de producteur qui drague des femmes au bar, n'est-ce pas? C'était bien plus organisé que ça. Ce que je pense que nous avons réussi à prouver maintenant, à la fois par des interviews avec des actrices mais aussi avec les assistantes et les responsables, c'est que les choses lui étaient beaucoup facilitées. Le mode opératoire de Weinstein, tel que nous comprenons les accusations portées contre lui, consistait à attirer les femmes dans des lieux privés, en général des chambres d'hôtel, en leur faisant miroiter une promesse de contrat. Il disait : «Je veux discuter d'un scénario avec vous» ou «Je veux parler de votre campagne pour les Oscar pour ce film» ce qui pour une actrice est comme—qui va refuser d'aller dans une chambre d'hôtel pour avoir ce type de conversation? Ces rendez-vous étaient organisés comme des réunions de travail. Si vous écoutez l'histoire de Gwyneth Paltrow, elle dit «bien sûr que je suis allée dans cette suite d'hôtel, le rendez-vous était organisé par fax de la CAA. C'est mon agent qui m'a dit de me rendre dans cette suite, donc ça avait vraiment l'air un truc de travail normal.»

Et une fois qu'il se retrouvait seul avec les femmes, c'est là qu'elles disent que la situation changeait et qu'elles se rendaient compte que le travail n'était qu'un prétexte, qu'elles avaient été leurrées et manipulées, et qu'en réalité elles n'étaient là que pour qu'il puisse leur faire des avances. Et tout cela nécessitait de l'aide et qu'on lui facilite la tâche. Il y avait toute une logistique avec les hôtels, les assistants qui mettaient tout en place, il y avait des agents de voyages, il y avait des gens qui organisaient les réunions. Certains racontent même que des responsables de la Weinstein Company devaient attendre en bas dans le lobby, et quand les femmes redescendaient, ils les aidaient à trouver des castings et des agents, etc.

Avez-vous une idée de l'effet que cela aura ou pas à Hollywood? Je veux dire, c'est un lieu où, comme vous le dites, ça continue, et cela reste un endroit où Roman Polanski n'a aucun problème pour trouver des grands noms, des acteurs et des actrices célèbres pour ses films.

Cela ne fait que quelques jours que nous l'avons publié donc je pense qu'il est un peu tôt pour débattre de son impact. Nous savons qu'il est énorme en termes de polémique, mais je crois que l'impact sera constructif et voici pourquoi: vers la fin de notre enquête, quelqu'un m'a dit: «Étant donné que Harvey a réussi à s'en tirer pendant tellement longtemps, cela envoie le message à tous les autres qu'eux aussi, ils peuvent s'en tirer sans être inquiétés.» Et fondamentalement, les accusations de harcèlement sexuel grave n'entraînent aucune prise de responsabilité à Hollywood. Ce que j'espère c'est que maintenant que toutes ces femmes ont parlé—et c'est un éventail de femmes incroyable, qui va des actrices qui sont à peine des actrices, même à peine intégrées au secteur, à des femmes absolument au sommet comme Angelina Jolie et Gwyneth Paltrow, et elles ont toutes dit: «C'est un gros problème.» Et maintenant Hollywood doit se colleter à la question morale de savoir, vraiment, comment peut-on accumuler 30 ans d'accusations sans que personne ne fasse rien? Qui protégeait les femmes? Et qui protégeait Harvey Weinstein?

Et puis il y a la remise en question de toute l'histoire de cette culture. Toutes ces années de cérémonies des Oscar et de Sundance et de Cannes et des cérémonies de remise de prix et des films que vous et moi avons regardés sur le petit et le grand écran. Il y a toutes ces questions sur ces années et ce qui s'est vraiment passé alors, et le genre d'abus qui ont pu se produire en coulisses. Maintenant que tout ça est mis sur la table, je pense que ça oblige Hollywood à vraiment en discuter sérieusement.

Vous saviez sûrement que Ronan Farrow travaillait sur quelque chose. À quel point aviez-vous envie de sortir l'affaire en premier, et quand son article a été publié –et je lui demanderais la même chose s'il était dans mon podcast– de combien d'histoires aviez-vous entendu parler que vous n'avez pas réussi à éclaircir?

