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Le Kurdistan


Lundi, 09-Oct-2017
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     Les Mèdes sont aux Kurdes ce que les gaulois sont aux français. Les kurdes ont tout d'une nation, une histoire, une volonté nationale, une langue, mais ils habitent dans quatre états impériaux qui craignent leur éclatement. Un référendum sur l'indépendance du Kurdistan Irakien arrive à temps pour consolider le pouvoir de Massoud Barzani, et à contre temps dans un contexte international plus que défavorable. Les états nations sont nés du démembrement des empires, et ce sont des cataclysmes qui ont permis leur émergence.
Je ne suis pas pressé de voir arriver les cataclysmes.
       

Histoire du Kurdistan

Historiquement, le moyen orient est une région d'empire, depuis la plus haute antiquité, les états nations ont été très rares, on y a vu naître, prospérer, et décroître les empires mésopotamiens d'Assyrie ou de Chaldée, l'empire Hittite, l'empire Perse, l'empire Grec d'Alexandre, l'empire Romain, l'empire Byzantin, l'empire Arabe, l'empire Turque, avec des intermèdes Anglais, Français, Mongole sans parler de royaumes en quête d'empire comme le royaume d'Arménie et j'en oublie sûrement.

Ces empires sont composés de peuples divers, dans le livre d'Esther on dit que l'empire Perse contrôlait 127 nations de l'Indes au Soudan. L'Iran actuel par exemple n'est perse qu'à 50 %. Les peuples tiraillés se sont retrouvés dépendants de souverains variés avec les quels ils devaient bien composés. Les populations se regroupaient par village, et chaque village était colorée par son ethnie dominante ou exclusive.

La carte ci dessous montre où habitent les kurdes, et les zones contrôlées, soit par les Peshmergahs, kurdes Irakiens, soit par les milices Kurdes de Syrie alliées aux forces arabes syriennes libres (en Rose), depuis les forces arabo-kurdes ont avancé, elles sont dans Raqqa, elles se dirigent vers le Sud et tentent d'occuper toute la rive droite de l'Euphrate.

Les Kurdes sont les descendants des Mèdes, un peuple qui est aux iraniens ce que les gaulois sont aux français d'aujourd'hui. Ce peuple impérialiste lui aussi a perdu son pouvoir depuis la victoire d'Alexandre de Macédoine, il y a plus de deux mille ans. Toutefois, il a résisté aux arabes un certain temps, et s'il a fini par adopter l'islam, surtout soufiste, il n'a jamais adopté la langue arabe. Ce sont les tribus Kurdes, conduites par Saladin qui ont repris Jérusalem aux croisés et qui ont fondé l'empire Ayyoubide (1169-1250) qui a dominé le monde musulman. Les invasions turco-mongoles ont eu raison de cet empire, et ce n'est qu'au XVI ième siècle qu'un accord est trouvé avec les Ottomans, les  principaux kurdes, acceptent d'être vassale du Sultan d'Istanbul, et de protéger les frontières de l'empire turc contre les attaques Perses. Les princes Kurdes gagnent une très large autonomie

Ce n'est qu'au XIX ième siècle que l'idée de nation pénètre au moyen orient et dans les montagnes du Kurdistan. En effet, la Turquie conseillée par les allemands tend a vouloir contrôler son territoire, et à récupérer l'autorité sur ses vassaux Kurdes; Il s'en suit une suite de révoltes et de guerres qui ont été perdues par les Kurdes

Lors de la guerre de 1914, l'empire turc fit des promesses aux Kurdes en échange de leur loyauté, et entraîna des Kurdes à combattre les Arméniens, de nombreux kurdes se conduisirent comme des bourreaux et participèrent au génocide de 1915.

L'Empire turc vaincu, la SDN laissa un bout de terrain aux arméniens, créa de nombreux états arabes, et oublia complètement les Kurdes qui se trouvèrent répartis en Iran, en Irak, en Syrie et en Turquie. En 1925, pour la première fois de son histoire, le peuple Kurde se trouvait privé de son identité culturelle.