Nous étions vaguement au courant qu'il était sur quelque chose et puis parfois, ça se précisait un peu. C'était un peu déroutant pour nous parce qu'au début je crois qu'il travaillait pour NBC, et ensuite il a enquêté dessus pour le New Yorker. Tout est clair maintenant, mais à l'époque nous ne comprenions pas bien son projet ni dans quelle direction il allait. Nous étions au courant qu'il existait, et puis j'ai lu son article –et d'ailleurs je le félicite pour son enquête. C'est un lieu commun, mais je pense que cela montre que la compétition journalistique peut être vraiment saine. Quand j'ai lu l'article de Ronan, je n'ai pu m'empêcher de penser: «On dirait qu'il y a largement assez d'accusations pour tout le monde.»

Qu'est-ce que ça dit, le fait qu'on puisse faire toute cette longue enquête dans le New York Times qui fait des milliers et des milliers de mots, et puis quelques jours plus tard on peut avoir cette énorme enquête du New Yorker qui fait des milliers et des milliers de mots et les deux récits sont remplis d'accusations dévastatrices et pourtant il y a remarquablement peu de points de chevauchement entre les deux articles? Je crois que cela démontre parfaitement qu'il nous faut nous demander maintenant: «Quelle est l'ampleur et la portée de ce truc, et qu'est-ce qu'il reste encore, que nous n'avons pas encore découvert?»

Savez-vous pourquoi son article n'est pas paru sur NBC News sous une forme ou une autre?

Oh, je ne peux pas spéculer sur son projet.

Sharon Waxman a publié un article où elle dit qu'en 2004 le New York Times a«étouffé» un papier qu'elle voulait écrire sur Weinstein à cause de la pression exercée sur les rédacteurs en chef du Times. Étiez-vous au courant de sa version de l'affaire, en avez-vous parlé à quelqu'un sur place?

Pas vraiment.

Est-ce que vous pouvez dire, quand vous écriviez votre article, est-ce qu'il y a eu des pressions sur le New York Times qui ont été répercutées sur vous par des gens du Times?

Oui, alors je vais vous dire quelle pression le Times a exercée sur moi. La pression c'était: «Sors le papier». La pression c'était Dean Baquet [rédacteur en chef du NYT] qui me disait: «Balance les infos. Va les chercher.» La pression c'était de voir le directeur de la publication, Arthur Sulzberger, à la cafétéria et de savoir qu'il nous protégeait, et de savoir que l'institution était de notre côté. Donc Megan Twohey et moi avons ressenti une pression énorme pour livrer l'article le meilleur et le plus solide possible. Et c'était tellement important quand nous parlions aux victimes présumées de pouvoir dire: «Cette histoire tient vraiment à cœur au New York Times. Cette institution est prête à perdre des publicités et à tenir tête à ce type qui peut être un personnage très impressionnant.» Bon, je devrais m'arrêter là, mais il y avait vraiment une pression gigantesque, mais qui visait à nous faire écrire cet article, pas à le laisser tomber.

 

Affaire Weinstein : après avoir parlé de « révélations », Tarantino reconnaît qu'il savait

 

 

 

 

Le réalisateur de « Pulp Fiction », au courant des agissements du producteur par son ex-compagne Mira Sorvino, avait « mis de côté » cette information.

 

Le Monde.fr avec AFP | 20.10.2017 à 02h40 • Mis à jour le 20.10.2017 à 09h55

Quand l'affaire a éclaté, il avait parlé de « révélations » : le réalisateur Quentin Tarantino, grand ami d'Harvey Weinstein, a reconnu, jeudi 19 octobre, avoir été au courant depuis de longues années des agissements du producteur, accusé de harcèlement sexuel et de viols par près de 40 actrices.

La réaction de Tarantino, un des metteurs en scène les plus renommés d'Hollywood et l'un des plus proches de Weinstein, était fortement attendue. « J'en savais suffisamment pour réagir plus que ce que je n'ai fait », a reconnu le réalisateur multi-oscarisé de 54 ans, dans une interview publiée par le New York Times. « C'était plus que les rumeurs habituelles, les ragots. Ce n'était pas des on-dit. Je savais qu'il avait fait plusieurs de ces choses », a-t-il également admis.

Pas si « abasourdi »

A la mi-octobre, après les premières accusations portées contre M. Weinstein, le lauréat de la Palme d'or 1994 pour Pulp Fiction avait réagi par un court message sur Twitter en parlant des « révélations qui ont émergé ». Il s'était également dit « abasourdi, le cœur brisé ».