La situation dans les différents pays

Les empires anciens avaient toujours laissé une grande autonomie aux Kurdes, et ne s'étaient jamais attaqué à leur langue, ni à leur culture. Malheureusement, la fin du XX ième siècle, et le XXI ième siècle a vu les choses changer, aujourd'hui, la situation des Kurdes varie d'un pays à l'autre

- En Syrie, ils occupaient une petite partie du pays à la pointe Nord Est, dès le début des troubles, et l'affaiblissement du régime du président Assad, ils ont profité de la situation pour se constituer en république autonome, qu'ils ont appelé le Rojava en évitant soigneusement de se confronter aux armées d'Assad.
      Puis ils sont sorti de leur territoire traditionnel, et ont combattu l'État Islamique, en récupérant les territoires Kurdes à la frontière turque. On se souvient de la victoire Kurde de Kobané.
       Leur marche vers l'Ouest a été bloquée par l'armée turque qui tenait à avoir un couloir en Syrie, on a même vu à cette occasion une alliance entre le régime Syrien et les Kurdes, pour chasser les Turcs hors de Syrie.

Depuis quelques mois, les milices kurdes et arabes soutenues par les occidentaux sont en   en rivalité avec l'armée Syrienne soutenue par les Russes et les iraniens : Les forces loyalistes semblent être sur le point de s'emparer de la ville et des riches champs pétroliers de Deir Ez-Zor, et les troupes arabo-kurdes soutenues par les États Unis aimeraient bien avoir leur part du gâteau.

En Turquie, depuis 1925 les révoltes Kurdes s'enchaînent, en 1936, par exemple, les villageois du massif du Dersim (Tunceli en turc), à l'est de l'Euphrate, renouent avec leur tradition rebelle et tiennent en échec l'armée turque. Celle-ci recourt à des bombardements aveugles. Elle enfume aussi les grottes où les insurgés ont trouvé refuge. Le bilan est évalué à quelques dizaines de milliers de morts et autant d'exilés.
Abdullah Öcalan, dit « Apo » fonde en 1978 le PKK, parti des travailleurs du Kurdistan qui se veut marxiste-léniniste, mais le parti ne peut s'exprimer et en 1984 il entre dans la lutte armée, et ainsi se trouve classé parmi les organisations terroristes.  Depuis, le parti a mis de l'eau dans son vain, et se conterait d'une autonomie culturelle, très aléatoire sous le règne d'Erdogan, aussi de temps en temps le combat continue, et des embuscades sont tendues à l'armée ottomane, pendant que la répression s'abat sur le Kurdistan turc.

En Iran, on se méfie beaucoup de Kurdes, leur région voisine de l'Irak compte plus de six millions d'habitant, on l'appel le Rojhelat. Des tentatives avorté de combat pour l'indépendance ont eu lieu en 1946, et depuis la région est soumise à l'autorité du pouvoir qui s'en méfie, comme de toutes les minorités nationale. Il ne faut pas oublier que si les Perses, ou Farsi ont la totalité du pouvoir ils ne représentent que 50 % de la population iranienne !  Tous les ans plusieurs responsables kurdes sont pendus, et les dirigeants du kurdistan iranien sont en exil dans le kurdistan irakien. Aussi longtemps que les relations irano-kurdes étaient mauvaises, l'Iran soutenait les Peshmergas irakiens, et faisaient pression pour qu'ils n'agissent pas en Iran. Aujourd'hui ne pouvant lutter contre DAESH, les kurdes d'Iran sont tout à fait seul, et subissent l'oppression comme ils peuvent.

En Irak, Le Kurdistan Irakien est en guerre ouverte extrêmement violente avec le régime de Bagdad depuis très longtemps. Les combattants kurdes, appelés Peshmergas ont tenu tête à Saddam Hussein, et la répression a été terrible, entre février et septembre 1988, le tyran de l'époque n'a pas hésité à gazer des villages entiers faisant entre 50 et 180 mille victimes civiles. C'était le véritable début d'un génocide programmé pour exterminer les kurdes en profitant de la guerre Iran-Irak. (Les guerres sont propices aux génocides, voir les drames arméniens et juifs) .
La fin de la guerre Iran Irak a mis en lumière ces crimes, et a obligé Saddam à cesser ses massacres.