Dans son interview au New York Times, Tarantino explique pourtant que Mira Sorvino, son ancienne compagne, lui a notamment fait part d'attouchements non consentis de la part de M. Weinstein. Le réalisateur, de son propre aveu, a « mis de côté » cet épisode, qui n'était pourtant pas le seul dont il avait eu connaissance.

Il reconnaît également avoir été au courant de l'accord à l'amiable signé entre Rose McGowan et Harvey Weinstein. « J'aurais aimé avoir agi de façon responsable devant ce que j'ai entendu. Si j'avais fait ce que j'aurais dû faire, il aurait fallu que je ne travaille pas avec lui », a-t-il également déclaré.

Ensemble, le duo a écrit parmi les plus belles pages du cinéma hollywoodien des années 1990 et 2000, arrivant à concilier reconnaissance critique et succès populaire. Harvey Weinstein avait distribué le premier film de Tarantino,  Reservoir Dogs en 1992, avant de produire plusieurs de ses plus gros succès, comme Kill Bill, Pulp Fiction ou Inglourious Basterds.

Interrogé sur les conséquences que pourrait avoir cette affaire sur son travail, a répondu « espérer » que cela n'affecterait pas ses films. « Tout ce que je peux dire maintenant aura l'air d'une pauvre excuse. »

Une nouvelle enquête ouverte par la police de Los Angeles

La police de Los Angeles (LAPD) a également confirmé, jeudi 19 octobre, avoir ouvert une enquête sur Harvey Weinstein pour une agression sexuelle qui remonterait à 2013, alors que deux enquêtes sont déjà menées sur le magnat du cinéma à New York et Londres.

Le porte-parole de la LAPD n'a pas donné l'identité de la victime mais, selon plusieurs médias, il s'agirait d'une actrice et mannequin italienne. Harvey Weinstein, selon elle, est arrivé « sans prévenir » à son hôtel de Los Angeles, et est monté dans sa chambre pour la voir, alors qu'elle avait proposé de descendre le rencontrer dans le lobby de l'établissement.

« Il a forcé le passage dans ma chambre », a-t-elle expliqué au journal californien, avant de raconter :

« Il est devenu très rapidement agressif et demandait à me voir nue. Il m'a attrapée par les cheveux, et m'a forcée à faire quelque chose que je ne voulais pas. Ensuite il m'a traînée dans la salle de bains et m'a violée. »

Avant ce nouveau témoignage, cinq actrices accusaient déjà Harvey Weinstein de viol. Sa personnalité était bien connue à Hollywood, et plusieurs fois évoquée entre les lignes lors de discours publics ou dans des films.

Harvey Weinstein a affirmé, par la voix de sa porte-parole, que les relations sexuelles publiquement révélées étaient consenties.

 

Affaire Harvey Weinstein : "le climat macho laisse peu de place aux femmes à Hollywood"

selon notre correspondant américainPar Clément Cusseau (@ClayMancuso) — 19 oct. 2017 à 16:30
Allo Ciné

 

Correspondant aux Etats-Unis pour AlloCiné depuis de nombreuses années, Emmanuel Itier, féministe convaincu et revendiqué, est également le réalisateur de films documentaires dont Femme, qui voit des personnalités influentes telles que Sharon Stone et Maria Bello s'interroger sur les problèmes de notre monde.

AlloCiné : Les révélations de ces derniers jours n'étonnent guère la presse spécialisée, tout le monde semblait savoir. Comment se fait-il qu'une enquête sur ce sujet ait autant tardé ?


Emmanuel Itier : Il y a eu une "masse" critique qui a fait basculer la fantaisie malsaine d'Hollywood en une réalité insupportable et insoutenable. De plus, depuis presqu'un an, avec l'arrivée d'un odieux personnage comme le président Trump, lui-même maintes fois accusés d'abus sexuels, les USA sont tombés dans une insécurité émotionnelle, une violence physique et intellectuelle qui a fait se monter les gens les uns envers les autres.

Les enquêtes étaient là, les affaires aussi mais toutes classées sans suite, voire carrément enterrées. Jusqu'au jour fatidique où le New Yorker a réussi à rallier suffisamment de voix pour tout dynamiter. Ce qui est intéressant, c'est que cela se passe à Hollywood alors qu'en France, Allemagne, Angleterre, Inde ou ailleurs la société couvre des dérives

Quel est le ressenti général en ce moment à Hollywood, alors que les révélations s'enchaînent ?
L'histoire nous l'a déjà prouvé, l'industrie du cinéma a une fâcheuse tendance à oublier ses monstres : qu'en sera-t-il aujourd'hui ?