Le 20 mars 2003 les États unis attaquent Saddam Hussein, et établissent un ordre nouveau. Les résultats n'ont pas été ceux attendus, le pays est complètement désorganisé et en pleine guerre civile. Les États Unis ont fait la bêtise de laisser les chiites prendre le pouvoir et écraser les sunnites suspect de collaboration avec Saddam Hussein au début, puis de DAESH par la suite. Il ont désarmé l'armée de Saddam, mettant en chômage des milliers de militaires de métiers, qui ont renforcé les troupes anti-chiites, soit de l'Etat Islamique, soit kurdes.

Pendant que l'armée irakienne, aidée par l'Iran, tentait de reconquérir son territoire occupés par les sunnites de DAESH, les Kurdes ont renforcé leurs structures étatiques dans les zones où ils étaient majoritaires, et ont agrandi leur territoire, en s'emparant de Kirkouk, ville où ils étaient majoritaire avant d'avoir été chassé par les islamistes. Le pouvoir de Nouri Al Maleki s'est affermi, et le nouvel allié de Téhéran assume la domination chiite sur l'Irak et reprend à DAESH ses dernières positions.

Le Référendum pour l'indépendance

La volonté d'établir un état Kurde existe sûrement dans l'ensemble des quatre pays, toutefois, partout les kurdes sont minoritaires, occupent des territoires stratégiques, parfois riches en pétrole, et aucun pays de la région ne veut accepter d'amputer son territoire nationale.

Les Kurdes sont divisés, le PDK, parti démocratique du Kurdistan est dirigé par Massoud Barzani, qui est largement majoritaire dans le Nord du kurdistan irakien. Le sud est plutôt favorable à l' Union Patriotique du Kurdistan (UPK) qui était dirigé par Jalal Talabani partisan de l'union irakienne, (après avoir été combattant de l'indépendance, il avait rejoint Saddam Hussein).
Les deux hommes ne s'entendent pas.
La lutte pour le pouvoir est très forte, parfois, les kurdes de Syrie interviennent militairement, et le PDK est en rivalité avec le PKK   voir les milices YPG celles qui se battent vers Deir Ez-Zor en Syrie  !   je n'entrerai pas dans le détail de ces conflits, mais sachez que Massoud Barzani est contesté par ses rivaux, qu'il a reporté plusieurs fois des élections qui auraient pu le mettre en difficulté, et que le référundum sur l'indépendance a probablement aussi des motifs internes. Ce serait un bon moyen pour assurer le leadership de Masoud Barzani comme leader unique et incontesté des Kurdes.

Les résultats du référendum sont impressionnants, 72 % de votants, et parmi eux, 92 % de vote "Oui" pour l'indépendance. Trop beau pour être vrai  !   !   Si tous les observateurs pensent que la majorité des Kurdes d'Irak sont pour l'indépendance, personne ne peut croire que dans les régions acquises à l'UPK de Jalal Talabani on ait pu voter avec enthousiasme et des soupçons de fraude ont été largement rapportés.

Le référundum arrive dans un mauvais contexte international.

Le Kurdistan Irakien est enclavé dans les terres, et n'a de frontière qu'avec des pays qui répriment leurs minorités Kurdes : L'Iran, la Turquie, et l'Irak. Si Israël est également entourée d'ennemis, le pays avait, dès sa création un large accès à la mer, ce qui manque cruellement au Kurdistan.

Pour avoir une chance d'aboutir, l'indépendance Kurde devrait pouvoir s'appuyer sur une puissance voisine et significative. Par exemple être l'alliée de la Turquie ou de l'Iran. Or tel n'est pas le cas, et dans le jeu d'alliance trouble du moment, non seulement l'Irak est dirigée par des chiites cornaqués par l'Iran, mais la Turquie fait l'impossible pour améliorer, autant que faire se peut ses relations avec la République Islamique. Autrement dit, ni la Turquie, ni l'Iran ne souhaitent gêner l'Irak par peur de donner de mauvaises idées aux Kurdes qui habitent chez eux.