On se rend bien compte qu'il y a un triste effet domino et de malaise général. Certains choisissent de ne pas en parler mais le sujet commence à inonder tout le business d'une vraie amertume, d'une vraie horreur. Tout le monde a déjà presqu'oublié le massacre de Las Vegas au profit de l'affaire Harvey Weinstein. Je pense que cela ne changera rien car c'est un problème plus global de société. C'est donc un dialogue ouvert qui doit s'enclencher et s'articuler sur plusieurs niveaux et qui ne sera pas résolu de sitôt. Mais il faut se mettre au travail et corriger ces dérives humaines.similaires à celles du "monstre" Weinstein.

A Hollywood, les insinuations étaient nombreuses. Seth MacFarlane l'affirmait à demi-mots en 2013, lors de la cérémonie des Oscars, la série "30 Rock" blaguait sur ce sujet. Pour autant, rien n'a jamais bougé. Hollywood a-t-elle banalisé ces abus ?

Non, l'abus sexuel et le harcèlement n'ont jamais été banalisés MAIS depuis deux semaines des sénateurs femmes essaient de changer la loi. Dans toutes les affaires de harcèlement sexuel commis par un producteur ou un réalisateur qui paie le silence de sa victime, la loi dit qu'il n'y aura pas d'inscription notable dans les médias. Donc les cas sont étouffés et enterrés, avec le consentement de la victime qui est rémunérée (parfois des millions comme dans l'affaire Michael Jackson, ou dans des affaires pas très claires avec Michael Douglas et autres grand noms).

Depuis au moins une dizaine d'années, Hollywood pousse au respect des femmes en tant que partenaires à niveau égal que cela soit pour les salaires ou des postes importants.  Mais encore une fois nous sommes dans un monde où statistiquement, les hommes sont dans des positions de pouvoirs forts à 80-90%. Et donc le vent "macho dominant agressif"qui règne encore à Hollywood laisse très peu de place pour les femmes. L'évolution se fait sentir peu à peu, notamment depuis que certaines femmes comme Sherry Lansing(Paramount) ou Amy Pascal (Sony) sont devenues les "big boss" de studios américains.

Justement, beaucoup d'actrices deviennent aussi productrices. Est-ce leur façon de prendre le pouvoir ? D'inverser la tendance ou au contraire de fuir ces comportements libidineux et destructeurs ?

Oui c'est le cas de Charlize Theron, Angelina Jolie, Reese Witherspoon, Drew Barrymore et tant d'autres ! De prendre le pouvoir après avoir été elles-mêmes victimes d'abus !

Et ceci n'est pas nouveau à Hollywood car on se souvient du vent de révolution qui avait soufflé contre le "studios system" (où les acteurs étaient des "esclaves" sous contrats annuels devant accepter n'importe quel rôle) avec la création des Artistes Associés en 1919 par D.W. Griffith, Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks et la rebelle: Mary Pickford !

La Weinstein Company rencontre des difficultés financières depuis quelques mois. Ces prises de paroles sont-elles liées à cet affaiblissement ? Y'avait-il un bon timing pour parler ?

C'est une bonne question ! C'est certain qu'entre l'affaiblissement des Weinstein depuis au moins cinq ans (moins de films, moins de nominations au Oscars, moins d'investisseurs…), une dette de leur compagnie estimée à 400 millions de dollars, l'accumulation d'engueulades d'Harvey avec la moitié du show business à cause de son tempérament impossible et de son comportement à la Marlon Brando dans Le Parrain, tout ceci semble avoir plongé la Weinstein Company et son patron dans des sables mouvants. Alors, peut-on parler de "bon timing", de "complot" saisissant l'occasion pour liquider la compagnie et la consolider avec une autre plus grosse? Je pense que c'est une possibilité.

En tout cas, cette affaire et son timing sont louches et on ne peut que penser qu'il y a des "forces" agissant dans l'ombre pour se débarrasser d'Harvey mais aussi de son frère Bob. Ce dernier est encore aux commandes de ce Titanic du showbiz mais il est maintenant depuis peu la cible lui aussi d'accusations de harcèlement sexuel, notamment de la part d'une des productrices de la série The Mist, produite par The Weinstein Company.

 

 

 

Weinstein : pourquoi, pourquoi, pourquoi ce silence ?