Comble de malchance, Vladimir Poutine, président autoritaire de la Russie a pacifié les relations Russo-Turques depuis qu'Ankara s'est engagée à ne plus gêner la pénétration Russe en Syrie. S'il regarde avec sympathie les aspirations nationales kurdes, il n'interviendra pas pour aider les alliés virtuels des États Unis.
Donald Trump
ne souhaite pas voir les États Unis se lancer dans une nouvelle guerre d'Irak, aussi prudemment, il trouve légitime le désir d'indépendance Kurde, mais souhaite une reconnaissance irakienne préalable à l'indépendance.

Le seul pays à soutenir Massoud Barzani contre le PKK considéré comme terroriste, et contre les régimes de Bagdad, Téhéran et d'Ankara c'est Israël. Le référendum a même été déclaré "complot sioniste" par de démocrate absolu qui fait seul la loi en Turquie. Cela fait des lustres qu'Israël et les Peshmergas sont alliés. Israël arme les Kurdes qui combattent l'armée irakienne. Les relations sont fortes. Pendant la guerre de Kippour, les Peshmergas avaient lancé une offensive puissante qui avait empêché l'Irak d'envoyer des renforts aux Syriens qui combattaient Israël. On a même vu des drapeaux israéliens hissés au côté des drapeaux kurdes lors de manifestations.
Toutefois Israël n'est pas un pays voisin, il est lui même isolé dans la région, son appui est donc loin d'être décisif.

Une volonté d'étrangler le Kurdistan Irakien

Massoud Barzani ayant tenu un référendum malgré les avertissements de Bagdad, et dès les résultats connus, une réunion a réuni les dirigeants Irakiens, Iraniens et Turcs qui ont décidé d'une position commune. Un blocus aérien total a été décidé. Aujourd'hui de puis les aéroport d'Erbil ou Soulémanya on ne peut prendre d'avion que pour Bagdad. Les routes terrestres, et les  oléoducs ne sont pas encore coupés, preuve que la situation peut encore empirer.

Massoud Barzani ne souhaite pas déclarer l'indépendance de suite, mais au contraire entamer des discussions avec Bagdad qui ne l'entend pas de cette oreille.

En attendant le bras de fer continue et la situation est bloquée, Jalal Talabani, l'ancien peshmerga ayant rejoint Saddam Hussein et rival de toujours de Massoud Barzani, est mort alors que le blocus aérien était déjà entré en application.

Son enterrement a eu lieu en grandes pompes à Souleimaniyeh, et en présence de tous les protagonistes du drame.
Pour les funérailles, sous des tentes blanches installées à proximité ont pris place son vieil adversaire, le président du Kurdistan Massoud Barzani, le Premier ministre kurde Nechervan Barani, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif ainsi que des représentants politiques kurdes de Syrie, d'Iran et de Turquie. L'actuel président d'Irak, le Kurde Fouad Massoum, et le ministre irakien de l'Intérieur Qassem Al-Araji ainsi que le président du Parlement irakien, Salim al-Joubouri, étaient également présents. L'homme fort de l'Irak, le chiite Nouri Al-Maliki ne s'était pas déplacé.

A quoi s'attendre pour demain ?

Il est  probable que des discussions auront lieu entre le régime irakien et Massoud Barzani, et que le Kurdistan restera une province autonome de l'Irak, mais je pense que le désir d'indépendance et d'unité du Kurdistan restera au fond des coeurs.

L'émergence d'un état Kurde serait un tremblement de terre régional, qui ne se  produira pas démocratiquement, il faudrait pour cela un conflit généralisé, comme la guerre de 1914 pour permettre une redistribution des cartes vers un nouvel ordre géo politique.

Les états nations sont nés du démembrement des empires, et ce sont des cataclysmes qui ont permis leur émergence.

Je ne suis pas pressé de voir arriver les cataclysmes.

Michel Lévy

 

 
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