Publié le 17 octobre 2017

 

 

Les Weinstein, certaines femmes s'en accommodent très bien=> Causeur par Ingrid Riocreux - 18 octobre 2017

Peut-être parce que la nature humaine est plus complexe qu'on feint de le penser.

 

 

Dans le monde universitaire, les postes sont précieux et les carrières reposent en grande partie sur des procédés de cooptation. Alors il n'est pas rare de rencontrer, au détour d'un couloir où d'un colloque, un gentil « collègue » plus âgé qui vous explique qu'il peut « vous aider ». Et cet univers d'intellectuels n'étant pas particulièrement hétéronormé, le phénomène concerne de manière égale les jeunes chercheurs des deux sexes.

 

C'est aussi le cas dans le monde du cinéma, et l'info est trop peu relayée :

A quoi il faudrait ajouter le nombre considérable de vieilles cochonnes qui lorgnent sur les nouveaux doctorants et se proposent de leur donner des séances privées d'initiation aux outils informatiques de la recherche. Hashtag #balancetacochonne.

Mais en lisant et en écoutant tout ce qui se dit autour d'Harvey Weinstein, et notamment, en entendant revenir de manière récurrente cette question

« pourquoi, alors que tout le monde savait, n'a-t-on jamais rien dit ? », j'ai repensé à mon Harvey Weinstein. Et moi je sais.

La plupart des HW ne sont pas stupides. Ils ont soin de ne pas se mettre en infraction vis-à-vis de la loi. Seuls les plus fous d'entre eux vous coincent contre un mur ou vous envoient de très compromettants textos.

 Mon HW a fait venir la jeune collègue dans son bureau et l'a invitée à s'asseoir, non point sur le fauteuil, en face de son bureau, mais à côté d'elle, dans le petit salon qui occupe la moitié de la pièce. Elle connaît la réputation du bonhomme.
A une amie qui lui disait : tu vas vraiment y aller ? Elle a répondu qu'on ne refusait pas un rendez-vous de travail en alléguant la réputation de quelqu'un et que, malheureusement, elle n'avait donc trouvé aucune raison valable de refuser.

« Et puis il ne va pas me sauter dessus, quand même ! » Il ne lui sautera pas dessus.
Il l'a convoquée sous prétexte d'évoquer le contenu d'un cours qu'elle doit donner. Mais la jeune collègue aura toutes les peines du monde à le faire rester dans le thème : si elle a des questions, elle n'aura qu'à lui envoyer des courriels dans l'année, tranche-t-il d'emblée.

Ce rendez-vous, dit-il, c'est aussi l'occasion de « faire connaissance ».

Ainsi, lui, il considère qu'il ne faut pas rester borné à l'étude des lettres. Être littéraire, c'est savoir s'ouvrir à… la pornographie par exemple. « Ah bon ? » Elle lui parle de sa thèse sur les moralistes : oh, mais il y a un grand moraliste auquel elle devrait s'intéresser de près, le marquis de Sade.
« Vous croyez ? » Comme il se trompe sur l'attribution d'une citation de Pascal, elle le reprend poliment. Il rétorque : « je me sens si troublé auprès de vous que je ne sais plus ce que je dis ». Elle évoque une femme, Professeur, qu'elle admire particulièrement. Il répond : « c'est moi qui l'ai faite ». Une autre ? « Elle aussi, c'est moi qui l'ai faite ». Et ainsi va la conversation, sorte de calvaire interminable mais juridiquement inattaquable.

 On ne porte pas plainte contre quelqu'un qui, tout en accumulant les sujets gênants, vous a, durant une demi-heure, « regardée comme un morceau de viande » pour reprendre l'expression de Léa Seydoux.

Et surtout, toute dégradante que soit cette conversation, on a eu l'occasion de dire non, ou plutôt de ne pas dire oui : on n'a pas été forcée. Parce que ce qui se dessine entre les lignes, c'est bel et bien une « tractation » (Florence Darel emploie ce mot au sujet du comportement de Weinstein avec elle). Ces femmes que tu admires, me doivent leur carrière. Si tu veux la même qu'elles, c'est Sade, le porno et sois sensible à mon « trouble ». La raison pour laquelle je ne donnerai pas le nom de cet Harvey Weinstein, que certains auront reconnu, c'est justement (outre le fait qu'on ne crache pas sur les morts)  que, même si c'est un porc, il n'a rien fait de répréhensible. Il était trop malin pour cela.

Le problème est que cette « tractation » nous laisse faussement libres. Les jeux sont pipés. Cet homme n'est pas une minable petite frappe qui, au coin de la rue, vous demande si « y a moyen ». C'est quelqu'un pour qui vous êtes censée éprouver du respect, quelqu'un, surtout, qui a un pouvoir énorme sur votre carrière. Pour peu que vous accordiez beaucoup d'importance à celle-ci, plus même qu'à votre honneur, le choix qui s'impose n'est pas nécessairement celui que j'ai fait.

Pour ma part, j'ai adopté une attitude de froideur et de distance. Il reviendra à la charge au bout de quelques mois et, apprenant à ce moment que j'étais enceinte de mon premier enfant, ne me relancera pas.

Le principe étant de « faire connaissance » avec toutes les nouvelles jeunes collègues, je savais que mes camarades avaient eu droit à la même entrevue. Ce qui m'a surprise, c'est de voir comment quelques-unes se comportaient suite à cela. Je ne saurai jamais jusqu'à quel degré d'intimité elles avaient pris le parti d'aller. Mais elles avaient, pour certaines du moins, choisi d'entrer dans un jeu de séduction dangereux. Elles gloussaient de rire à chacune de ses plaisanteries, le taquinaient, lui passaient une main autour du cou, lui caressaient le bras. Lui ne les touchait jamais. Il était assez fûté pour ne pas donner, en public, l'image du consommateur de femmes qu'il était en vérité.

Elles semblaient le trouver réellement séduisant, drôle et super sympa. « C'est quelqu'un qui aime les femmes, c'est tout ! », m'entendis-je répliquer par l'une d'elles comme j'exprimais le malaise qu'il suscitait chez moi avec ses yeux dégueulasses.

Un jour caniculaire, alors que nous préparions une réunion à laquelle il devait participer, une collègue entra dans la pièce et, hilare, lança « oh, toutes ces odeurs de parfums et de transpiration féminine, ça va le rendre fou ! ». Elles aimaient jouer au harem et sentir sur elles son regard concupiscent. Je suis sûre que pour Harvey Weinstein, c'est pareil. C'est un porc, mais la plupart de ses victimes sont consentantes, voire demandeuses. Ce petit jeu malsain, qui peut aller très loin, ne leur déplaît pas, et peut-être leur convient-il même assez. Par rapport à une vieille femme laide, par rapport à un homme, elles ont un argument supplémentaire qui les distingue, un atout à faire valoir auprès du grand manitou. Pourquoi n'en profiteraient-elles pas ? Il y a même quelque chose de flatteur à être convoitée par un homme puissant.

Mais il est un dernier point qu'il ne faut pas négliger. Pour beaucoup de femmes, un homme dominé par ses pulsions est un être faible. Il a beau être le grand chef, il manifeste, par cette addiction sexuelle, une faille dans son pouvoir. D'une certaine manière, la séduction inverse les rôles. Comme elles n'ont pas beaucoup d'estime d'elles-mêmes et accordent peu de prix à leur honneur, elles ne voient pas ce qu'il y a de dégradant à se donner par intérêt. S'il est prêt à leur offrir un job en or en échange d'une simple partie de jambes en l'air, c'est bien la preuve que c'est un être pitoyable, qui se satisfait de peu. On les croirait victimes, on les croirait soumises. A la vérité, elles n'iront jamais se plaindre d'un individu qu'elles estiment facile à manœuvrer et qu'elles méprisent profondément.

Cela s'apprend très tôt : c'est la jolie lycéenne qui vient au début du cours, en minaudant, le chemisier ouvert, expliquer au professeur que « monsieur, je suis vraiment désolée mais je n'ai pas eu le temps de faire ma dissertation, est-ce que je peux vous la rendre la semaine prochaine ? ». C'est sa camarade, qui se demande pourquoi elle irait débourser 1000 euros pour avoir le nouvel IPhone alors que tel mec de terminale, qui l'a chouré on ne sait où, le lui cède en échange d'une fellation.

S'il y a des Harvey Weinstein, si « personne n'a rien dit », c'est aussi parce qu'il y a des femmes qui s'en accommodent très bien.

Extraits du site "Balance ton porc"

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 Liste d'actrices portant plainte contre Harvey Weinstein 
http://www.marieclaire.fr/temoignages-actrices-harvey-weinstein-harcelement-sexuel,1238643.asp

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/09/09/31001-20160909ARTFIG00147-la-veritable-domination-masculine-se-trouve-dans-les-territoires-perdus-de-la-republique.php?xtor=EPR-211